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Air Austral à vendre à des étrangers ?

Nouvelle illustration de la fuite du capital réunionnais

Manuel Marchal / 30 mai 2012

À en croire le Quotidien d’hier, personne à La Réunion n’est prêt à mettre la main à la pâte pour soutenir l’augmentation de capital nécessaire. Si une telle affirmation se vérifiait, alors ce serait une nouvelle illustration de la fuite du capital réunionnais.

Notre île est peuplée depuis trois siècles. Durant toute cette période, elle a vu se développer une société composée de différentes classes. Il y a celle des travailleurs qui suent et souffrent pour créer des richesses, et il y a celle des patrons qui bénéficient de cette richesse. Dans tout pays, la bourgeoisie à la tête de ce capitalisme tente pour le moins de transformer cette richesse en investissement pour soutenir le développement de l’économie. Il s’agit de faire fructifier les profits apportés par les travailleurs.
Mais depuis quelques années, force est de constater que tout ce capital est en train de passer dans des mains étrangères.

Le précédent de l’industrie sucrière

À ce jour ; l’exemple le plus évident est celui de l’industrie sucrière. Toute cette filière a été construite sur l’esclavage puis sur l’exploitation très dure de travailleurs sous le joug de la violence de la société de plantation. Les usines sucrières étaient le résultat du travail des colons, des journaliers agricoles, des ouvriers et des planteurs. Mais en moins de 10 ans, toute cette richesse est passée dans des mains étrangères. Il y eut d’abord la vente des actifs sucriers réunionnais de Groupe Bourbon à une coopérative de planteurs de betteraves qui est devenue par la suite Téréos. Puis suite à la décision d’un actionnaire de la Société sucrière de Quartier français, Téréos a pu prendre le contrôle de la totalité de l’industrie sucrière réunionnaise avant de l’intégrer dans une filiale basée au Brésil, Tereos Internacional.
Ainsi, ce trésor réunionnais est désormais dirigé depuis le Brésil par une société appartenant à des planteurs de betteraves français, c’est-à-dire aux concurrents historiques des planteurs de cannes réunionnais. Voilà une des illustrations de la faillite des capitalistes réunionnais.
À cela s’ajoute la vente d’entreprises emblématiques. Ainsi le groupe Foucque est passé sous la coupe de la Compagnie française d’Afrique de l’Ouest. Les principales sociétés de BTP sont pour leur part des filiales de grands groupes tels que Colas ou Eiffage. Quant au groupe Caillé, il est lui aussi sous la menace d’un rachat par des intérêts extérieurs au pays.

60 millions d’euros

C’est au tour de la réussite industrielle réunionnaise de ces 25 dernières années d’être sur le point d’être vendue à l’étranger, si l’on en croit l’article paru hier dans le "Quotidien" : « le capital social de l’entreprise s’élève aujourd’hui à 29 millions d’euros. Autrement dit, la compagnie aérienne est à vendre. Un groupe qui mettrait 60 millions d’euros sur la table raflerait les deux tiers des actions et deviendrait mathématiquement le nouveau propriétaire d’Air Austral ».
Et selon "le Quotidien", ce n’est pas à La Réunion qu’un tel investisseur existe. Il suffirait donc à un groupe étranger de réunir 60 millions d’euros pour prendre le contrôle d’Air Austral. Ainsi c’en serait fini d’Air Austral, compagnie aérienne réunionnaise. Une telle issue serait l’illustration de la faillite du capitalisme réunionnais.

M.M.


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