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ARAST : histoire sans fin ?

À l’approche des cantonales

Geoffroy Géraud-Legros / 10 février 2011

À l’approche des cantonales, une proche de Valérie Bénard tente de relancer les polémiques autour de la chute de l’ARAST. Un incident qui montre que le sort des victimes de cette catastrophe économique et sociale continue d’être l’enjeu de stratégies politiciennes.

Qu’une association œuvrant auprès des plus faibles, des personnes handicapées, des gramounes et des marmay jette brutalement à la rue un peu plus de 1.200 salariés à la veille des fêtes, voilà qui a naturellement éveillé la solidarité de nombreux Réunionnais. Que cette faillite retentissante intervienne après une série d’alertes, de demande d’expertise et de procédures internes aurait dû attirer l’attention sur les responsabilités des gestionnaires de l’association, qui ne cessaient de mettre en avant des valeurs de désintéressement, de bénévolat, d’altruisme et d’engagement. Que le versement d’indemnités dues aux ex-ARAST, leur possibilité de retrouver un emploi redevienne un enjeu dans la stratégie de politiques qui, eux, n’ont pas à s’en faire, fait des suites de la faillite de l’ARAST un scandale politique. Une politisation qui s’est encore manifestée avant-hier au cours d’entretiens d’embauche d’anciennes salariées de l’association.

Ex-ARAST : une colère captive

Une année après le drame, certains constats s’imposent d’eux-mêmes. Le plus frappant est certainement la division de l’ancien personnel de l’ARAST en deux catégories : d’un côté, il y a la masse de celles et de ceux qui n’ont ni travail ni indemnités. De l’autre, le petit nombre de ceux et celles qui sont reclassés, touchent un confortable salaire, et ont même accédé à de hautes responsabilités, dans le sillage de la faillite.
Valérie Bénard est la représentante emblématique de cette dernière catégorie : cadre jusque-là inconnue du grand public et des milieux syndicaux, Mme Bénard s’est en pleine crise retrouvée propulsée par Didier Robert en 4ème place sur la liste sarkoziste La Réunion en confiance, sortie gagnante de la triangulaire du 21 mars dernier. Devenue vice-présidente de la Région, elle perçoit aujourd’hui environ 2.700 euros d’indemnités. S’il lui arrive encore d’amener quelques anciennes salariées devant le barreau du Conseil général, la vice-présidente chargée de la lutte contre l’illettrisme n’a pas, d’après les informations dont nous disposons, donné suite aux propos tenus il y a un peu moins d’un an, lorsqu’elle s’engageait à mettre l’intégralité des revenus de ses indemnités à la disposition des anciennes salariées de l’ARAST.
L’ascension de Valérie Bénard n’aurait pourtant pas été possible sans la médiatisation du mouvement des travailleuses contre le Conseil général. C’est en effet contre cette institution que l’ancienne cadre de l’association déchue choisit de faire porter la pression, délaissant le siège de l’AGS et celui de l’ARAST, vers lesquels s’était portée spontanément la colère des employés brutalement licenciés. Un choix qui permettait à la direction de l’AGS de camper sur ses positions sans subir la pression de l’opinion… et rencontrait aussi les intérêts de l’UMP et apparentés, rassemblés au Conseil général sous le label Objectif Réunion, employés à déstabiliser la majorité plurielle et sa présidente, Nassimah Dindar.

Une nouvelle Valérie Bénard ?

L’approche des cantonales donne lieu à un regain de fièvre autour de l’ARAST. Après une série d’interventions médiatiques (dont celle de l’ancien directeur Patrick Jacquemart), la perspective de ré-embauche d’anciennes salariées a fourni l’occasion d’un petit tapage organisé par une proche de Valérie Bénard, Mme Mimose Libel. Face aux caméras d’un média acquis à l’UMP, cette ancienne salariée de l’ARAST proche de la retraite attaquait la démarche d’une entreprise, Korbey d’or, engagée dans le recrutement de personnels de l’ARAST.
Un propos où les considérations politiques prennent le pas sur les revendications syndicales tout à fait légitimes telles que la demande de reconnaissance de l’ancienneté, pour dénoncer « l’embauche à l’approche des cantonales ». Une prise de position qui n’a peut-être pas eu l’effet escompté : l’intervention de Mme Libel a été jugée excessive par nombre de ses collègues . Ce désaccord a été exprimé non seulement verbalement, mais aussi par de nombreux commentaires déposés sur internet.
L’annonce de la candidature de Mme Libel, inconnue avant l’ARAST, auprès de Jean-Paul Panechou, candidat dans le 2ème canton de Saint-Denis, a fait grincer les dents de nombreuses ex-ARAST. Celles-ci y voient notamment un remake du scénario de mars dernier, où l’arrivée de Valérie Bénard à la Pyramide inversée n’a rien apporté de concret à la cause des ex-ARAST. Un nouvel épisode qui montre que les travailleuses et travailleurs de l’ARAST sont loin d’en avoir fini avec la politisation de la crise.

