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Affaire Karachi : panique totale à l’UMP et à l’Élysée

À la veille des sénatoriales, les familles des victimes de Karachi portent plainte pour entrave à la justice

Témoignages.re / 24 septembre 2011

Loin d’éteindre l’incendie, le communiqué diffusé jeudi par l’Élysée a relancé la polémique avant que la révélation de l’intervention de Brice Hortefeux dans le dossier ne fasse souffler un vent de panique du côté de l’UMP et de l’Élysée. Comme l’indiquait "Témoignages", les affaires de corruption vont être au cœur de la campagne présidentielle.

Incroyable, mais vrai : un ex-ministre de l’Intérieur devenu proche conseiller du président de la République téléphone à un gardé à vue qui lui répond alors qu’il est en pleine audition. Cet épisode en dit long sur le degré de panique qui est en train de saisir l’appareil UMP qui contrôle le gouvernement.
Décidément, l’affaire Karachi n’a pas fini de faire parler, et sera manifestement un élément important de la campagne de la présidentielle.
Jeudi soir, à la suite des gardes à vue et mises en examen de deux proches de Nicolas Sarkozy, l’Élysée s’était fendu d’un communiqué affirmant notamment que le nom du chef de l’État n’est pas cité dans la procédure.
Cette prise de position a aussitôt fait réagir. N’étant ni partie civile ni mis en examen, comment le président de la République peut-il affirmé que son nom ne figure pas dans le dossier. Cette question est le point de départ de soupçons de violation du secret de l’instruction. Car pour être affirmatif à ce point, l’Élysée ne peut que se baser sur les actes de la procédure. Or, ce sont des documents dont le droit lui interdit l’accès.

Le scandale éclate

Au lendemain de ce communiqué, "le Monde" fait une révélation capitale. C’est un nouveau proche de Nicolas Sarkozy qui est concerné : Brice Hortefeux. Après avoir été ministre de l’Intérieur, ce dernier est devenu conseiller spécial du président, endossant avant l’heure officielle des hostilités le costume de directeur de campagne.
Le 14 septembre, il téléphone à Thierry Gaubert, ancien membre du cabinet de Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre du Budget du gouvernement Balladur, à l’époque où le contrat de fourniture de sous-marins au Pakistan a été signé.
Brice Hortefeux est très clair, il dispose d’informations sur le compte-rendu de l’audition de l’ancienne épouse de Thierry Gaubert. Ces informations sont couvertes par le secret de l’instruction. Il y a donc eu une fuite qui devait servir les intérêts des proches de Nicolas Sarkozy. En effet, en appelant Thierry Gaubert, Brice Hortefeux tente de le prévenir afin qu’il puisse élaborer une stratégie lorsqu’il sera entendu plus tard par les enquêteurs.

L’avocat des victimes porte plainte

Mais ce n’est pas tout, car "le Monde" révèle que Brice Hortefeux a pu téléphoner à Thierry Gaubert alors que ce dernier était en garde à vue, dans le bureau des enquêteurs !
Face à un tel scandale, l’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi a décidé de porter plainte pour violation du secret de l’instruction et entrave à la justice.
« Les faits sont extrêmement graves et nous voyons bien qu’il y a une panique manifeste à l’Élysée et qu’on veut tout faire pour étouffer ce scandale », a expliqué Me Morice à des journalistes.
L’affaire Karachi semble de plus en plus à ressembler à des sables mouvants pour le pouvoir. Plus l’Élysée tente d’influer sur les événements, et plus il s’enfonce. Pris dans la nasse, Nicolas Sarkozy doit être entendu.

M.M.


La France est-elle devenue une République bananière ?

Quelques réactions à la suite de la diffusion du communiqué de l’Élysée mettent sérieusement en doute sur la volonté du pouvoir de respecter l’indépendance de la justice.

Michel Dupont-Aignant : une affaire d’État
Le communiqué de l’Élysée « est une affaire d’État à lui seul. Dans le contexte du drame de Karachi, où les vies de citoyens français ont été broyées dans un odieux attentat, un tel dérapage est proprement surréaliste de la part d’une présidence de République d’un pays démocratique. L’Élysée aurait-il eu accès, comme dans une République bananière, aux pièces d’une procédure judiciaire en cours ? »

André Vallini : le Garde des Sceaux doit s’expliquer
« L’Élysée a affirmé que le nom de Nicolas Sarkozy n’était pas cité dans le dossier Karachi. Comment la présidence de la République peut-elle être aussi affirmative ? Comment a-t-elle pu obtenir des informations sur un dossier en cours d’instruction ? Est-ce le parquet qui a fait remonter des informations ? Le Garde des Sceaux doit répondre à ces questions. »


La révélation du "Monde"

Hier, c’est le site du "Monde" qui révèle l’affaire de l’intervention de Brice Hortefeux. Extraits.

