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Arrêt du tram-train : la catastrophe confirmée

Un coup de pied dans plus de 2 milliards d’investissements, un coup fatal au BTP

Manuel Marchal / 1er juin 2010

La décision de Didier Robert de fuir La Réunion au moment décisif ne laissait guère de doute. L’abandon du tram-train a été confirmé par la Région hier. C’est un coup de pied dans 2 milliards d’investissements alors que le pays est en pleine crise. Parti bat’karé à Nice, le président de Région n’a pas défendu l’intérêt des Réunionnais. Pourtant, alors que les Réunionnais n’ont droit qu’à 8 millions d’euros de continuité territoriale qu’ils doivent financer eux-mêmes, les Corses perçoivent de l’État plus de 170 millions d’euros par an. C’est dans la lutte pour l’application de l’égalité collective que se situe le financement dû par l’État au fonctionnement du tram-train.

Hier, les derniers chiffres du chômage ont été annoncés par la Direction du Travail : près de 135.000 inscrits à Pôle Emploi. Jamais notre pays n’a été dans une situation aussi critique, jamais la pénurie d’emploi n’a fait autant de ravage. C’est à ce moment précis que le nouveau président de la Région décide de stopper la construction du tram-train. Ce choix remet en cause le chantier de la nouvelle route du littoral, car les deux chantiers sont liés par le Protocole de Matignon. Ce sont donc au total plus de 2 milliards d’euros qui passent sous le nez de La Réunion, au moment où sans doute notre pays n’en a jamais eu autant besoin. C’est le plus gros investissement concernant notre pays qui part en fumée.
Plusieurs années de travail accomplis par Paul Vergès et son équipe avaient en effet permis d’arracher le droit des Réunionnais à un mode de transport moderne et écologique, ainsi qu’à une route du littoral définitivement sécurisée. Le résultat de cette bataille, c’était un niveau de crédits d’investissement sans équivalent, et l’implication de l’État dans un projet devenu d’envergure nationale. Cette implication s’est doublée d’une reconnaissance. Le 9 juillet dernier lors de l’inauguration de la Route des Tamarins, le Premier ministre avait souligné l’importance de ce projet, « qui offrira une alternative aux transports routiers ». Le 21 octobre, c’est Patrick Devedjian, ministre du Plan de relance, qui a remis à Pierre Vergès le Prix du défi relevé pour le tram-train lors de la Rencontre internationale des Partenariats publics-privés. Cette distinction récompensait la maîtrise des coûts et le respect des délais de réalisation.
Les conséquences de l’arrêt du tram-train sont dramatiques. Ce sont des milliers d’emplois perdus pour les Réunionnais.
Ce sont plus de 2 milliards d’investissements qui sont gâchés, dont plus de 500 millions qui auraient directement bénéficié aux PME. C’est tout l’aménagement de La Réunion qui est remis en cause puisqu’il n’y a plus de projet de transport collectif alternatif au tout automobile. Quant à la liaison routière entre Saint-Denis et La Possession, elle est toujours sous la menace d’un écroulement de la falaise alors que le projet de route du littoral lié au tram-train permettait de régler définitivement cette question au plus tard en 2017.
Intervenant successivement hier soir sur Télé Réunion, Philippe Berne et Pierre Vergès ont rappelé toute la fragilité de l’argument selon lequel l’État ne peut pas contribuer à une dotation ferroviaire. Ils ont précisé qu’au titre de la continuité territoriale, les Corses ont droit à plus de 170 millions d’euros versés par l’État alors que les Réunionnais ne peuvent avoir que 8 millions qu’ils doivent encore financer eux-mêmes. C’est dans l’application de l’égalité collective qu’il est possible de trouver des marges de manœuvre. Car sur la base du même effort de l’État en direction des Réunionnais qu’envers les Corses, il est évident qu’il y a largement de quoi financer une dotation permettant de faire fonctionner un tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph. Rien ne peut donc empêcher les Réunionnais d’avoir droit à un train, comme c’est déjà le cas dans toutes les régions de France.

Manuel Marchal


De qui se moque-t-on ?

Dès son arrivée à la tête de la Région, Didier Robert s’est démené pour casser toute cette dynamique. Le 15 avril, il s’est rendu à Paris, et dans la cour de Matignon il s’est exprimé devant les caméras de télévision pour annoncer qu’il avait obtenu du gouvernement le désengagement de l’État du financement du tram-train.
Comment peut-il alors se prévaloir d’un courrier adressé au Premier ministre demandant le versement d’une dotation ferroviaire. Ce courrier est en date du 11 mai soit presque un mois après que Didier Robert se soit rendu à Paris pour demander au gouvernement de l’aider à torpiller le tram-train.
Il est évident que Didier Robert n’a pas levé le petit doigt pour défendre l’intérêt des Réunionnais en luttant pour obtenir cette dotation ferroviaire. Il a agi en sens contraire. Alors de qui se moque-t-on ?


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