Actualités

Air Austral victime du clientélisme

Geoffroy Géraud-Legros / 27 mai 2010

Festins, réjouissances, et… « petits cadeaux » : l’UMP a importé à la Région les pratiques clientélistes des municipalités tenues par la droite dure. La promesse électorale de distribuer immédiatement 40.000 billets à bas prix entre en contradiction avec l’orientation d’Air Austral, qui devrait permettre aux Réunionnais de voyager à un juste prix de manière permanente… et non pas seulement après une élection.

Dans un ciel historiquement dominé par un monopole hérité de la période coloniale, Air Austral s’est imposée en tant que compagnie réunionnaise à part entière. Année après année, la flotte régionale a apporté une importante contribution au désenclavement de La Réunion. En pointe sur la ligne La Réunion-Paris — ou elle a pris le pas sur Air France l’année dernière — la compagnie régionale a ouvert de nouvelles destinations au transport.
Afrique du Sud, Comores, Mayotte, Nouvelle-Calédonie : tous ces itinéraires liés à l’histoire des Réunionnais ont été rouverts par la compagnie régionale. Dans un pays où le droit au voyage à un prix raisonnable est un combat, Air Austral a de surcroît adopté une stratégie commerciale compatible avec des impératifs sociaux. Une orientation concrétisée par le choix d’assurer dès 2014 des transports vers la Métropole par A-380 en classe unique, à un prix constant inférieur de 30% aux coût habituel du trajet La Réunion-Paris.
Cette démarche a permis à la compagnie régionale de bénéficier de l’engagement sans faille des collectivités réunionnaises… Une formule à succès que menacent les pratiques de la nouvelle majorité UMP , qui transposent à l’échelle de la Région les pratiques du clientélisme municipal.

La Région Réunion, mairie UMP

Afflux d’alimentaires, banquet, nervis, fanfares : pour l’élection de Didier Robert à la présidence de l’Assemblée régionale, tout le folklore qui accompagne la prise d’une maire par la droite dure s’était transporté pour un jour dans le hall de la pyramide inversée, où aucune élection à la présidence de l’Assemblée régionale n’avait jamais été célébrée.
C’était le signe que la Région était rétrogradée au rang de Mairie, après les années marquées par les efforts de Pierre Lagourgue et de Paul Vergès pour faire de la collectivité un acteur à part entière, visible même au plan international.

Cadeaux électoraux

Les symptômes de cette « municipalisation » vont bien au-delà des — coûteuses —réjouissances : dans la pure tradition clientéliste, les nouveaux dirigeants se sont empressés de puiser sans retenue dans les fonds épargnés par leurs prédécesseurs. Non pour les réorienter vers d’autres projets de développement, mais pour les distribuer sous forme de « cadeaux »… qui préparent déjà le scrutin qui aura lieu dans 4 années. "Du pain et des jeux" : dépourvue de programme et de perspectives, l’UMP aux commandes régionales retrouve les règles éternelles de la démagogie, distribuant les biens collectifs et occupant les esprit par des fêtes, dans l’attente de la prochaine élection.


Du pain, des jeux et… des billets d’avions

Que ferait une mairie d’une compagnie aérienne ? Le virage clientéliste emprtunté par la majorité pourrait bien briser l’essor d’Air Austral. Car personne ne s’y trompe : les 40.000 billets à prix plancher annoncés par Didier Robert pendant la campagne ont avant tout pour but de fidéliser le vote des bénéficiaires des largesses régionales. Problème : cette orientation irrationnelle tant sur le plan économique que social est bien loin de correspondre aux conditions dans lesquelles Air Austral et Airbus ont conclu la transaction portant sur 4 A-380 aménagés pour transporter environ 850 voyageurs par vol.

Gérard Ethève pris pour cible

Ce contrat était fondé avant tout sur la confiance mutuelle, un engagement politique fort des collectivités réunionnaises et le respect inspiré par Gérard Ethève à ses interlocuteurs.
Le dirigeant d’Air Austral, dont la stature se confond avec celle de la compagnie, est aujourd’hui perçu comme un obstacle gênant par les partisans du démembrement des fleurons réunionnais. Il ne faut dès lors pas s’étonner de voir l’intérêt porté par la direction de la Région à la grève qui a eu lieu au sein du personnel de la compagnie aérienne. Un conflit fortmemnt médiatisé malgré son impact assez limité, dans lequel Didier Robert a vite cherché à s’imposer aux dépens du dirigeant d’Air Austral.

Geoffroy Géraud-Legros


Kanalreunion.com