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Après une grossière erreur de l’Administration, 15 jeunes enseignants réunionnais restent sans emploi

Visite du ministre de l’Education nationale

Geoffroy Géraud-Legros / 21 novembre 2009

Représentants le syndicat étudiant UNEF, Yannick Payet, Camille Maillot et Gilles Leperlier ont rencontré hier un conseiller du ministre de l’Éducation nationale. Gilles Leperlier, Président de l’UNEF, fait le récit de cette entrevue, marquée par une certaine méconnaissance des dossiers de la part du représentant du ministre… et la légèreté de l’Administration locale.

« En arrivant au lieu de rendez-vous, nous avons eu la première surprise d’être reçus par un fonctionnaire chargé du Budget, accompagné il est vrai du secrétaire général du Rectorat M. Krantz. L’envoyé du Ministre a justifié son rôle en nous disant qu’en tant que chargé de budget, il « devait avoir l’œil partout ». Nous avons en premier lieu abordé la question de l’emploi local, soulignant que lors de la restitution des Etats généraux, le Président de la République avait qualifié de quasi-caricature la composition de certains services publics, dans lesquels les agents locaux sont si peu représentés. Nous avons aussi soulevé que le Sénat avait constaté cette situation lors des travaux menés par le Sénat à l’occasion des Etats généraux. Nous avons cité le rapport final de cette institution, dans le quel le sénateur Eric Doligé, rapporteur, avait indiqué que pour 1000 embauches à La Réunion, 900 étaient occupés par des extérieurs… Le parlementaire avait précisé tenir ces chiffres directement du Recteur de l’Académie de La Réunion. Nous avons été surpris par la réaction des deux fonctionnaires.

Un fonctionnaire du Rectorat de La Réunion tourne en dérision les travaux du Sénat.

L’envoyé de Luc Chatel, nous a dit « n’avoir jamais eu connaissance de ce rapport ». Le fonctionnaire du Rectorat a dit en avoir « entendu parler par la rumeur ». C’est nous qui avons dû leur présenter une exemplaire de ce document. Après l’avoir survolé, le fonctionnaire du Budget a qualifié « d’invraisemblables » et « d’impossibles » les conclusions du sénateur, qui selon lui « n’engageaient que celui qui les avaient tenues ».
Le secrétaire général du Rectorat a ironisé jugeant en substance ces chiffres irrationnels. Nous étions abasourdis : comment, alors que nous posions une question si grave, un fonctionnaire du Rectorat pouvait-il répondre avec cette légèreté ? Nous étions très surpris -et très déçus- que l’émissaire de Luc Chatel ait été manifestement si peu au fait du dossier, et de la situation réunionnaise en général.

Recrutement excédentaire de professeurs des écoles : pas « d’erreur » du Rectorat, selon le représentant de Luc Chatel.

Nous avons par la suite évoqué la question des enseignants de la liste complémentaire : pour le fonctionnaire du Ministère, il semblait tomber sous le sens que ces jeunes « n’étaient pas titulaires du concours » ; qu’à ce titre, la « situation était normale », et qu’ils n’avaient qu’à « attendre ».
Nous avons répondu que la situation dramatique de ces jeunes découlait de l’erreur qui avait conduit au recrutement excédentaire de 70 enseignants, et que dans un cadre véritablement « normal », ils auraient trouvé du travail, comme leurs prédécesseurs.
Là, le fonctionnaire du Ministère nous a répondu, face à son collègue visiblement gêné, « qu’il n’y avait pas d’erreur », que cela était « normal », vu le « surplus d’enseignants qu’il y a en Métropole »… contredisant ainsi la position constamment affirmée par le rectorat depuis que l’UNEF a posé ce problème. C’est d’ailleurs la seule avancée de cet entretien : un représentant de l’Etat a confirmé qu’il n’y avait pas « d’erreur », mais bien un système.

Mastérisation : un sujet « pas vraiment maitrisé ».

Sur la question de la mastérisation, le fonctionnaire nous a avoué « ne pas vraiment maitriser le sujet ». Il a néanmoins sorti de ces dossiers un document ; après l’avoir survolé, et nous a répété ce que nous savions déjà… et nous a conseillé de nous adresser à Mme Valérie Pécresse.
Nous sommes ressortis perplexes de cet entretien, qui a duré en tout et pour tout une demie-heure ».
Décidément, Nicolas Sarkozy aura fort à faire, pour imposer à ses fonctionnaires l’esprit d’Egalité, de respect à l’égard des Outre-mers qu’il a évoqué.

Propos recueillis par Geoffroy Géraud


Une visite qui a manqué son but

Deux semaines après les annonces du président de la République à l’issue des Etats généraux de l’Outre-mer, le séjour dans notre île de Luc Chatel, ministre de l’Education et porte-parole du Gouvernement était évidemment fort attendu.
Mais cette visite est restée enfermée dans des enjeux très techniques, et s’est presque exclusivement concentrée sur la réforme des lycées en cours. Par conséquent, les questions brûlantes de l’actualité sociale qui touchent au domaine de l’éducation n’ont pas reçu les réponses qu’attendaient les Réunionnais. La méconnaissance des dossiers, les erreurs manifestes d’appréciation de la situation, ont provoqué incompréhension et amertume. S’exprimant sur Télé Réunion au sujet du recrutement des professeurs des écoles, le ministre a considéré ces emplois comme relevant des règles de circulation applicables aux emplois nationaux… alors que les Professeurs des écoles sont affectés dans les Académies où ils ont obtenu les concours.
Le défaut de préparation de cette visite, et la contradiction des propos du ministre avec les déclarations du Chef de l’Etat apparaissent donc au grand jour. Les élèves-enseignants de la liste complémentaire font les frais de cette visite qui a manqué son but. Il semble qu’il faudra encore de nombreux séminaires pour que l’Administration comprenne les véritables enjeux que pose la situation réunionnaise.