Geoffroy Géraud-Legros


L’AGS au cœur du conflit

Au terme de la législation en vigueur, les anciennes salariées de l’ARAST auraient dû être immédiatement indemnisées par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS).
On connaît l’argument développé par l’AGS au mois de décembre 2009, d’ailleurs repris presque aussitôt sur les bancs d’Objectif Réunion : la présidente du Conseil général ayant annoncé l’octroi de CDD en attendant une solution pérenne à la faillite de l’association, l’assureur vit dans cette mesure d’urgence une « reprise d’activités ». « Reprise » qui justifiait à ses yeux le refus de régler les sommes dues aux salariés.
Néanmoins, l’AGS affichait une attitude ambiguë : à la suite d’une réunion en Préfecture le 7 janvier 2010, son dirigeant reconnaissait sans discussion la nécessité de régler les 65 salariés protégés… mais annonçait qu’il n’en irait pas de même pour les autres. Sans que l’on comprenne bien pourquoi seuls certains ex-ARAST avaient droit à un règlement, l’AGS s’engageait dans les méandres d’une guerre de procédure, où le refus de payer les salariés apparaît clairement… Cette stratégie de l’assureur s’appuie sur certains meneurs du mouvement des ex-ARAST qui, aux côtés de l’élue UMP Valérie Bénard, s’efforcent de faire endosser l’addition au Conseil général… c’est-à-dire, au contribuable réunionnais.
Cette ligne ressortait assez clairement du tout premier communiqué du collectif animé par Mme Bénard, paru au début de la crise.
Le document énonçait en substance que le règlement par l’assureur des sommes dues par ce dernier en application de la loi risquait de vider les caisses pour les faillites à venir. En clair, le communiqué donnait un argument d’opportunité à l’assureur pour se dégager de son obligation, tout en en reconnaissant la réalité.

Une prise de position plus proche de l’opportunisme que de l’opportunité, fort étrange de la part d’un collectif destiné à défendre les travailleurs de l’ARAST. Depuis, le discours a changé. Les soutiens de l’AGS qui ont tenté de prendre en main la révolte des ex-ARAST reprennent maintenant directement l’argument de la reprise invoqué par l’assureur. Aujourd’hui, l’AGS campe sur une ligne dure et compte sur les décisions contradictoires des tribunaux de Saint-Pierre et de Saint-Denis pour gagner du temps. Une manœuvre qu’il sera plus difficile de faire accepter par les travailleuses, de plus en plus nombreuses à comprendre que l’on se sert de leur colère pour économiser l’argent de l’AGS.

G.G.-L.



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  • ah !ah !ah ! l’ags a raison moin mi dit

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  • Monsieur Géraud Legros, j’ai suivi vos articles depuis plusieurs mois. Je trouve que vous avez très bien vu les choses comme elles se sont passées. Juste une chose : ne croyez pas que toutes les filles ont marché avec Mme Bénard et Mr Junot. Moi par exemple j’ai fait le recours directement contre les AGS. Aller devant le conseil général c’est une erreur, parce que ce n’était pas le conseil général qui était mon employeur. Surtout, ce n’est pas bien de faire croire que le conseil général va employer tout le monde, surtout quand les gens sont dans les ennuis et qu’ils croyent tout ce qu’on leur raconte. Vous avez raison aussi de demander après la responsabilité des directeurs. Une dernière chose, J’ai vu LIBEL Mymose crier sur vous toutes les fois où vous êtes venus nous voir. Sachez qu’elle ne représente pas les employées de l’ARAST.
    Merci pour vos articles et à bientôt

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