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Après les bruits pour rien, l’échec en silence

Geoffroy Géraud-Legros / 1er octobre 2010

De la communication électorale à la propagande institutionnelle, la renégociation des Accords de Matignon et le financement de grands travaux a été au centre du discours de l’UMP. Le « plan com’ » qui a multiplié les déclarations et engagé la responsabilité et la crédibilité de celui qui le portait touche aujourd’hui à sa fin. Et c’est en misouk que Didier Robbert lui-même admet que François Fillon, dont il a tant annoncé l’arrivée, ne viendra pas, et que des crédits obtenus en 2007, il ne reste presque plus rien.

Les grands travaux ont été au centre du discours de Didier Robert, tant au cours de la campagne électorale que depuis son arrivée à la présidence du Conseil régional de La Réunion. Le candidat et l’élu ont adopté une ligne simple : « non » aux projets engagés par la majorité élue en 1998 et 2004, dont le tram-train et la route du littoral. Oui à d’autres travaux — plus conformes aux intérêts du monopole pétrolier et du lobby du transport, soutiens traditionnels de son camp — tels que les « 2.000 bus ». Quant à la route du littoral, encore à l’étude, elle prit dans le discours de l’UMP la forme d’un fantasme pharaonique de route sur mer à 6 voies.

Des projets bricolés

Au début, tout cela n’était que « com’ » (on disait autrefois propagande). L’UMP ne s’embarrassait pas des objections de bon sens : telles que le temps nécessaire à de nouvelles études pour les 2.000 bus promis « en site propre, dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque écart ». Telles que la répartition des compétences : le chemin de fer tombe dans le domaine de compétence de la Région. Les bus, dans celle du Département. Peu importait aussi à Didier Robert que le chantier du tram-train ait été à la veille de démarrer, et que le début des travaux de la route littorale ait été « calés », sitôt acquises les conclusions des indispensables études en cours. Les élections, seules, l’intéressaient. Et pour participer au jeu politique, il lui fallait pouvoir brandir quelque chose qui ressemble à un projet concurrent de celui de son adversaire.

De la démagogie électorale…

Sur le plan du financement, les discours électoraux furent au départ marqués par certaines hésitations. Lors du lancement de « l’Union », première incarnation de la liste de l’UMP, Didier Robert annonçait aux spectateurs rassemblés dans le parc Canabady « 4 milliards » d’investissements, soit un milliard de plus que ce qui avait été obtenu en 2007 à la suite de longues négociations. Puis, l’UMP se mit à marteler que ces fonds, issus du Protocole de Matignon, signé en 2007 par Paul Vergès et Dominique de Villepin, seraient « réorientés » du tram-train vers les 2.000 bus et la « nouvelle » route du littoral. Le tout serait réalisé « immédiatement ».

Aux mensonges d’institution

Puis vint l’élection : mis devant ses responsabilités, le candidat de l’UMP commença par jouer la montre, mettant un mois pour se faire élire par sa majorité au poste de président de la Région, et plus encore pour constituer des commissions. Un laps de temps au cours duquel il se rendit à Paris à plusieurs reprises, mettant à chaque fois la « renégociation » au centre de sa communication. Le 15 mars 2010, la presse réunionnaise rendait compte des déclarations triomphantes de la Région. Par un vibrant communiqué, celle-ci annonçait que Didier Robert était « parvenu à de nouveaux Accords de Matignon avec François Fillon, Premier ministre ». Selon ce texte, largement repris par les médias, « le principe de ces nouveaux accords » était « validé », la définition du « contenu » (sic) n’étant que l’affaire de quelques « semaines » de « réunions techniques ».
Un mois après, le 10 avril 2010, nouvelle rencontre Robert-Fillon. Le programme : inchangé après le fameux mois qui devait donner lieu à des « réunions techniques ». Rien, en réalité, n’avait bougé au cours de ces 30 jours. On se souvient de la suite : l’élu UMP sortant de Matignon sans quelque document que ce soit, RFO annulant en catastrophe une émission consacrée à la « nouvelle route du littoral », à la demande de Didier Robert, dans l’incapacité de produire le moindre document prouvant le basculement des financements. Du côté du Premier ministre, silence radio : la rencontre « historique », qui aurait dû porter sur le transfert d’un milliard, ne fut pas même mentionnée sur le site institutionnel.

« Tenez bon, Fillon arrive »

Quelques jours plus tard, au cours d’une conférence de presse tenue en marge du banquet consacré à son élection à la présidence du Conseil régional, M. Robert déclarait que la renégociation interviendrait « dans le cadre d’un calendrier raisonnable ». Le 20 mai, soit encore un mois plus tard, la communication régionale annonçait la « signature d’un avenant au protocole de Matignon » pour le mois de « juillet ». « Pas un euro ne sera perdu » claironnait le président de la Région deux semaines plus tard, au cours d’une conférence de presse où, à défaut de faire état de l’avancement des négociations, il se mit à proférer menaces et en invectives contre ses prédécesseurs.
Puis vint le mois de juillet annoncé lors du jour symbolique du début du mandat… où ni « signature », ni « avenant » et encore moins de Premier ministre ne montrèrent le bout de leur nez. Ce fut alors une fuite en avant dans la communication : par de pleines pages dans la presse, le dirigeant UMP expliquait que la renégociation tant attendue était sur le point d’intervenir, et que le Premier ministre François Fillon se déplacerait lui-même « avant la fin du mois de septembre ».

Le roi est nu

Les lecteurs de “Témoignages” s’en souviennent : prenant acte de ces déclarations, notre journal n’a pas manqué de relayer l’annonce de cette importante visite. Jusqu’au jour fatidique où évidemment, ni chef du gouvernement, ni accords ne sont apparus dans l’espace compris entre Gillot et la pyramide inversée. Entre temps, Didier Robert a annoncé un report supplémentaire pour « octobre » des accords… avant de finir par jeter l’éponge d’une manière presque imperceptible. Car il fallait une loupe et pas mal d’attention, pour déceler l’information donnée avant-hier au “Quotidien” par le président de la Région, selon laquelle il y aurait — peut-être — 250 millions pour les aéroports et 350 millions d’euros pour les bus. Voilà tout ce qui resterait des 3 milliards de 2007, dont « pas un euro » ne devait être perdu. Quant à la date, si souvent annoncée, elle n’est plus évoquée : M. Robert dit « ne pas savoir » quand sera signé le nouveau document, ni par qui.
En clair : le président de l’UMP a échoué dans la renégociation des Accords de Matignon, qui constituait le point central de son programme.

Geoffroy Géraud-Legros


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