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À quand la fin des « contrats magouilles » ?

Quatre ans après la déclaration tonitruante d’un préfet au Conseil général

Manuel Marchal / 27 août 2012

Quatre ans après qu’un préfet ait dit « non aux contrats magouilles, oui à une vraie politique d’insertion », la gestion des contrats aidés est toujours à la Une de l’actualité. Mais pourquoi depuis 4 ans, l’État n’a-t-il rien fait pour améliorer la situation ? Les « contrats magouilles » dénoncés par ce préfet, c’est la politique de traitement social du chômage, elle est de la compétence de l’État.

Le 5 décembre 2007, le Préfet Maccionni fait au Conseil général l’exposé de l’action de l’État durant l’année qui allait se terminer. Il présente alors un nouveau dispositif de contrats aidés avant de dénoncer les « contrats magouilles » pour parler des emplois aidés.

Cette déclaration tonitruante s’est faite devant l’assemblée où siège la quasi-totalité des maires de La Réunion. Ce sont des élus qui recrutent des emplois aidés, mais aucun n’a alors dénoncé le préfet. Un fonctionnaire venait pourtant de laisser entendre que des élus de la République seraient des magouilleurs.

Au cours des années suivantes, l’actualité a été émaillée de différents scandales. Les embauches massives avant les municipales 2008 au Tampon ; les distributions d’“emplois verts” dans des associations nouvelles à quelques mois des cantonales de 2011 ; les 200 personnes embauchées par l’association GOUSSE à Sainte-Suzanne à quelques semaines d’une élection sans qu’Alamélou, conseiller général et alors candidat aux municipales, ne se soit assuré qu’elles puissent être payées…

Cette année, c’est encore une consommation effrénée de contrats aidés à la veille d’une élection qui est pointée du doigt. C’est l’explication officielle de la pénurie du second semestre.

Quatre ans après la dénonciation des « contrats magouilles » par le préfet, qu’a donc fait l’État pour faire cesser les abus ? Car c’est bien l’État qui fournit l’essentiel des crédits qui servent à payer les contrats aidés, et c’est l’État qui décide des quotas accordés à chaque collectivité.

C’est à l’État de prendre aujourd’hui ses responsabilités. Il lui appartient de mettre en place le dispositif de traitement, de suivi et d’évaluation de ces emplois. Cela doit se faire dans la plus grande transparence, afin que tout le monde sache qui a pu bénéficier de ces emplois.

Ceci est loin d’être insurmontable, puisque depuis 2010, l’État a institué un Haut conseil de la commande publique chargé de faire toute la transparence sur les chantiers lancés et à venir, financés par l’argent public.
À moins que l’État souhaite laisser persister cette situation pour espérer en tirer bénéfice à la prochaine élection ?

 Manuel Marchal 

Décembre 2007

Le Préfet Maccionni dénonce les « contrats magouilles »

Le 5 décembre 2007, conformément à la loi, le préfet rend compte de l’action de l’État au cours de l’année écoulée lors de la séance plénière du Conseil général. C’est alors qu’il fait cette déclaration :
« Je dis non aux contrats magouilles, mais oui à une vraie politique d’insertion ».

Dans cette assemblée composée en grande partie de maires, aucun élu n’a alors quitté la salle pour protester contre cette sévère mise en accusation. Car le préfet savait très bien qu’il s’adressait à des élus qui ont la responsabilité de recruter des travailleurs en contrat aidé.
Février 2008

Martin Hirsch : « on pousse avant les élections, on freine après »

En février 2008, Martin Hirsch est en visite à La Réunion. Il est à l’époque Haut commissaire aux Solidarités actives. Ce n’est donc pas n’importe qui, et c’est donc cet expert qui explique pourquoi en 2008, le nombre de contrats aidés attribués à La Réunion a diminué par rapport à 2007 : « parce qu’on les avait un peu gonflés à cause des élections. Ça fait 20 ans que c’est ainsi : on pousse avant les élections, on freine après ». Un aveu fait dans les colonnes du "Quotidien".

Rentrée 2008 in extremis

Les « contrats magouilles » et les élections de 2008

Au mois d’août 2008, la rentrée avait pu être organisée in extremis à cause de la mobilisation des maires. Là aussi, c’était une année électorale, mais des chiffres avaient pu être publiés dans la presse. Ils montraient clairement une utilisation clientéliste de la détresse des travailleurs à la recherche d’un emploi.

Pendant les trois mois précédant les élections municipales et cantonales de 2008, six communes dirigées à l’époque par des maires UMP avaient obtenu 87% du nombre de mois CUI attribués par l’État. À elle seule, le Tampon gouvernée par Didier Robert avait eu 35% du total. Au Port et à La Possession : 0 contrat. À Sainte-Suzanne : 4 contrats de 12 mois.
Voilà qui démontre clairement la magouille.

Commune et étiquette politique du maire au 1er janvier 2008Nombre de mois CUI attribués entre le 1er janvier et le 1er avril 2008
Le Tampon (UMP) 5.016
Saint-Paul (UMP) 2.700
Saint-Pierre (UMP) 1.500
Saint-Louis (UMP) 1.452
Saint-Leu (UMP) 972
Saint-Benoît (UMP) 804
Sainte-Suzanne (PCR) 48
La Possession (PCR) 0
Le Port (PCR) 0
Cantonales 2010

Le scandale des “emplois verts”

Quand une coalition de conservateurs de tous bords permet à l’UMP de prendre la direction de la Région en 2010, cela donne une utilisation clientéliste des “emplois verts”.

Ces derniers sont massivement attribués à des associations créées après les régionales, et qui se situent comme par hasard dans des cantons renouvelables en 2011. Plus grave encore, quand les travailleurs recrutés viennent à l’embauche, ils sont aussitôt mis en congés payés. En effet, il n’y a aucun chantier sur lequel ils pourraient travailler.
Une nouvelle démonstration de la magouille.
Municipales 2012 à Sainte-Suzanne

Les 200 travailleurs embauchés sans être sûrs d’être payés

En décembre 2012, Alamélou est candidat aux municipales de Sainte-Suzanne. Il est aussi conseiller général. Aussi, quand l’association GOUSSE dirigée alors par son directeur de campagne obtient 200 contrats du Conseil général, le lien est évident.

Mais si ces travailleurs ont commencé leur service au mois de janvier, soit trois semaines avant le premier tour, ils n’étaient toujours pas payés début février, date du second tour.

La raison : ils avaient été embauchés à la va-vite avant les élections sans être sûrs d’être payés avant le scrutin. Il n’y aurait eu aucun problème s’ils avaient travaillé à partir de février, c’est-à-dire après les élections. Encore un scandale…


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