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Antenne Réunion annule ses débats sous la pression et fera « le service minimum »

Régionales : une manifestation prive les Réunionnais de leur droit à l’information

Témoignages.re / 23 février 2010

Le débat entre Paul Vergès et Jean-Paul Virapoullé n’a pas pu avoir lieu hier soir à cause d’une manifestation. Antenne Réunion fera désormais le « service minimum » pour les Régionales. Pour la direction de la chaine, Eric Magamootoo est le principal responsable de cette situation, explications.

Le débat qui devait avoir lieu, dans le cadre des régionales, en direct sur Antenne Réunion à partir de 19 heures 40 ce lundi soir 22 février 2010 entre Paul Vergès et Jean-Paul Virapoullé a été annulé, quinze minutes avant le lancement de l’émission. La décision a été prise par Philippe Roussel, directeur de la chaîne privée, sous la pression d’une centaine de personnes massée devant les locaux de la télévision. Représentant 6 "petites" listes, les manifestants exigeaient d’être invités à débattre. Philippe Roussel a ensuite annoncé qu’Antenne Réunion annulaient les 5 débats prévus entre les têtes des 4 "grandes" listes" (Paul Vergès, Michel Vergoz, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé). « Nous allons couvrir la campagne des Régionales en service minimum » a-t-il ajouté. Il a désigné Éric Magamootoo, tête de la liste "le Changement" et président de la chambre de commerce, comme étant l’organisateur de la manifestation. « C’est un manipulateur, c’est dégueulasse de sa part, il est odieux » a lâché le directeur d’Antenne Réunion.

Joël Mongin et Éric Magamootoo chantent "la Marseillaise"

Il y avait Johnny Arnachellum, tête de la liste "Égalité totale", Joël Mongin, transporteur et partisan de cette liste. Aniel Boyer, indépendantiste et tête de la liste de même obédience, était également là. Daniel Pouny, tête de la liste "danielpouny.com". Vincent Defaud, tête de liste d’"Europe Écologie", et des représentants de la liste de Nadia Ramassamy étaient aussi présents. Et puis, il y avait Éric Magamootoo, tête de la liste "le Changement" et actuel président de la Chambre de commerce. Allant de l’un à l’autre des manifestants, s’arrêtant au passage devant les journalistes, il expliquait qu’il n’était pas possible d’accepter qu’Antenne Réunion n’organise de débats qu’avec les têtes des "grandes" listes.
Philippe Roussel est sorti à la rencontre des manifestants pour essayer d’expliquer la position de la chaine. « On ne peut pas débattre en mettant 12 personnes autour d’une même table (12 listes se présentent aux régionales - ndlr). Il y aura un débat avec 4 têtes de listes, mais chacune des autres listes sera invitée par la suite et aura un temps de parole équivalent » tentait de faire admettre le directeur d’Antenne Réunion. En vain.
Un véritable dialogue de sourds s’instaurait. Il était couvert alternativement par les slogans "démocratie, démocratie" et par une "Marseillaise" entonnée à pleins poumons par Joël Mongin et Éric Magamootoo. Pour rappel, fin novembre 2008, en plein mouvement pour la baisse du prix des carburant, le second n’avait que très modérément apprécié que le premier organise des barrages de transporteurs devant la Chambre de commerce.

Barrage devant la grille

La confusion monte encore d’un cran à l’arrivée de Jean-Paul Virapoullé. « Si on na in dinité de Réyoné, rant out kaz. Ou pé pa alé débate » lui lancent plusieurs manifestants. « Je ne suis pas le propriétaire d’Antenne Réunion. On m’a invité, je viens » répond le sénateur UMP de Saint-André. Le dialogue de sourd se poursuit. Pendant ce temps, à bord de sa voiture Paul Vergès attend non loin de la scène.
Philippe Roussel tente de faire entrer Jean-Paul Virapoullé. « Je propose de recevoir une délégation dans mon bureau, mais le débat aura bien lieu » lance-t-il. La suite lui prouvera que non. Un barrage de manifestants l’empêche en effet d’entrer dans les locaux de la chaîne. Il est 19 heures 20. Après 5 nouvelles minutes de tergiversations, Philippe Roussel, visiblement exaspéré, déclare « puisque c’est comme ça, il n’y aura pas de débat ». Cris de joie des manifestants. Le directeur d’Antenne Réunion retourne dans ses locaux. Jean-Paul Virapoullé, un peu désemparé, remonte dans sa voiture. Les policiers présents aux abords de la chaine depuis le début de la manifestation n’ont pas eu à intervenir.

« Une première dans les annales de la télévision »

« Que l’on soit obligé d’annuler un débat sous la pression de certaines listes est une première dans les annales de la télévision » commente Philippe Roussel un peu plus tard face à la presse. Il annonçait que les 5 débats prévus étaient annulés et qu’il n’y aurait pas « d’événementiel. Tous les candidats auront la parole, mais nous ferons un service minimum » disait-il. « Ce qui s’est passé ce soir remet en cause un certain nombre de principe démocratiques. C’est un vrai coup dur. Je n’avais pas d’autre moyen que d’annuler le débat, je n’allais quand même pas faire intervenir la police » remarquait-il encore.
Il s’insurgeait ensuite : « le fait qu’un président de Conseil régional soit obligé de tourner autour de la station et qu’un sénateur soit empêcher d’entrer est tout simplement inadmissible ». Et de désigner celui qui selon lui est à l’origine de toute l’affaire. « Éric Magamootoo, qui est en avance sur tout le monde en temps de parole sur notre antenne, a monté toute cette opération » accusait-il avant d’ajouter, « il s’est livré à une véritable opération de manipulation. C’est un manipulateur, c’est dégueulasse de sa part. Il a fait ça par besoin d’exister, c’est odieux ». Fermez le ban…


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