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Après l’abolition de l’esclavage, il faut abolir l’extrême pauvreté

Rencontre hier à l’Ermitage

Céline Tabou / 28 février 2013

Hier, l’Ermitage accueillait la 2e rencontre sur la condition humaine d’extrême pauvreté. Les participants ont rappelé l’Appel lancé le 18 décembre pour réclamer « l’abolition de l’extrême pauvreté à La Réunion ». Venus de plusieurs endroits de l’île, des participants ont témoigné de leurs difficultés sociales et psychologiques. Le PCR s’est engagé à leur côté, à soutenir leurs initiatives.

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À l’occasion de ce rassemblement, les participants ont acté la création de comités de lutte contre l’extrême pauvreté afin de permettre aux victimes de comprendre pourquoi elles sont dans cette situation et d’agir pour s’en sortir. Les présents ont également décidé de lancer une initiative le 19 mars, car « l’égalité est un droit, mais alors pourquoi certains ont droit à des revenus sur-indexé et d’autre à la misère ». « Il est temps d’abolir l’esclavage moderne qu’est la pauvreté » . L’objectif de ces rassemblements est de « sortir les Réunionnais de l’ignorance et de faire valoir leurs droits. C’est une question de dignité ».

La Réunion compte 49% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, soit la moitié des 820.000 habitants. En plus de ces 400.000 Réunionnais, des milliers d’autres vivent dans des conditions difficiles. Par exemple, une dame venue de Saint-Pierre a expliqué ce qu’elle et son mari touchaient tous les deux. Elle a détaillé tout ce qu’elle doit payer : les factures d’eau, d’électricité, de téléphone, mais aussi la mutuelle, l’assurance, le transport et la taxe foncière, ils ont du mal à boucler la fin du mois. Leur reste à vivre est dérisoire. Ce « reste à vivre » est destiné à se nourrir, s’habiller, se divertir. « Il est aujourd’hui impossible de vivre avec 4.50 euros par jour, c’est à peine le prix d’une barquette de riz et carri ».

S’organiser et sortir du silence

D’autres exemples ont été évoqués, notamment des familles ayant des factures d’eau et d’assainissement de plusieurs milliers d’euros, impossible à payer. En effet, une personne âgées saint-pauloise vit avec son mari handicapé et doit une facture d’eau de plus de 5.000 euros, à payer avant le 14/12/2012. «  Ce cas met en évidence les nombreuses préoccupations des Réunionnais, on n’est pas là pou fé l’intéressant, mais pour que les choses ne se passent plus comme ça  », a expliqué l’un des organisateurs du rassemblement. L’ensemble des participants ont dénoncé le régime politique actuel qui produit des pauvres mais est incapable de redresser la situation. Des élus viendront vous voir bientôt. Ils diront « vote pou moin, ma règle ton problèm après ». Mais comme l’a expliqué une autre saint-pauloise, « quand il faut voter, ils savent où on est. Mais pour régler les problèmes, il n’y a plus personne ».

C’est dans un tel contexte que les organisateurs ont appelé à « créer la confiance avec le peuple, car tant qu’on est ensemble et crédible, les gens pourront nous croire. On dit allons réunir les victimes, il faut qu’elles s’unissent, échangent et ne soient plus isolée. Fo sortir du fé noir ». «  La honte ce n’est pas les pauvres, ce sont les élus menteurs  ». Au-delà des problèmes soulevés, les organisateurs ont évoqué des pistes de réflexions et des actes de solidarité pour éradiquer l’extrême pauvreté à La Réunion. La présidente de Femmes Solidaires pour l’Emploi a mis en avant un système d’économie solidaire.

À travers des associations et coopérations, les Réunionnais ont les moyens d’agir modestement et de générer de l’activité via des savoir-faire (couture, jardinage, cuisine…). L’objectif est de « s’associer pour aider, soutenir et créer l’emploi à travers la solidarité et ainsi sortir de la pauvreté ». « Chacun sait faire quelque chose dans son coin, si on met ensemble dans une coopérative ou association, alors on crée de l’emploi ». C’est dans l’idée de mettre en commun et de solidarité que les organisateurs ont lancé la création de comités de lutte contre la pauvreté dans toute l’île, dans « les principes de générosité, solidarité et dignité par l’emploi ».

Céline Tabou

Abolir cet esclavage moderne

• Il a été mentionné l’appel lancé le 18 décembre 2012, à l’Ermitage, intitulé « Après l’abolition de l’esclavage, abolissons l’extrême pauvreté à La Réunion, avant 2015  », année de clôture des Objectifs du Millénaire, lancés par les Nations Unies. La France a signé cet accord avec les Nations Unies pour que 2015 soit la dernière année fixée par la communauté mondiale pour éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde : « La France en a parlé partout dans le monde, sauf à La Réunion, où le taux de pauvreté est le plus important ».

«  En 1848, l’esclavage a été aboli, aujourd’hui c’est l’extrême pauvreté qui doit disparaître  », c’est ainsi que les signataires de l’appel interpellent l’État à procurer un reste à vivre supérieur à 10 euros par jour à chaque Réunionnais, à effacer la dette des plus pauvres, à supprimer la loi qui oblige les enfants à rembourser l’allocation vieillesse de leurs parents, à assurer une retraite décente à chacun en leur confiant des activités de proximité et à en finir avec la pauvreté par le développement des AGR (Activités Génératrices de Revenus).
Cinq revendications pour abolir la pauvreté

- Procurer un reste à vivre supérieur de 10 euros par jour à chaque Réunionnais, car « c’est une honte que dans notre société, des gens vivent avec moins de 10 euros par jour ». Les pouvoirs publics « doivent trouver les moyens de payer 300 euros de restes à vivre par mois pour les plus démunis ».

- Effacer la dette des plus pauvres, « alors là bas, ils effacent la dette des banques et des entreprises, mais pas celles des pauvres gens ».

- Supprimer la loi qui oblige les enfants à rembourser l’allocation vieillesse de leurs parents, car « bon nombre de parents ne prennent pas l’allocation vieillesse pour ne pas peser encore plus sur leurs enfants. Ils restent ainsi encore plus dans la misère ».

- Assurer une retraite décente à chacun en leur confiant des activités de proximité.
Finir avec la pauvreté par le développement des AGR (Activités Génératrices de Revenus).


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