Actualités

Appels au changement entendus ?

François Hollande en visite les 21 et 22 août prochains

Manuel Marchal / 5 août 2014

La visite du chef de l’Etat a été finalement repoussée d’un mois. Ce délai a donné tout le temps à François Hollande et à ses conseillers de prendre connaissance des revendications des couches sociales ayant accès aux médias et d’y répondre. Pendant ce temps, les plus pauvres souffrent davantage et ils sont plus nombreux, car toujours plus de Réunionnais sont à la recherche d’un travail. C’est donc une convergence autour d’un refus de la politique menée par le gouvernement. Cette union pour le changement à La Réunion sera-t-elle entendue ?

JPEG - 91.8 ko
Dimanche, la bienveillance du gouvernement français vis à vis d’Israël a été unanimement dénoncée. C’est un élément nouveau ayant fait irruption dans le débat. François Hollande est interpellé. Un changement est attendu sur ce point, et ce n’est pas le seul.

François Hollande devait venir à La Réunion les 25 et 26 juillet. Jamais la visite d’un chef de l’Etat n’avait eu lieu dans un tel climat. Habituellement, les détails du voyage sont mis en avant. Cette fois, c’étaient les inquiétudes de toutes les catégories sociales qui peuvent s’exprimer dans les médias. Leurs organisations ont acheté des pages de publicité dans le "JIR" et le "Quotidien" pour avoir l’assurance que leurs revendications parviennent telles quelles aux yeux du président de la République.
Du côté des syndicats, l’Intersyndicale avait appelé à une grève générale le 25 juillet, ponctuée d’un rassemblement devant la préfecture. Pour leur part, les jeunes de l’AJFER avaient prévu une action à Saint-Joseph, ville où le président de la République devait s’exprimer sur l’emploi. Pour l’AJFER, plus question de traiter les mutations au cas par cas, seule une réforme globale du système ouvrira de nouveaux droits aux Réunionnais afin qu’ils puissent plus facilement travailler au pays dans la fonction publique.
C’était surtout la menace de la filière canne qui était au cœur de l’événement. L’inquiétude des planteurs, des travailleurs de l’industrie et des usiniers est telle que François Hollande devait officiellement s’adresser à eux dans la cour de l’usine de Bois Rouge. En effet, après 2017, c’est la fin du quota sucrier et du prix garanti. C’est une menace mortelle sur 30.000 emplois directs et indirects. Pour obtenir une clarification, la CGPER avait lancé une grève générale des livraisons de canne à la veille de la venue de François Hollande.

Des revendications connues

En raison de la catastrophe de l’avion d’Air Algérie, François Hollande avait décidé de repousser sa visite. Comme l’initiale, celle prévue à la fin du mois sera une tournée dans l’océan Indien. Une modification est intervenue. François Hollande a choisi de se rendre à La Réunion, puis à Mayotte avant le sommet de la Commission de l’océan Indien. En juillet, le passage dans l’île aux Parfums était prévu après le sommet des chefs d’Etat de l’organisation de notre région. Cette inversion ne manquera pas de susciter des interprétations.
Mais le contexte est totalement chamboulé. François Hollande ne découvrira pas les revendications des partis politiques, des syndicats et des associations à sa descente d’avion. Il les connaît depuis le 25 juillet, et il a donc près d’un mois pour les étudier et y apporter des réponses.
Car entre la date de la visite initiale et de celle finalement prévue, la situation n’a pas évolué. Les raisons à l’origine de l’inquiétude sont toujours là. Pour apaiser la situation et aussi économiser au contribuable le prix d’un coûteux déplacement pour si peu de temps à La Réunion, le pouvoir avait la possibilité de faire depuis Paris les annonces inscrites durant les différentes séquences de la visite. Il a préféré un autre plan, il devra donc l’assumer jusqu’au bout.
Cela passe en particulier par une annonce claire sur le soutien ou pas de la France à la filière canne de La Réunion pour l’après 2017. Afin de garantir la survie, Paris devra non seulement obtenir de Bruxelles le maintien de l’autorisation du versement d’une aide annuelle de 90 millions d’euros, mais en plus cette enveloppe devra être augmentée de 38 millions par an.

Les nouveautés : sur-rémunération et Palestine

Il reste néanmoins trois événements qui ont marqué l’actualité entre les deux visites. Le premier est la démarche du PCR, informant la population qu’un rapport du Sénat remettant en cause la sur-rémunération a été publié le 9 juillet. Ce document demande une étude opérationnelle pour réformer le système actuel, afin qu’il puisse agir de manière vertueuse au service des économies des pays de l’Outre-mer.
Le second est le succès de la manifestation pour la paix en Palestine. Le Collectif "Nout tout’ansamb pour la Paix en Palestine" a réussi à mobiliser largement. Les élus sont au pied du mur, car le collectif leur demande de prendre position pour que la France cesse d’être bienveillante vis à vis de l’Etat d’Israël, prenne ses responsabilités pour condamner les crimes de guerre perpétrés par l’armée d’occupation à Gaza et en Cisjordonie, et agisse pour que cesse cette politique coloniale au Moyen-Orient.
Autrement dit, si les responsables politiques réunionnais sont à la hauteur de la mobilisation de dimanche, alors François Hollande devra aussi s’exprimer à ce sujet.

Les pauvres au programme ?

La dernière inconnue est sans doute décisive. Ce sont les revendications des Réunionnais qui n’ont pas accès aux médias de masse pour s’exprimer. C’est la moitié de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, et qui a participé largement à la victoire de François Hollande en 2012, sur la base du mot d’ordre "le changement c’est maintenant".
Mais depuis deux ans, la situation de cette moitié de La Réunion ne s’est pas améliorée. Plus grave, le gouvernement a supprimé le RSTA et la prime COSPAR, deux mesures qui avait fait sortir des milliers de Réunionnais de la grande pauvreté.
Dans le programme des 25 et 26 juillet, la moitié de la population était oubliée. Cette injustice sera-t-elle réparée ?

M.M.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • A mon humble avis au-delà des revendications catégorielles justifiées , la position du pays doit etre aussi lisible par tous en ce qui concerne la crise au moyen-orient. Le changement doit passer également par un dévérouillage technocratique au sens large du terme afin que , quand des mesures sont annoncées principalement pour toute la masse silencieuse il n’y ait pas réinterprétation mais les applications les plus rapides , peut-etre cela est insignifiant pour les uns mais pas pour ceux qui sont en bas, "a terre".

    Article
    Un message, un commentaire ?


Kanalreunion.com