14 septembre 2011. À 19h23, Brice Hortefeux appelle sur son portable son ami Thierry Gaubert, autre proche du chef de l’État. Le jour même, l’une de leurs relations communes, l’homme d’affaires Ziad Takieddine, a été mis en examen par le juge, qui postule que cet intermédiaire franco-libanais a permis le retour en France, en 1995, de rétrocommissions liées à des ventes d’armes en 1994. Une partie de cet argent aurait abondé illégalement la campagne présidentielle d’Edouard Balladur.
À l’époque, Thierry Gaubert était chef de cabinet adjoint au ministère du Budget, sous les ordres de M. Hortefeux, chef de cabinet. Leur ministre était Nicolas Sarkozy, porte-parole du candidat Balladur. M.Hortefeux s’occupait de l’organisation des meetings de M. Balladur.

La mise en examen de M. Takieddine les inquiète donc au plus haut point. D’autant que l’épouse de Thierry Gaubert, la princesse Hélène de Yougoslavie, avec laquelle il est en instance de séparation, a aussi passé de longues heures chez les policiers, le 8 septembre. Elle a décrit aux enquêteurs les voyages en Suisse qu’aurait faits son époux, en 1995, en compagnie de M.Takieddine, pour, prétend-elle, rapatrier des fonds remis ensuite à Nicolas Bazire, alors directeur de la campagne de M. Balladur.
M. Gaubert n’est pas encore averti que sa femme a témoigné, et pour cause : le juge Van Ruymbeke a tenu à ce que cette déposition reste confidentielle le plus longtemps possible. M. Hortefeux, lui, en sait pourtant déjà beaucoup. C’est ainsi que l’ex-ministre de l’Intérieur, au mépris du secret de l’instruction, apprend à son ami que sa femme a été entendue par les enquêteurs.
« Elle balance beaucoup apparemment, Hélène », avance M. Hortefeux. « Qu’est-ce que tu as comme infos là-dessus, toi, parce qu’elle me dit qu’elle dit rien ? », s’inquiète M. Gaubert. « Ça m’embête de te le dire par téléphone (…). Il y a beaucoup de choses, hein… », assure l’ex-ministre de l’Intérieur. Manifestement, M. Hortefeux a eu accès aux déclarations sur procès-verbal d’Hélène de Yougoslavie, alors même qu’elles n’ont pas encore été cotées au dossier du juge Van Ruymbeke. « Je te raconterai, poursuit-il, mais ils ont énormément de choses (…). T’as eu Bazire, parce que visiblement il est lui dedans, dans cette histoire. »
Incrédule, Thierry Gaubert ne veut pas y croire : « C’est pas Hélène qui a parlé directement… » « Elle a été entendue, lui apprend M.Hortefeux. Elle sait. Elle était beaucoup au courant de tes activités. » Et l’ex-ministre d’inciter son ami à lui rendre visite : « Écoute, euh, essaie de passer un de ces quatre quand même… » M. Gaubert, lors de sa garde à vue, mardi 20 septembre, a bien sûr été interrogé à propos de cette conversation. « Je pensais qu’en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur il aurait pu avoir des renseignements, répond-il aux policiers. C’est lui qui me parle de l’audition d’Hélène au début (…). Je ne sais pas comment il avait des renseignements… »


Coup de fil pendant la garde à vue !

Ce 20 septembre, tandis que M.Gaubert est en garde à vue dans les locaux policiers à Nanterre, son téléphone portable sonne à 19 h 47. Brève conversation, enregistrée par les policiers : « Allô…, fait Thierry Gaubert. –Oui, c’est Brice. –Oui, je suis en garde à vue, là », rétorque, gêné M.Gaubert. Réponse embarrassée de son interlocuteur : « Ah bon, d’accord OK, à tout à l’heure. »
Interrogé par les enquêteurs sur ce coup de fil, M.Gaubert prétend d’abord que la secrétaire de M.Hortefeux a tenté de le joindre. Les policiers lui produisent l’enregistrement : c’est bien Brice Hortefeux qui l’a appelé. « J’ai menti, admet M.Gaubert, car la concomitance aurait pu vous faire penser à un complot ou quoi que ce soit. C’était bizarre qu’il m’appelle à ce moment-là. On devient un peu parano. Cela m’a foutu la trouille… » Contacté par l’AFP, vendredi 23 septembre au matin, M. Hortefeux a reconnu avoir appelé M.Gaubert pendant sa garde à vue.


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