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À qui profite l’effet d’aubaine ?

Lourdes accusations contre Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI

Manuel Marchal / 16 mai 2011

Il a suffi de quelques minutes pour que le monde entier soit informé de la mise en accusation du directeur général du Fonds monétaire international, par ailleurs candidat possible à l’élection présidentielle dans un pays de 60 millions d’habitants. C’est une situation très grave, et qui a des impacts à deux niveaux, tout d’abord dans le monde, et ensuite en France. À qui profite la situation ?

Depuis hier matin, une nouvelle est en tête de toutes les informations : l’arrestation puis la mise en accusation sur le territoire des États-Unis de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international. Il doit répondre aux accusations d’une femme de chambre d’un hôtel. Ces accusations sont très graves, car le dirigeant de l’institution financière internationale est accusé « d’agression sexuelle, séquestration et tentative de viol ». Cette situation a des répercussions à deux niveaux : mondial et en France.
Pour le moment, une seule version a été largement développée par les médias, celle de l’accusation. Quelques minutes après l’arrestation, une source de l’enquête livrait tout au "New York Times", puis la thèse de l’accusation s’est répandue dans le monde. Les Réunionnais ont trop l’habitude de ce genre de procédé, l’enquête à charge relayée par un média choisi pour la circonstance, pour ne pas être vigilant et s’interroger : à qui profite l’effet d’aubaine ?

La guerre monétaire lancée par Washington

Il est important de rappeler le contexte dans lequel Dominique Strauss-Kahn remplit ses fonctions de directeur d’une des organisations financières les plus importantes du monde. Il a pris ses fonctions en novembre 2007, quelques semaines après le déclenchement de la guerre monétaire par George Bush. En effet, le gouvernement américain venait de laisser Lehman Brothers faire faillite, de nationaliser AIG, le plus gros assureur du monde, et de faciliter la transformation de Bank of America en plus grande banque du monde.
Sur ce champ de ruines, le gouvernement de George Bush a sorti alors la grosse artillerie : la création d’un fonds souverain de plus de 700 milliards de dollars.
Les objectifs de ces mesures étaient de provoquer une chute du taux de croissance de la Chine en dessous du seuil garantissant un nombre suffisant de créations d’emploi. Ce qui aurait conduit à des désordres sociaux, si la situation perdurait. Heureusement qu’en deux trimestres, la Chine a réussi à relancer son économie.
Pour sa part, l’Europe ne s’est pas encore remise de cette offensive stratégique américaine. Il faut dire que l’euro est la seule monnaie capable aujourd’hui de tenir tête au dollar et de contrecarrer son monopolisme : une situation inacceptable pour Washington qui a tout intérêt à accentuer la crise.
Pour sa part, Dominique Strauss-Kahn, à la tête du FMI, participe au développement d’une alternative au dollar roi. Sur la base du fait que ce sont les économies des pays émergents qui tirent la croissance économique mondiale, il est partisan d’une autre gouvernance mondiale, où ces pays bénéficient de plus de pouvoir dans les décisions. C’est maintenant le cas au FMI.
La conséquence logique de cette nouvelle gouvernance, c’est la remise en cause de la domination du dollar. Les pays émergents proposent un panel de monnaies, où le dollar sera une devise parmi d’autres. Dominique Strauss-Kahn ne s’oppose pas au développement de cette thèse. C’est un casus belli pour Washington qui considère que le FMI et la Banque mondiale doivent être les bras armés de sa politique de domination afin de bloquer le développement des autres nations.

Obama fait marcher la planche à billets

Face aux propositions de nouvelle gouvernance, les États-Unis ont lancé une nouvelle offensive : la fabrication de 600 milliards de dollars. Barack Obama suit en effet la même ligne que celle de son prédécesseur : utiliser tous les moyens pour maintenir l’hégémonie des États-Unis, quitte à déstabiliser le monde.
Cette décision a été sévèrement critiquée, mais Washington n’est pas prêt d’accepter la remise en cause du système actuel : les États-Unis vivent à crédit et décident eux seuls du montant de leurs dettes. Pour combler leur déficit, ils fonctionnent comme des faussaires qui inondent le marché de faux billets. Les États-Unis s’apprêtent à user une nouvelle fois de cette méthode. Ils savent déjà que cela provoquera la réprobation du monde entier et l’accélération de la solution soutenue par la direction actuelle du FMI.

À partir de là, on peut s’interroger sur la manière dont les accusations contre Dominique Strauss-Kahn ont été relayées. Il y a manifestement une volonté de l’abattre, et de faire place nette avant la grande offensive financière. Les jours qui viennent diront si la mise en accusation par la justice des États-Unis est bien liée à une tentative de changement d’orientation du FMI. Auquel cas, la polémique lancée alors en France apparaîtrait alors comme un "dégât collatéral" de la guerre monétaire menée par Washington.

Manuel Marchal


Barack Obama : « bon pour les États-Unis, bon pour le monde entier »

En novembre dernier, juste avant de se rendre au G20 à Séoul en Corée, Barack Obama était en visite en Inde.
Devant la presse, il a défendu bec et ongles la décision de la Banque centrale US (la FED) de faire marcher la planche à billets en injectant 600 milliards de dollars dans l’économie d’ici le mois de juin prochain.
Cette décision avait été fortement critiquée par la Chine, l’Allemagne et le Brésil qui ont immédiatement perçu cette création de monnaie comme un moyen de dévaluer le dollar, et donc de rendre les produits US plus compétitifs à l’exportation. Une autre conséquence, c’est la diminution de la valeur des réserves de changes détenues par les pays à qui les USA achètent des marchandises, et notamment la Chine.
Enfin, dernière conséquence, mais pas des moindres, ceux à qui les États-Unis doivent de l’argent voient la valeur de leur dette exprimée en dollars diminuée. Autrement dit, ce tour de passe-passe permet donc aux États-Unis d’acheter des produits en dessous de la valeur réelle.
En réponse à ces protestations, le président des États-Unis a déclaré ceci : « le mandat de la Fed, mon mandat est de développer notre économie. Ce n’est pas seulement bon pour les États-Unis, c’est bon pour le monde entier ».


Washington n’a rien à craindre de Nicolas Sarkozy

Comme en 1981, les dirigeants des États-Unis ont tout à gagner d’une réélection du président de la République l’an prochain. En effet, cette année, Nicolas Sarkozy est le premier chef d’État ou de gouvernement à assumer en même temps les présidences du G20 et du G8. Le président français a donc à sa disposition d’importants leviers pour lancer des changements structurels dans la gouvernance du monde. Mais il a montré toute son incapacité à le faire.
En politique étrangère, les observateurs ont noté le naufrage de la diplomatie française, incapable d’anticiper les changements considérables en Afrique du Nord et au Moyen Orient. La seule action de grande portée commise par le chef de l’État cette année est d’avoir entraîné son pays dans une guerre en Libye.
Manifestement, les dirigeants américains n’ont absolument rien à craindre d’un tel amateurisme. Ils ont donc tout intérêt à ce que Nicolas Sarkozy soit reconduit à l’Élysée.


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