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Anticipons la croissance démographique et le changement climatique

Face à la crise, tout est à construire — 4 —

Manuel Marchal / 10 décembre 2010

Au moment où se tient la Conférence de Cancún sur le changement climatique, l’INSEE annonce de nouvelles projections démographiques pour La Réunion. Elles confirment que la réalité du million d’habitants va finir par s’imposer, dans un contexte d’aggravation de la crise climatique. Comment faire pour anticiper ?

C’est durant la Conférence de Cancún que l’INSEE a annoncé les nouvelles projections démographiques pour La Réunion. Ces nouvelles données confirment que notre pays va dépasser 1 million d’habitants, au plus tard dans trente ans. La population de notre île va donc connaître une hausse de 250.000 personnes au cours de ces trente prochaines années, soit une moyenne de 8.000 personnes par an.
Au moment où survient cette annonce, 25.000 représentants de 192 pays sont réunis à Cancún, au Mexique. Ils participent à la 16ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Cette rencontre permet, d’une part, de faire le point sur le suivi des engagements impliquant les signataires du Protocole de Kyoto et, d’autre part, de tenter de s’accorder sur les suites à donner à ce traité international qui s’applique jusqu’en 2012.
Toute la difficulté est de trouver dans l’urgence un accord capable d’être accepté par 192 gouvernements. Car, pendant ce temps, les émissions de CO2 continuent de s’accumuler dans l’atmosphère, et contribuent à accélérer les dérèglements climatiques.

Le coût du retard

La croissance démographique et le changement climatique sont deux éléments qui changent la réalité à tout instant. En effet, en admettant que des mesures prises pour répondre à un problème actuel aient des effets positifs, cela peut totalement changer avec 250.000 habitants de plus. C’est d’ailleurs ce que démontre l’Histoire. Quand le statut colonial est aboli dans notre île, La Réunion compte 250.000 habitants. L’égalité devait donc être appliquée pour ce niveau de population. Mais à Paris, les gouvernements ont décidé de retarder cette application, espérant notamment réaliser des économies. Résultat, quand l’égalité est obtenue 50 ans plus tard, La Réunion compte plus de 600.000 habitants.
Durant ces 50 ans, la démographie a changé totalement le visage de La Réunion. Et ce qui devait régler les problèmes de 250.000 habitants, pour passer ensuite à l’étape du développement, ne permettait plus de faire face à la crise vécue par un pays de plus de 600.000 habitants. Pendant que Paris refusait l’égalité, la crise s’est installée et amplifiée, enfermant les Réunionnais dans l’impasse de la pénurie d’emplois.

Réalité en constante évolution

Au cours des 30 prochaines années, cette donnée démographique va donc encore peser sur notre île. Mais à cela s’ajoutent les conséquences du changement climatique. Les débats de Cancún expliquent que les îles figurent parmi les régions qui connaîtront le plus de bouleversements du fait de ce phénomène. Ce qui signifie qu’en plus de prévoir toutes les infrastructures pour l’arrivée de plus de 8.000 habitants chaque année, il est nécessaire d’intégrer l’adaptation au changement climatique dans toutes les décisions. Cela a notamment pour conséquence d’augmenter le coût des investissements, car ces derniers devront être capables de résister à des catastrophes d’une intensité sans précédent.
Cela place La Réunion face à un problème qui est partagé par la majorité de la planète, c’est-à-dire le monde des pays en développement.
Comment faire face à tout cela ? Le 7ème Congrès du PCR appelle tous les Réunionnais à s’emparer de ce débat et à apporter chacun leur part de vérité dans le but d’apporter des solutions dans lesquelles les Réunionnais se reconnaîtront.

Manuel Marchal


Dramatique sous-estimation de la réalité

Toutes ces données appellent donc à l’anticipation. Malheureusement, force est de constater une dramatique sous-estimation de cette réalité en constante évolution. Cela se voit dans les commentaires des médias, mais aussi sur le positionnement de décideurs.
C’est en effet en ce moment que se déroulent les élections à la Chambre de commerce et d’industrie. Et à ce jour, les questions mises en avant concernent la gestion du pouvoir. Mais rien ne transparaît quant à la manière dont est appréhendée cette question : comment intégrer durant le prochain mandat près de 50.000 personnes dans un contexte d’aggravation de la crise climatique ? Cela signifie par exemple comment faire face aux conséquences de la montée du niveau de la mer pour l’aéroport de Gillot, dont la gestion est actuellement concédée à la Chambre de commerce et d’industrie.


À moins de 2 degrés de la catastrophe

Voici un extrait de l’intervention du Dr. Rajeendra Pachauri, président du GIEC, lors de l’ouverture de la Conférence de Cancún.

« Approximativement 20 à 30% des espèces animales et végétales connues à ce jour sont susceptibles d’être soumises à une augmentation d’un risque d’extinction si l’augmentation moyenne des températures dépasse 1,5 à 2,5 degrés Celsius. Le réchauffement anthropique pourrait conduire à des effets majeurs ou irréversibles en fonction du taux et de l’ampleur des changements climatiques. La disparition partielle de la calotte glaciaire dans les pôles pourrait provoquer une hausse de plusieurs mètres du niveau de la mer, des changements majeurs des zones littorales, et l’inondation des régions de basses altitudes. Les effets les plus importants se feraient ressentir dans les deltas des fleuves et les îles dont le point culminant est proche du niveau de la mer. »


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