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Air Austral bientôt rachetée pour une bouchée de pain ?

Inconscience, incompétence ou véritable stratégie de Didier Robert : la question est posée

Manuel Marchal / 26 septembre 2012

La décision de casser le projet A380 n’est que la partie visible de la catastrophe qui se prépare à Air Austral. Car, depuis que Didier Robert s’est octroyé la présidence de la compagnie, c’est la chute. Est-ce de l’inconscience, de l’incompétence ou une véritable stratégie ? Toujours est-il que les décisions prises précipitent la prise de contrôle d’Air Austral par des banquiers au service d’intérêts non réunionnais. Tout le monde sait ce que cela signifie pour le personnel et pour le désenclavement de La Réunion. Ce sera le retour à l’avant 2003 et à une compagnie d’envergure régionale, avec au moins la moitié des emplois supprimés.

Didier Robert dit qu’il a fait des études de Sciences politiques. Il a été élu président de Région. À ce niveau de responsabilité, il doit donc connaître la puissance de la finance dans le monde. En tant que président d’Air Austral, il doit savoir que la compagnie est viable tant qu’elle n’est pas soumise au monde de la finance et de sa puissance. Mais force est de constater que toutes les décisions prises sous la responsabilité de Didier Robert conduisent droit vers cette catastrophe.
Dans notre édition d’avant-hier, nous avons expliqué les conséquences de la décision de casser le projet d’Airbus A380 densifié. La politique de la Région se base sur la distribution de subventions, elle ne peut donc pas tolérer un moyen de transport qui rendra inutile tous ces cadeaux financés par l’argent public. Car l’A380, ce sont des billets 30% moins chers toute l’année, sans subvention. La continuité territoriale passe donc par la maîtrise du marché ! L’arrêt de ce projet fait les affaires d’Air France.

Déjà distancée par Air Austral sur la liaison La Réunion-France sous la présidence de Paul Vergès, la compagnie française n’aurait pas eu d’Airbus A380 densifié dans sa flotte. Elle n’aurait donc pas pu s’aligner sur les tarifs pratiqués par Outremer 380, la filiale d’Air Austral en charge de l’exploitation du nouvel avion. La décision des anciens cadres d’Air France aux commandes d’Air Austral, soutenus par leur président Didier Robert, remet donc leur ancien employeur dans la course. À croire qu’Air Austral avait encore besoin de se tirer une balle dans le pied en faisant une croix sur l’outil qui lui aurait permis de rebondir. Désormais, c’est la chute assurée, mais tout cela est le résultat d’un enchaînement de décisions prises depuis que Didier Robert s’est octroyé la présidence d’Air Austral.

Les salariés et les Réunionnais éliminés du capital

Sous la présidence de Paul Vergès, des mesures ont été prises pour faire face aux conséquences de la hausse des prix des carburants : fermetures de lignes déficitaires, basculement du trafic vers la France pour éviter les suppressions d’emploi, augmentation de capital demandé à des actionnaires qui ont reçu des dividendes.
Dès la prise de pouvoir de Didier Robert, ce plan d’adaptation est stoppé. Les lignes déficitaires sont réouvertes, et la densification de la desserte de la France est abandonnée. Les conséquences sont immédiates : Air Austral perd encore plus d’argent. Autant dire que les conditions sont créées pour fragiliser encore plus la compagnie et justifier des mesures drastiques.
C’est là qu’intervient le changement de direction, l’arrivée d’un cadre d’Air France à la présidence du directoire à la place des Réunionnais.
C’est dans ce contexte que Didier Robert décide de pratiquer le coup d’accordéon pour éliminer l’actionnariat réunionnais et les parts des salariés dans le capital. Ne reste influente dans le capital que la SEMATRA, SEM présidée par Didier Robert, et les banques. Ce jeu de faux frère finira par lui retomber dessus.
Car en faisant cela, le président de la Région s’est coupé de la solidarité des Réunionnais, il est totalement isolé et dans la main des banquiers qui agissent pour leurs propres intérêts, pas pour celui d’Air Austral.

