Actualités

Air Austral : Tentatives politiques de déstabilisation ?

Hier, Témoignages demandait à qui profite la grève politique...

Geoffroy Géraud-Legros / 26 mai 2010

Une compagnie qui embauche des Réunionnais et crée de la richesse à La Réunion : voilà de quoi inquiéter les monopoles soutenus par le pouvoir d’Etat. Le changement de direction à la Région Réunion a ouvert une période d’incertitude pour Air Austral, cible régulière des soutiens du nouveau président de la Région. Ce contexte a-t-il pesé sur la ligne éditoriale de RFO ?

Malgré les embûches tendues par ceux qui furent longtemps les seuls maîtres du ciel réunionnais, Air Austral est parvenue à s’imposer dans le secteur du transport aérien. Aujourd’hui, la compagnie emploie un peu plus de 900 personnes, presque toutes Réunionnaises… ce qui n’est pas le cas de ses concurrents, peu enclins à recruter de la main d’œuvre locale.

Une réussite réunionnaise

Des avions acquis par des Réunionnais, pilotés par des Réunionnais, employant des équipages réunionnais capables, par exemple, de s’exprimer en Créole avec leurs passagers : la compagnie offre un tableau qui détonne dans l’histoire aérienne réunionnaise.
Cette identité affirmée est pour quelques chose dans le succès grandissant d’Air Austral qui, avec 37% des parts de marché sur la ligne Réunion-Paris contre 36% à Air France, a détrôné pour la première fois l’ancienne compagnie d’Etat. A cet essor économique sans précédent, Gérard Ethève, dirigeant d’Air Austral, entend donner une certaine dimension sociale.

Ambition sociale

En témoigne, l’orientation prise par la compagnie lors de l’acquisition de deux Airbus A-380. A la différence d’une pratique en vogue dans les compagnies aériennes, qui privilégient le luxe en étendant démesurément les classes “affaires”, Air Austral a fait pour ses futurs A-380 le choix d’une seule classe. But : faire de ces très gros porteurs des outils de transports de masse permettant à 853 passagers de voyager entre La Réunion et la France au prix réduit et unique de 600 euros.

Tentatives de déstabilisation

Une réussite réunionnaise qui n’est pas du goût de tout le monde : depuis quelques années, on a vu fleurir dans notre pays des collectifs qui, sous couvert de motifs fort louables– faire baisser les prix des billets- ont surtout cherché à déstabiliser la compagnie régionale. Par des initiatives criardes, des calomnies et des campagnes populistes, les animateurs très “politiques” de ces organisations visaient nommément Air Austral et son dirigeant Gérard Ethève. Le plus ordurier d’entre eux, Antoine Franco -soutien affirmé de Didier Robert lors du dernier scrutin régional- a d’ailleurs été condamné pour diffamation envers la compagnie. L’annonce de l’arrivée des deux A-380 d’Air Austral et d’une baisse consécutive du prix des billets avait brutalement enlevé tout semblant d’arguments aux adversaires de la compagnie.

Les appétits s’aiguisent

L’arrivée à la tête de la Région Réunion d’un pouvoir aux ordres du gouvernement a semble-t-il mis fin à ce répit : du côté des nouveaux entrants, la compagnie régionale attise bien des convoitises. Faut-il voir dans les évènements récents une nouvelle tentative de déstabiliser son dirigeant, Gérard Ethève ? Telle est la question qui se pose au regard de l’orientation prise par RFO, média d’Etat traditionnellement proche des pouvoirs en place. Comment interpréter le choix fait ces jours derniers par le service public d’information, de donner un retentissement appuyé à la grève débutée à Air Austral avant-hier ? Un conflit du travail pourtant assez classique, par lequel un peu plus de 80 salariés élèvent des revendications non moins classiques, relatives au temps de travail et à la rémunération.

RFO : erreurs orientées ?

Cet éclairage donné subitement à une grève banale et assez limitée en effectifs donne à penser… d’autant qu’il est intervenu au moment stratégique où le dirigeant de la compagnie menait d’importants entretiens avec Airbus, principal fournisseur de la compagnie et vendeur des deux A-380. Le lendemain, le média public se distinguait à nouveau, en affirmant que le Conseil de surveillance de la compagnie, qui se réunira mercredi, statuerait sur l’avenir de Gérard Ethève à la tête d’Air Austral. Une information bien entendu erronée : seule l’Assemblée générale de la compagnie pourrait le cas échéant prendre une telle décision. Une erreur grossière qui n’a pas modifié la ligne éditoriale de RFO, dont le journal télévisé donnait la primeur à la grève d’Air Austral. Le service public agit-il ici de manière autonome ? Ou des consignes précises ont-elles pesé sur ses orientations dans ce dossier ?

Geoffroy Géraud-Legros


Kanalreunion.com