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Agir, c’est faire, agir ce n’est pas défaire

Une première décision symbolique : démolir un projet

Geoffroy Géraud-Legros / 23 avril 2010

À l’issue de la première assemblée plénière, Didier Robert s’est félicité de la « rapidité » de mise en œuvre de son programme électoral. Se plaçant délibérément en homme d’action, face aux conseillers régionaux comme devant la presse, le nouveau président de la Région Réunion n’a eu de cesse de réaffirmer sa volonté « d’agir sans tarder ». Une volonté affichée que contredit la réalité d’un mois de pouvoir.

S’il est un domaine dans lequel Didier Robert a investi, c’est bien celui de la communication — la « com ».
Depuis son élection le 21 mars dernier à la suite de la triangulaire des régionales, le leader UMP n’a cessé de chercher à occuper l’espace médiatique. But : donner à l’opinion réunionnaise l’impression du mouvement perpétuel et de l’action fiévreuse. Bien dans l’air du temps, cette stratégie finit immanquablement par rencontrer les limites assignées par la réalité.
Or, la réalité est que non seulement Didier Robert n’est pas plus avancé aujourd’hui qu’au premier jour en terme de projet, mais surtout que « l’action » dont il se satisfait consiste uniquement à détruire les projets et les réalisations lancés par la Région Réunion au cours de la décennie précédente.

Derrière la com, la ruine

Contrairement à ce que voudrait faire croire la « com » de Didier Robert, le coup d’arrêt donné au tram-train n’a pas lieu sur le papier : il se traduit par la destruction d’emplois bien réels, dans un contexte de crise majeure du secteur du BTP. Toute aussi réelle, la ruine de nombreuses petites et moyennes entreprises du BTP, qui ont construit une stratégie économique sur la simple confiance dans la continuité d’une institution. L’abandon du tram-train ruine aussi toute une conception de l’aménagement urbain. À Saint-Denis, le nouveau Boulevard Sud comprend un arrêt pour le Tram-train, qui est aussi intégré au pont de la Rivière des pluies, à la création d’une nouvelle voie (l’Avenue des Chagos) au Port, à Saint-Paul…

Didier Robert solde la mémoire

La suppression de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) offre le même tableau : derrière les annonces de « redéploiement » et les hommages de pacotille à « l’identité métisse », la nouvelle équipe de la Région s’emploie avant tout à détruire. Fait sans doute unique dans l’histoire de l’alternance au sein des Régions de France, la direction UMP a commencé par effacer de son site internet l’ensemble des archives mises à disposition par la MCUR. Conférences, projets scientifiques, compte-rendus d’activité ont ainsi disparu du jour au lendemain. Lors de l’Assemblée plénière d’hier, Didier Robert a annoncé qu’il se débarrasserait des fonds collectés par l’institution, d’une manière qui laisse entendre que ces matériaux seront vendus aux enchères.
Didier Robert ne se contente donc pas de se payer de mots : derrière l’agitation illusoire de la communication, ses seules actions ont consisté à défaire les projets hérités de ses prédécesseurs.

Geoffroy Géraud-Legros 


Une insulte à l’intelligence réunionnaise

Depuis 3 siècles, la géographie et l’histoire ont posé d’immenses défis à la société réunionnaise. Sur un espace réduit, la nature de l’île met les hommes face aux ravines, aux remparts, aux montagnes, à la mauvaise mer. Pour vivre et pour se déplacer, les Réunionnais ont eu recours aux technologies, qu’ils ont su adapter à leur environnement par d’audacieuses innovations. Sur le plan humain, les différences d’ethnies et de religions ont mené les habitants de La Réunion à bâtir une société unique au monde, où des hommes et des femmes ont su vivre et construire ensemble, partager des habitudes, une langue…
Les Réunionnais ont construit et se sont construits en développant une intelligence collective, que différentes politiques régionales ont cherché à valoriser depuis plus d’une décennie. La route des Tamarins, dont les ouvrages d’arts vertigineux épousent les contours accidentés de l’Ouest est une réalisation visible de ce choix politique.
Là ou la paralysie des embouteillages avait succédé à l’enclavement d’autrefois, ce grand chantier qui a employé presque uniquement des Réunionnais a changé la vie de dizaines de milliers d’usagers et d’acteurs économiques.
Si sa réalisation avait été prévue pour l’année 2010, la route des Tamarins aurait sans doute été supprimée d’un trait de plume par Didier Robert, au même titre que le tram-train et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Car la « com » ne peut faire oublier, que ce grand ouvrage aujourd’hui plébiscité par les Réunionnais faisait alors l’objet de critiques exactement identiques…


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