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Air Austral : la fin d’une dynamique ?

Aujourd’hui, présentation d’une nouvelle feuille de route

Manuel Marchal / 15 mai 2012

C’est aujourd’hui qu’a lieu la présentation au Conseil de surveillance de la nouvelle feuille de route de la nouvelle direction avec d’anciens cadres d’Air France aux commandes de la compagnie réunionnaise. Est-ce la fin d’une dynamique avec la risque d’une première charrette de licenciements ?

C’est aujourd’hui que le nouveau directoire doit présenter sa feuille de route. Chacun se souvient des conditions rocambolesques qui ont présidé au brutal changement de direction à la tête de la compagnie réunionnaise.
Il y eut tout d’abord les effets de la hausse des prix du kérosène sur les comptes de la société. Cela plonge dans les difficultés toutes les compagnies aériennes du monde. La sagesse de la direction de l’époque permettait de préserver l’emploi, mais l’augmentation de capital demandée pour mettre en rapport le capital au chiffre d’affaires de la société allait permettre à Didier Robert de réaliser un premier coup de force : recomposer le Conseil de surveillance en expulsant son président, Paul Vergès.

L’expulsion des Réunionnais

Puis il y eut la seconde étape de cette offensive du président UMP de la Région. Dans une manœuvre qui ne trompe personne à quelques semaines de la défaite prévisible de Sarkozy, l’ami de Didier Robert, des banques sont envoyées au front pour demander la tête du président du directoire. Ce plan cousu de fil blanc eut pour effet d’expulser les Réunionnais de la direction de la compagnie.
Comme par hasard, Air France avait à ce moment-là un cadre qui pouvait se rendre immédiatement disponible pour prendre le contrôle d’Air Austral. Didier Robert est même parti le rencontrer à Paris. Le jour de l’annonce officielle du départ de Gérard Ethève, ce cadre est accueilli à sa descente d’avion par le directeur de cabinet du président UMP de la Région. Il ne vient pas seul, car suit un autre cadre ex-Air France qui connaît déjà Air Austral pour en être parti en mauvais termes.
Ces deux-là sont donc les véritables maîtres à bord de la compagnie réunionnaise. Tout cela s’est fait dans la précipitation. Didier Robert ayant choisi de politiser la gestion d’Air Austral, il a fallu changer la direction avant le changement de président de la République, ce que tous les observateurs ont pu constater. Pour la première fois de son histoire, Air Austral n’est pas dirigée par des Réunionnais, quels seront donc les projets des ces nouveaux-venus ?

Le redressement refusé par Didier Robert

Tout d’abord, rappelons que le projet de redressement présenté par l’ancienne direction réunionnaise prévoyait de préserver l’emploi par une intensification des dessertes entre La Réunion et la France pour compenser une suspension des liaisons vers l’Océanie et Bangkok. Contre toute logique, Didier Robert a refusé ce plan et imposé le statu quo. C’est un choix étonnant car le statu quo ne bénéficie pas à Air Austral mais à son concurrent Air France qui voyait se profiler la perspective de nouvelles pertes de parts de marché sur la liaison La Réunion-France.
Le "JIR" a dévoilé vendredi un train de mesures que pourrait prendre la nouvelle direction d’Air Austral. Si elles se vérifiaient, alors chacun pourrait constater que les anciens cadres de la compagnie française proposeraient un joli cadeau à leur ancien employeur Air France. Selon le "JIR", il ne s’agirait ni plus ni moins que de supprimer toutes les liaisons d’Air Austral vers la France sauf vers Paris, Lyon et Marseille. Les émigrés qui vivent dans toute la moitié Ouest de la France ne pourront plus prendre l’avion près de chez eux s’ils veulent utiliser Air Austral pour rentrer au pays. Pour rejoindre Paris, Lyon ou Marseille, ils devront donc prendre le train, ou alors un vol intérieur dans un ciel français dominé par Air France…

Les premières charrettes de licenciement ?

Outre ce cadeau, ces mesures divulguées par le "JIR" amènent deux autres commentaires. Tout d’abord, les anciens d’Air France ont tout de même désavoué Didier Robert. Ce dernier avait imposé le maintien de la desserte de l’Océanie à l’ancienne direction réunionnaise qui avait proposé la suspension de cette ligne. Selon le "JIR", la nouvelle direction demande elle aussi la mise en sommeil de cette desserte. Didier Robert va-t-il maintenir sa position ?
Ensuite, les informations du "JIR" notent une suppression de plusieurs lignes et un début de délocalisation en France des activités d’Air Austral sans dire mot sur une compensation possible par une intensification des vols entre La Réunion et la France.
Si cela se vérifie aujourd’hui, alors cela se traduira par une réduction de l’activité ce qui sera une première dans l’histoire d’Air Austral. Et qui dit réduction d’activité laisse craindre l’apparition de charrettes de licenciements, ce qui n’est jamais arrivé à Air Austral.
Tant que des Réunionnais étaient à la direction de la compagnie, Air Austral progressait. L’expulsion des Réunionnais et leur remplacement par des anciens d’Air France : le début de la fin d’une dynamique ?

M.M.


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