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ARAST : reprise des manœuvres ?

Après Valérie Bénard, qui sera le prochain élu ?

Geoffroy Géraud-Legros / 13 avril 2010

Samedi dernier, Noor-Olivier Bassand et l’avocat Chendra Kichenin ont annoncé qu’ils « prenaient en main » la question de l’ARAST. Nouvel épisode d’un feuilleton déjà riche en manœuvres politiciennes ?

Le lieu choisi ne brille pas par sa neutralité : samedi dernier, c’est dans la salle du conseil municipal de Saint-Pierre que Noor-Olivier Bassand et Chendra Kichenin avaient convié des travailleurs de l’ARAST… Rassemblement dont la plupart des syndicalistes n’avaient d’ailleurs pas été informés. A l’issue de cette réunion, l’animateur de "roul pa nou" et le juriste ont annoncé leurs intentions : traduire en justice les AGS, le Conseil général et les dirigeants de l’ARAST.
Ce nouvel épisode du douloureux feuilleton de l’ARAST soulève de multiples interrogations. La première est évidemment d’ordre temporel : pourquoi cette initiative intervient-elle maintenant ? Les avantages et salaires excessifs des dirigeants ont été révélés il y a plusieurs mois –la première fois, par "Témoignages"- sans émouvoir les défenseurs des salariés et des consommateurs. De surcroît, on ne peut qu’être interpellé par l’esprit de cette démarche, qui met sur le même plan les protagonistes de l’affaire de l’ARAST : la collectivité (Conseil général), l’assureur patronal (AGS), et les dirigeants de l’association. On peut encore se demander quelle valeur véritable à cette intention, lorsqu’on sait qu’elle s’accompagne d’une demande d’ "intégration" au Conseil général des anciens salariés de l’ARAST.

Un conflit social employé à des fins politiciennes

La manipulation des précédents mouvements des ex-ARAST avait rapporté des bénéfices considérables à l’UMP : lors des dernières élections, Valérie Bénard, ex-cadre mobilisée de l’ARAST passée à Didier Robert, est ainsi parvenue à se hisser au rang de vice-présidente de Région. L’aboutissement d’une manœuvre orchestrée - sans discrétion - par les représentants UMP d’"Objectif Réunion" au Conseil général.
Dès l’effondrement de l’ARAST, ceux-ci étaient montés au créneau afin de faire endosser à la majorité en place la responsabilité du désastre. Par cette attaque en règle, "Objectif Réunion" s’employait à masquer sa responsabilité : le déficit n’avait-il pas été creusé lorsque ses représentants étaient aux manettes ? Parallèlement, le mouvement contrôlé par Didier Robert repartait à l’attaque contre la Présidente de l’institution.

Luttes détournées

Sur le terrain des luttes, cette stratégie politicienne prit la forme d’un détournement systématique des mouvements sociaux. Au lieu d’orienter les travailleurs vers ceux qui devaient normalement payer les indemnités des salariés – l’AGS- Valérie Bénard et d’autres meneurs du mouvement s’en prirent directement au Conseil général. Une diversion qui visait à épargner l’argent d’un assureur patronal pour présenter la facture à la collectivité et faire payer aux contribuables le prix d’une gestion désastreuse, mais aussi – et surtout- à déstabiliser le Conseil général.
Longtemps minimisée, voire niée par de nombreux observateurs, la manœuvre éclata au grand jour lorsque du jour au lendemain, Valérie Bénard, que l’on avait vue en tête de toutes les manifestations, se retrouva propulsée à la 4e place sur la liste UMP de Didier Robert.
Ainsi, le candidat de la casse sociale redorait son blason, et pouvait dans le même temps porter un nouveau coup à une présidente de Conseil général qu’il avait déjà tenté de renverser en vain deux ans auparavant.

Une nouvelle phase de tension ?

L’histoire se répètera-t-elle dans les jours qui viennent ? Le mouvement de défense des consommateurs qui s’est subitement emparé du dossier fait tout pour donner une l’impression d’une démarche désengagée des enjeux politiques, entièrement tournée vers les anciens salariés de l’ARAST aujourd’hui réduits au désespoir.
Néanmoins, le renvoi dos à dos des AGS, auxquels la loi impose de payer, et du Conseil général, qui a servi de diversion et de bouc émissaire au cours des mobilisations précédentes n’est pas de bon augure. L’initiative concorde aussi de manière troublante avec le vif regain de tension auquel on assiste depuis ces derniers jours dans l’enceinte de l’Assemblée départementale, où "Objectif Réunion" à rouvert le conflit contre la majorité. Derrière cette égalité affirmée dans la recherche des responsabilités, doit-on voir se profiler une reprise de la stratégie qui vise à utiliser à des fins politiques le mouvement juste et légitime des travailleurs ?

Geoffroy Géraud-Legros


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