L’A380 pour Air France ?

Au lendemain de ces décisions, le verdict tombe : Air Austral perd des passagers au profit de la concurrence. Air France reprend le leadership sur la ligne La Réunion France pendant que le déficit d’Air Austral atteint 25 millions d’euros au bout de quelques mois. C’est la conséquence de la mauvaise gestion, pas du prix des carburants.
Didier Robert est arrivé aux limites de l’utilisation de la SEMATRA qui ne peut plus injecter d’argent dans la compagnie sous peine de sanctions de l’Europe. Alors comme il vend les bijoux de famille, c’est l’arrêt de l’A380 qui aurait permis le retour de la rentabilité de la compagnie. Espérons que ce n’est pas à Air France que le projet d’A380 sera vendu, car ce serait clairement une trahison envers tous les Réunionnais.

Dans la main des banques

La prochaine étape la plus plausible est que, privé du relais de croissance que constituait l’A380, et plombé par les fermetures des lignes vers les régions françaises, Didier Robert sera incapable de redresser les finances de la compagnie. Les banques vont alors exiger un nouveau coup d’accordéon ce qui réduira la part de la SEMATRA à presque zéro dans le capital. Seules maîtresses à bord, les banques auront les mains libres pour contacter un repreneur qui exigera de racheter la compagnie pour l’euro symbolique.
Les banques pourront alors reconstituer un actionnariat sans Réunionnais, tout sera dans la main des financiers qui décideront de la mort ou de la survie d’une compagnie qui sera réduite à jouer le rôle d’une filiale de l’ancienne compagnie du monopole.

La conséquence : maintenir le sous-développement

Il est alors probable que ces actionnaires exigeront une réduction drastique de la voilure, avec l’abandon du long-courrier, le retour à l’état de compagnie régionale et la suppression d’au moins la moitié des emplois. Et c’est un Réunionnais qui aura fait un tel cadeau à l’opérateur qui bénéficiait du monopole colonial.
Tout cela peut ne pas découler de l’inconscience ou de l’incompétence de Didier Robert. Cela peut être un choix stratégique : maintenir La Réunion sous le joug des intérêts extérieurs.
Didier Robert a déjà arrêté le chantier du tram-train, le projet qui remet en cause le monopole des compagnies pétrolières sur les transports et l’énergie à La Réunion. La casse d’Air Austral a le même effet, elle redonne le monopole à Air France en éliminant la seule compagnie capable de lui tenir tête sur la ligne entre La Réunion et la France.

M.M.

Nous sommes une presse libre, et voici pourquoi…

La parution de l’article de "Témoignages" sur Air Austral lundi a valu à notre journal de nombreuses réactions. Une était attendue, et nous l’attendons toujours : celle de la Région Réunion.

Si prompt à publier des communiqués pour se protéger, Didier Robert n’a pas réagi, et nous comprenons pourquoi. Nous sommes en effet le seul quotidien à avoir la liberté de dire et de prouver que Didier Robert mène La Réunion dans le mur.

C’est parce qu’il a peur de nos questions que le président de la Région Réunion refuse d’inviter "Témoignages" à ses conférences de presse, ne donne aucune annonce légale ou publicité à notre journal. C’est le prix que nous payons pour faire vivre la liberté de la presse à La Réunion.

Il était prévu qu’une charte soit écrite entre journalistes pour notamment dénoncer ce comportement de Didier Robert, qui considère la Région comme sa propriété personnelle et invite qui il veut. Mais nos confrères ont reculé.

Ils voient pourtant que Didier Robert est en train de tout démolir, mais ils ne bougent pas. "Témoignages" est qualifié de partisan, mais alors pourquoi ne voit-on pas exposer sur d’autres médias des points de vue d’experts sur ce qui est en train de se tramer à Air Austral ?


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