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Adelaïde, ou les grosses ficelles de la propagande

Une délégation réunionnaise en Australie

Geoffroy Géraud-Legros / 16 novembre 2010

Dimanche dernier, la "une" d’un grand quotidien australien révélait qu’en présence de Didier Robert, le premier ministre de l’Australie du Sud Mike Rann avait nié la signature d’un accord avec la région Réunion, ajoutant que son État n’engageraitpas un centime d’argent public...et qu’il ne se rendrait pas à La Réunion. Un camouflet pour le président UMP de la Région Réunion, qui a dépensé plus de 240.000 euros dans une opération plus festive que culturelle. Un démenti cinglant à sa "com’", qui claironnait déjà la conclusion d’une importante convention entre notre île et l’Etat d’Australie du Sud . Immédiatement, les médias acquis à l’UMP se sont employés à escamoter l’affaire.

Les lecteurs de "Témoignages" et les quelque 8 à 10.000 internautes qui naviguent chaque jour à notre site internet le savent bien : depuis l’accession de L’UMP Didier Robert aux fonctions de président de la Région, notre quotidien est persona non grata pour tout ce qui touche à cette institution, et se retrouve systématiquement exclu de tous les points, conférences ou voyages de presse. "Témoignages" banni, la réalité n’en continue pas moins d’être. Faire taire la presse d’opinion n’empêche pas les ratages d’être des ratages, les gabegies d’être des gabegies, l’incompétence d’être de l’incompétence. Pour l’heure, Didier Robert a recours à un procédé qui est depuis 3 ans celui de Nicolas Sarkozy (voir édito) : utiliser des médias acquis ou complaisants pour présenter ses échecs en succès, et évacuer la critique.


Un journaliste australien ruine le plan Com’…

L’actualité médiatique a montré quel degré peut atteindre la connivence entre l’UMP et certains journalistes qui revendiquent volontiers leur « objectivité » face à la presse « partisane ». Avant-hier, la visite à Adélaïde de Didier Robert, accompagné de 140 personnes, dont les fêtards qui l’ accompagnent régulièrement aux frais de la collectivité lors de ses nombreux déplacements, a retenu l’attention de la presse australienne. Par un article publié dans le "Sunday Mail", édition dominicale de l’"Advertiser", le journaliste Brad Crouch révélait que, contrairement à ce qu’affirme la "Com’" aux accents triomphalistes de la Région Réunion, « aucune convention n’était signée entre l’Australie du Sud et La Réunion » à l’issue de cette visite pléthorique et hors de prix.
Au terme d’une opération de plusieurs centaines de milliers d’euros, M. Robert ne rapportera en tout et pour tout qu’une « déclaration d’intention », terme qui a prudemment remplacé celui de « convention » dans la com’ de la Région après la publication de l’article du Sunday Mail. « Déclaration d’intention » : dans le langage courant comme dans le langage diplomatique, ce terme désigne un document qui signifie poliment que l’on n’ira pas plus loin...au moins pour le moment. Remarquons d’ailleurs que le document effectivement co-signé par M. Robert et M.Rann, n’est pas même une déclaration d’intention au sens propre, mais un "statement of friendship", une déclaration d’amitié réciproque.

« Je n’irai pas à La Réunion »

La déclaration - publique celle-là-du Premier ministre d’Australie du Sud est dénuée d’ambiguïté : sur le même podium que Didier Robert, en présence de l’Ambassadeur de France, le dignitaire australien a affirmé qu’il n’y aurait « aucun d’accord » et que « qu’absolument aucun fond public » ne serait dépensé. En conclusion, il a ajouté "qu’il ne se rendrait pas à La Réunion" . Des propos pas vraiment prometteurs en terme de coopération régionale...

...une journaliste de La Réunion à la rescousse

À première vue, cette déclaration laisse peu de place à l’interprétation...Ce qui n’a pas empêché Séverine Dargent, journaliste au Journal de l’ïle de La Réunion ("JIR"), de voler au secours du patron de la Région, assurant contre toute évidence que le voyage des 140 délégués réunionnais constituait un grand succès pour la diplomatie de M. Robert. Le procédé : un tour de passe-passe en écriture, par lequel l’auteure de l’article escamote les propos du ministre australien, pourtant publics et fort explicites. Passant sous silence cette prise de position officielle, la journaliste du JIR l’impute... au journaliste qui l’a rapportée, dont elle pourfend « l’article hypertendancieux et peu documenté ». Lequel a, à ses yeux, le tort de faire référence à un « site d’information connu pour sa proximité avec le Parti communiste réunionnais (PCR) ». Malheureusement, Mme Dargent oublie de préciser l’identité exacte du média visé par ce commentaire. Pour établir la « preuve » de l’excellence de l’opération Adélaïde, elle brandit la faible déclaration d’intention « dont le journal de l’île est d’ailleurs en possession » (sic). Ce document protocolaire entre deux bons amis n’engage personne à quoique ce soit ; grâce à un petit coup de stylo, il est métamorphosé en quasi-traité dans les colonnes du JIR . Pour le coup, on ne peut accuser Mme Dargent d’être éloignée de son sujet : son papier est envoyé d’Adélaïde, où elle se trouve en voyage de presse… aux frais, comme c’est l’usage, de la Région, qui a montré en 8 mois qu’à défaut de savoir faire, elle sait recevoir. Comme dit le créole, « i don’ pas koud’pié dan zasièt manjé »

Geoffroy Géraud-Legros


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