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Après le Brexit, la France plaide pour une Europe à plusieurs vitesses

Paris donne raison aux partisans de la mise en concurrence des travailleurs

Manuel Marchal / 29 juin 2016

Hier, le discours du Premier ministre a dévoilé quelle est la position défendue par la France à la suite du référendum qui a demandé la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. La priorité n’est manifestement pas la construction d’une Europe sociale rassemblant tous les peuples. Paris veut un budget et un Parlement pour la zone euro. Manuel Valls a aussi plaidé pour une Europe à la carte, avec des décisions qui peuvent être mises en œuvre par une partie des États membres.

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Le 23 juin dernier, un référendum organisé au Royaume-Uni a donné le résultat suivant : la majorité des suffrages sont pour la sortie de cet État de l’Union européenne. En conséquence, l’Union européenne va perdre 15 % de sa population, ainsi qu’une de ses trois principales puissances économiques, sans oublier la sortie de l’UE de la City, la plus grande place financière de l’Europe.

Face à cette situation, nombreuses sont les voix à s’élever pour demander de mettre en cohérence le projet européen avec les revendications des peuples. C’est la revendication d’une Europe sociale et démocratique, soutenue notamment par le Parti communiste réunionnais. En 2005, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen, le PCR avait été le seul parti politique de La Réunion à faire campagne pour le nom à un texte qui prévoyait de placer comme mot d’ordre la concurrence libre et non faussée au détriment de la défense des droits des travailleurs. Ce choix était en phase avec les attentes de la population, car le Traité constitutionnel européen avait été rejeté par plus de 60 % des Réunionnais. Ce vote avait donné le ton. Quelques heures plus tard, les résultats venus de France confirmait la justesse de cette orientation, la majorité des Français avait refusé le TCE. Un résultat analogue quelques semaines plus tard avait entraîné la fin de ce projet.

Mais au lieu d’entendre la voix des peuples, les chefs de gouvernement se sont entendus sur un autre traité qui a repris l’esprit du TCE, c’est le Traité de Lisbonne. Il a été adopté par la voie parlementaire en 2008, et c’est ce document qui sert de base à toutes les mesures prises dans le cadre de l’Union européenne.

Manifestement, le résultat du vote au Royaume-Uni ne remet pas en cause cette orientation. C’est ce qui ressort du discours prononcé hier par Manuel Valls, Premier ministre, devant l’Assemblée nationale. Il a dévoilé les propositions de la France pour réformer l’Europe. Le volet social n’est pas une priorité. Il est en effet tout d’abord question de renforcer les moyens pour lutter contre l’immigration aux frontières de l’Union européenne. Ensuite, la France propose la création d’un budget et d’un Parlement de la zone euro. Enfin, la France soutient l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses. Si des États ne sont pas d’accord pour suivre les propositions portées par une majorité, qu’à cela ne tienne, elles seront mises en œuvre uniquement dans les pays qui sont pour.

Se dessine alors le projet d’une Europe à la carte, avec comme point de convergence le libre échange et donc la mise en concurrence des travailleurs.

Une autre voie est possible. C’est l’alignement par le haut des normes sociales afin que l’Europe bénéficie avant tout aux travailleurs, ceux qui créent la richesse. Mais au lieu de cette solidarité nécessaire, Paris plaide pour une autre solution.

M.M.


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