Actualités

À quand le prochain ?

Visite ministérielle ou militant UMP en mission ?

Manuel Marchal / 28 juillet 2011

Mais qu’est donc venu faire Benoist Apparu à La Réunion pendant 48 heures ? Son décalage avec le domaine de compétences de son ministère alimente en tout cas de nombreuses spéculations. Car sur un dossier aussi sensible que le logement, l’opinion s’attendait à une véritable visite ministérielle, c’est d’ailleurs cette déception qui ressort de la presse d’hier.

À moins de deux mois des élections sénatoriales, l’UMP apparaît très divisée. Ces deux sénateurs sortants ont été sortis de la liste. Cette dernière comporte le président de la fédération UMP en tête, suivi de Jacqueline Farreyrol, députée cumularde, et de Didier Robert, le super-cumulard.
Les deux sénateurs sortants n’ont pas caché leur volonté de faire trancher cette question par les grands électeurs.
Pour l’UMP, les sénatoriales sont très importantes. Nicolas Sarkozy ne voudrait sans doute pas rester dans l’Histoire comme le président de la République sous lequel le Sénat a pour la première fois changé de majorité. L’UMP et ses alliés au Sénat risquent en effet pour la première fois d’être minoritaires en septembre prochain. Tout peut se jouer à une voix.
C’est une réalité qui s’impose, et elle marque le contexte de la visite de Benoist Apparu.

Des tournées de l’UMP

"Témoignages" avait rappelé que l’emploi du temps du ministre lui laissait suffisamment de temps pour y glisser des rencontres avec des dirigeants de l’UMP à La Réunion. Les dernières visites ministérielles avaient d’ailleurs donné lieu à ce type de détournement des moyens de l’État. Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, était venu tenir un meeting de l’UMP à Sainte-Marie. Georges Tron, secrétaire d’État à la Fonction publique, avait pour sa part annoncé qu’il animait une session de formation de militants de l’UMP. Quant à leur chef de file Nicolas Sarkozy, il avait montré le plus bel exemple de cette orientation partisane : seuls trois rendez-vous officiels venaient ponctuer un séjour de près de 48h à La Réunion : l’inauguration d’une ferme photovoltaïque, celle d’un parc de palmier, et un discours au Parc des expositions de Saint-Denis. Tout le reste, c’était du off, et personne n’était dupe.

Quelles mesures pour le logement ?

Benoist Apparu est secrétaire d’État chargé du Logement. Dans la logique de sa fonction, sa visite devait donc apporter des éléments importants à un problème essentiel de notre pays.
Mais force est de constater un décalage très important entre le domaine de compétence du ministre et ses déclarations. Reprenant les données du dernier CDH, il a appris par cœur les deux chiffres qui arrangeaient le plus l’UMP, ceux des mise en chantier de logements sociaux en 2008 et en 2010.
Par contre, aucune indication sur ce qui intéresse tous les demandeurs de logement, à savoir le nombre de logements sociaux effectivement livrés.
Aucune annonce sur les moyens mis en œuvre pour redresser la situation non plus, si ce n’est la volonté de continuer un programme qui a fait chuter de 10.000 à 6.000 (chiffre du ministre) la production totale de logements dans notre île, provoquant la mise au chômage de milliers de travailleurs.

Le programme d’un militant

Le clou de la visite a été le scoop vieux de deux ans présenté comme l’annonce du séjour, à savoir le TCO lauréat de l’appel à projets EcoCités.
La lecture du programme de la visite finit de révéler la véritable nature du séjour de Benoist Apparu. Comme d’habitude, un ministre s’est rendu à Sainte-Marie, à Saint-Pierre et au Tampon, trois villes dirigées par l’UMP qui figurent en tête du hit-parade des villes visitées depuis janvier 2009. Renforcer les intérêts de l’UMP à La Réunion, voilà l’objectif du voyage ministériel. Ce mélange des genres est un véritable mépris pour tous les Réunionnais qui subissent les conséquences de la politique mise en œuvre par l’UMP. Les réactions engendrées par cette visite montrent en tout cas que l’enrobage ne passe plus. À quand le prochain ?

M.M.


Trop fort le coup du contingent préfectoral

Benoist Apparu a présenté comme une grande avancée la « reconquête du contingent préfectoral ». Ce quota représente 30% des logements sociaux à La Réunion, et c’est là-dessus que le gouvernement compte s’appuyer pour régler les questions issues de l’hébergement d’urgence ou de l’application de la loi DALO, selon le ministre.
Sur la base des logements livrés l’an dernier, le contingent préfectoral est égal à 600 logements neufs en 2010. À ce rythme, il faudrait donc 40 ans pour que les demandeurs actuels puissent être logés sur le contingent préfectoral…


Quand le ministre se montre désobligeant vis-à-vis du préfet Maccionni

Au cours de la visite du quartier de l’Oasis, Benoist Apparu a tenu un discours très élogieux à l’encontre des services de l’État qui, sous la direction du préfet Lalande, ont su se mobiliser pour régler la question du relogement des familles du bidonville en quelques mois.
Lu en creux, pareil compliment signifie que le préfet Maccionni s’est montré inefficace pour résoudre cette question…


Kanalreunion.com