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Appel à la responsabilité des élus

Des enjeux considérables pour La Réunion

Céline Tabou / 7 mai 2014

Paul Vergès a évoqué, lors d’une conférence de presse, que les nombreux problèmes subis par les Réunionnais « se posent simultanément, mais ce n’est qu’un début », a indiqué le sénateur, qui a mis en exergue les différents « enjeux » qui nous attendent.

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Paul Vergès : « On ne va pas recopier ce qui se fait à Paris, dans un contexte européen. C’est aux élus du peuple réunionnais de faire des propositions de développement pour La Réunion »

Face à l’aggravation de la situation économique et sociale, « il faut changer les bases de l’inégalité sociale et respecter la croissance démographique », a expliqué Paul Vergès. Pour ce dernier, la responsabilité, ou plutôt « l’irresponsabilité des élus réunionnais », a un impact sur « les enjeux considérables » de La Réunion.

Des problèmes majeurs

Le flux d’information pose la question « comment faire le tri de ces informations, mais il faut toujours se rappeler la réalité concrète de La Réunion » : 42% de Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté, 59% de chômage chez les moins de 25 ans, 30% des Réunionnais sans emploi, 116.000 illettrés, plus de 25.000 demandes de logement en attente, le nombre croissant d’allocataire des minimas sociaux, le coût des frais bancaire et de l’énergie ... Dans un tel contexte, « qu’est-ce que l’on fait face à cela ? Qu’est-ce qu’on fait pour rattraper ces problèmes d’inégalités sociale ? », a posé le sénateur.

De nombreuses études mettent en exergue la situation « hors norme » dépeinte par le Paul Vergès, qui a insisté sur le poids des inégalités des revenus à La Réunion. « Il existe des catégories sociales qui ont un niveau de vie supérieur à celui des catégories sociales de France. Quand je l’ai évoqué au Sénat, ils n’y croyaient pas », a expliqué le sénateur communiste. D’autant plus, « que je leur ai dit si vous aviez 30% de chômage en France, vous n’appliquerez pas la politique actuelle ». Pourtant, un fait nouveau est apparu, d’après Paul Vergès : « c’est le constat de l’ampleur de la gravité de la situation économique et sociale ».

Un contexte découlant de la loi de 1946, « les gouvernements successifs ont mis en place une réforme littéralement incroyable », permettant aux fonctionnaires d’avoir un revenu indexé, par rapport au coût élevé de la vie. Alors « quand on dit lutter contre les monopoles, on se moque des Réunionnais. C’est l’Etat qui a créé ces monopoles », en mettant en place un marché financier, à travers la sur-rémunération. « Deux générations ont été sacrifiées par une politique volontaire d’inégalité sociale que l’on n’arrive pas à corriger jusqu’à aujourd’hui » a déploré Paul Vergès.

Des réformes inadaptées à La Réunion

« On fait des réformes mais les bases des inégalités sociales, on n’y touche pas et on ne fait pas face à la transition démographique », a expliqué le sénateur. Pour ce dernier, « les réformes sont accélérées en France pour être rapidement appliquées à La Réunion. On a une politique gouvernementale qui a sa logique, même si c’est suicidaire ». En effet, après deux années de mandat, « on arrive aujourd’hui à la décision d’une politique d’économie de 50 milliards. C’est un pari que certains disent perdu d’avance et que d’autre jugent de chance ».

Les mesures prévues par le gouvernement sont « les plus importantes depuis des dizaines d’années », car elles engagent un plan pluriannuel de 2014 à 2017. « Cette politique est fixée pour les quatre ans à venir, c’est la première fois, qu’on a une telle décision ». Paul Vergès évoque ici le Pacte de responsabilité du gouvernement de Manuel Valls, qui a été voté par la quasi-totalité des députés réunionnais, « sans un seul mot d’explication ».

D’autant plus, que Bruxelles a indiqué à la France qu’elle est sur la bonne voie mais qu’elle n’obtiendra pas de résultat sur la baisse du déficit, a expliqué le sénateur. Pour ce dernier, la politique du gouvernement « n’aura pas les effets similaires » à La Réunion, notamment pour les entreprises. Face à un contexte économique français et réunionnais morose, la nouvelle politique de gouvernance évoquée par François Hollande ne correspond pas aux réalités réunionnaises, a expliqué Paul Vergès.

Une « rupture historique »

Pour lui, le regroupement de communes et la réforme territoriale dans sa globalité est une « rupture historique » dans la « vision centralisatrice de l’Etat français ». Répondant aux habitudes européennes, la France a souhaité regrouper ses communes et régions, afin de réduire les coûts, diminuer le nombre de communes, faire face au développement de l’Union Européenne et avoir une gestion institutionnelle simplifiée sur le modèle des Länder allemands, a expliqué le sénateur.

Cependant, une telle vision n’a pas lieu à La Réunion, car « on réunit quelle région ici, pour faire quel bassin de développement, alors qu’on est à 10.000 km de la France ». Alors qu’aux Antilles, la situation a été anticipée par l’intégration des îles antillaises à l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). Une intégration qui coïncide avec le retour de Victorin Lurel, à la tête du Conseil Régional de la Guadeloupe.

« Qu’est-ce qu’on propose à La Réunion ? On ne va pas recopier ce qui se fait à Paris, dans un contexte européen. C’est aux élus du peuple réunionnais de faire des propositions de développement pour La Réunion, face au contexte aggravant », a indiqué Paul Vergès. Mettant en avant les possibilités de coopération dans la zone, notamment avec les pays émergents comme Madagascar, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Mozambique, Paul Vergès a déploré le silence des élus réunionnais, qualifiés de « somnambules », car « inconscients de la réalité ».

 Céline Tabou 



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  • Comment etre responsable ? car souvent meme trop souvent les campagnes électorales
    ressemblent à des déclarations de guerre faute de projet pour un développement global , cohérent pour la réunion . le développement de la réunion passe obligaoirement par le rassemblement de tous, si l’on est sensible au signal de détresse du pays,t au delà des barrières idéologiques.

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  • L’ensemble de la classe politique et leurs partis sont depuis longtemps anesthésiés par le système colonial. Ce système permet aux élus d’étendre leur pouvoir, leurs privilèges et une extension de propriétés et de biens. Leurs progénitures bénéficient des meilleurs postes d’encadrement dans les collectivités, souvent sans diplôme requis. Chômage et difficultés de la vie ils n’y sont pas confrontés.
    La politique économique qu’ils soutiennent est en faveur de l’importation et de la grande distribution. Ceci génère un obstacle à la production locale et à l’exportation. Il ne peut pas y avoir d’issue si cette tendance n’est pas inversée.
    Effectivement la pauvreté s’accroit. Elle perdurera tant qu’il existera des inégalités de revenus. La formation des prix et son taux élevé n’est pas lié, seulement à l’octroi de mer, impôt colonial, aussi aux inégalités des revenus.
    Les salaires de la fonction publique doivent impérativement s’aligner sur les salaires métropolitains. Les salaires indexés des cadres supérieurs et des avantages du privé également.
    C’est ce débat qui doit être à l’ordre du jour. Pourra-t-il se faire ? Peu probable, tant qu’il existera intelligence entre l’économie, la politique et l’information. Tant que les idées qui combattent ce système seront censurés par les médias, soutenus par les élus.
    Pour le moment, et aux vues des derniers résultats électoraux, personne n’a l’intention de changer de système. Plutôt comment continuer à le perdurer.

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