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À quand la condamnation des responsables du scandale des emplois-verts de la Région Réunion ?

Jean-Paul Huchon menacé d’inéligibilité pour une campagne de pub 6 mois avant les élections

Manuel Marchal / 9 avril 2011

Le président de la Région Île-de-France est menacé d’inéligibilité parce que sa collectivité a fait une campagne de pub de 850.000 euros six mois avant des élections. Durant les dernières élections cantonales à La Réunion, c’est une somme beaucoup plus importante qui a été distribuée par la Région à des associations créées sur des cantons renouvelables pour embaucher des centaines d’emplois verts. À cela s’ajoute la campagne de pub mettant en valeur les réalisations supposées de la collectivité présidée par le chef de la campagne de l’UMP à La Réunion. Le Garde des Sceaux est informé de ce scandale depuis le mois de février.

Durant les élections cantonales, la campagne de l’UMP était dirigée à La Réunion par le président de la Région, Didier Robert. C’est lui qui a présenté à la presse des candidatures qu’il a choisies et fait valider par Paris. C’est encore lui qui a tenu la conférence de presse d’entre deux tours des candidats de "La Réunion en confiance". Autrement dit, l’implication de Didier Robert dans la campagne ne fait aucun doute, il a fait office de directeur de campagne pour l’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, à La Réunion.
La grande nouveauté de ses cantonales, c’est que la collectivité présidée par le chef de la campagne de l’UMP a été un acteur de la campagne. Tout au long de ces semaines, des placards publicitaires se sont succédé dans la presse. Et chacun peut constater que sitôt les élections terminées, le rythme de parution des publicités de la Région dans les journaux s’est considérablement ralenti.

Des emplois verts distribués par centaines

Mais le point le plus grave concerne les emplois verts, c’est le véritable scandale de ces élections. Il ramène notre pays 50 ans en arrière, et constitue une atteinte à la dignité des Réunionnais.
En effet, les élus du groupe UMP de la Région ont voté la distribution de centaines d’emplois verts à des associations créées très récemment, et qui ont trois spécificités bien précises. Tout d’abord, elles sont censées agir dans uniquement dans les cantons renouvelables. Ensuite, les associations sont dirigées par des amis politiques de Didier Robert. Enfin, elles n’ont aucun chantier à proposer dans l’immédiat. Autrement dit, les travailleurs recrutés commencent leur contrat par les congés payés.
Sur la base de tous ces éléments, il apparaît clairement qu’une collectivité de la République a été utilisée dans un but partisan, pour peser sur la sincérité d’un scrutin électoral.

Un président de Région menacé d’inéligibilité

Tout cela est extrêmement dangereux pour la démocratie et pourra avoir des conséquences pour ceux qui ont eu recours à ces procédés.
C’est en tout cas ce que vient de signifier une décision du Conseil constitutionnel du 8 avril dernier. Il vient de rejeter un recours déposé par Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France, contre une d’inéligibilité demandée par le rapporteur public du Conseil d’État.
La plus haute juridiction administrative a été saisie par un militant UMP. Ce dernier a dénoncé une campagne publicitaire valorisant les efforts de la collectivité dans les transports, campagne diffusée 6 mois avant les élections régionales de 2010. Il estime que les 850.000 euros dépensés par la collectivité auraient dû être payés par le compte de campagne du candidat aux régionales.
Le 3 décembre, le rapporteur public du Conseil d’État avait demandé une peine d’un an d’inéligibilité à l’encontre de Jean-Paul Huchon, ce qui signifie l’annulation de sa réélection à la présidence du Conseil régional de l’Île-de-France.

Le Garde des Sceaux est informé

Les faits reprochés au président de la Région Île-de-France sont de nature bien moins grave que ce qui s’est passé durant la campagne des cantonales. Ce qui est reproché à Jean-Paul Huchon a été commis 6 mois avant une élection, et concernait une campagne publicitaire de 850.000 euros.
La campagne publicitaire de la Région Réunion s’est déroulée en pleine campagne des cantonales. Quant aux emplois verts, la somme distribuée aux associations nouvellement créées dépasse largement les 850.000 euros.
Le 22 février dernier, le Parti communiste réunionnais a écrit au Garde des Sceaux pour lui demander d’enquêter sur ce scandale de nature à créer un trouble à l’ordre public. L’affaire concernant Jean-Paul Huchon montre que des faits moins graves sont instruits, et des sanctions peuvent être prononcées.

Manuel Marchal


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