Geoffroy Géraud


La détresse des enseignants de la liste complémentaire

« On s’est bien fait avoir » lance, amer, Grégory Illan.
Hier encore, ce jeune élève professeur Réunionnais, était prêt à manifester pour défendre le droit à l’emploi des 15 inscrits de la liste complémentaire, privés d’embauche après le recrutement excédentaire de personnels extérieurs à l’Académie, que le Rectorat persiste à présenter comme une « erreur ». « Tout était prêt », ajoute-t-il ; « banderoles, pancartes »… « Puis nous avons été informés de la tenue d’une réunion. Nous avons aussi reçu des assurances quant à un traitement positif de notre demande. Nous avons donc décidé, dans un souci de dialogue et d’apaisement, d’annuler la manifestationen fait , zot la kalm anou ».
Après la réunion, hier soir, c’est la déception qui était au rendez-vous. « On nous a tenu le même discours que d’habitude : nous devons attendre qu’éventuellement, les effectifs excédentaires recrutés par erreur soient absorbés. Dans ce cas, les premiers de la liste seront peut-être contactés ». A ces conditions, ajoute-t-il, « il est peu probable que nous puissions être employés ; pour l’heure, il reste encore 45 professeurs excédentaires à intégrer ; il y a donc de très fortes chances, pour que nous perdions le bénéfice du concours » D’après l’envoyé du ministre, ajoute-t-il, « la situation est la même partout. Mais je voudrais bien voir, si la situation est la même, en Martinique et en Guadeloupe. J’en doute ».

Geoffroy Géraud



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  • cynisme incroyable...les jeunes sont responsables et vont voir le ministre et tout ce qu’ils ont c’est un fonctionnaire qui ne connait rien et un gars du rectorat qui se fiche d’eux. SCANDALE !

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  • il est temps d’arrêter l’affectation à la Réunion sur un premier poste de réunionnais.
    il est temps de mettre en place un parcours professionnel permettant aux réunionnais aspirant aux métiers de la fonction publique, de partir dès le concours obtenu, puis de pouvoir revenir... la préférence régionale .. oui ! mais à condition d’avoir des réunionnais qui sont partis, et qui reviennent avec une meilleure expérience, une plus grande expérience, une variété d’expérience que ne leur permettrait pas la seule prise de fonction d’un poste dès l’obtention du diplôme à la Réunion.

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    • Bizarre cette idée du départ. Je serais d’avis que tous les jeunes Français qui réussissent à un concours de la fonction publique soient obligés d’aller travailler quelques années au Québec (pourquoi pas ?) avant qu’ils puissent avoir le droit d’aller travailler en France. Ils reviendront forcément « avec une meilleure expérience, une plus grande expérience, une variété d’expérience que ne leur permettrait pas la seule prise de fonction d’un poste ».

      Cette idée me paraît tellement logique que je ne comprends pas qu’elle ne soit pas appliquée. J’irai même plus loin : les jeunes Français qui réussissent à un concours de la fonction publique doivent aller travailler quelques années sur un autre continent que l’Europe dans un pays où la langue officielle n’est pas leur langue maternelle. Je suis sûr qu’ils reviendront avec une « avec une meilleure expérience, une plus grande expérience, une variété d’expérience ».

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  • les voyages forment la jeunesse, ne dit on pas ?
    et puis, quoi de mieux que des enseignants capables plutôt que des enseignants chasseurs de situation de nantis, pour enseigner à nos chères têtes blondes, crépus et autres ?

    oui à la préférence régionale, mais non à l’affectation à un premier emploi dans la fonction publique de créoles, jamais sortis de leur île, sans vision de ce que la réalité du monde est, pour peu qu’ils en acquièrent une vision en se confrontant à la réalité de la vie métropolitaine, québecoise ou de n’importe quel endroit du globe... ce sera déjà ça qu’ils pourront en plus faire partager à notre jeunesse, l’envie de bouger !

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    • Cher Nicolas, si je comprends bien, vous êtes d’accord pour dire : « oui à la préférence régionale, mais non à l’affectation à un premier emploi dans la fonction publique en France de Français, jamais sortis de France, sans vision de ce que la réalité du monde est, pour peu qu’ils en acquièrent une vision en se confrontant à la réalité de la vie islandaise, québecoise ou de n’importe quel endroit du globe... ce sera déjà ça qu’ils pourront en plus faire partager à notre jeunesse, l’envie de bouger ! »

      Comme vous, je ne doute pas de l’efficacité de professeurs venus de Grande Bretagne ou de tout autre pays non francophone, enseignants toutes les disciplines en anglais aux élèves des écoles de France sans que les "chères têtes blondes" puissent apprendre l’anglais en tant que langue étrangère.

      Attention Nicolas, vous êtes un révolutionnaire :-)

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