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Attention danger, la corruption menace

L’UMP prépare l’élection présidentielle

Manuel Marchal / 4 juin 2011

Mardi, une ministre a été prise en flagrant délit de tentative de corruption. Tellement content d’avoir obtenu le soutien de Christine Lagarde pour une demande de prêt de plusieurs centaines de millions d’euros, le gouverneur de l’État de Rio s’est empressé d’affirmer son soutien à la candidature de la ministre à la Direction du FMI. Ce type de comportement n’est pas isolé, puisque le "JIR" révèle qu’à un an de la Présidentielle, le gouvernement a décidé d’augmenter le nombre des contrats aidés. Tout cela donne un nouvel éclairage sur la stratégie de l’UMP lors des dernières Cantonales. Et si les distributions d’“emplois verts” préfiguraient un vaste plan de corruption à l’échelle de la République ?

Dans notre édition d’hier, il était question d’une étrange affaire. Depuis la démission de Dominique Strauss Kahn, sa succession est ouverte au poste de directeur du Fonds monétaire international. En France, la ministre de l’Économie a annoncé qu’elle est candidate. Christine Lagarde a commencé sa tournée par une visite au Brésil.
Mardi à Paris, elle était invitée au dîner de la Chambre de commerce Brésil-France. À cette occasion, le gouverneur de l’État brésilien de Rio a d’une part annoncé que la ministre-candidate soutenait une demande de prêt de plusieurs centaines de millions d’euros formulée auprès de l’AFD, et d’autre part affiché clairement son soutien à la candidature de Christine Lagarde au FMI. Le lendemain de ce dîner, le gouverneur obtenait satisfaction : l’AFD a garanti un prêt de 500 millions d’euros pour construire une ligne de métro.
Pour que la candidate du gouvernement UMP puisse être nommée directrice du FMI, elle doit s’appuyer sur des soutiens en dehors de l’Europe. Obtenir celui du Brésil permettrait en plus de saper dès le départ toute tentative des pays émergents de présenter un candidat de rassemblement, susceptible de mettre fin à l’hégémonie exercée par l’Europe à la Direction du FMI depuis la création de cette institution financière internationale. Or, à la suite de l’annonce du soutien de la ministre à une demande de prêt de l’État de Rio, le gouverneur a conseillé aux plus hauts responsables de son pays de soutenir la candidature de Christine Lagarde. Voilà qui rappelle les méthodes employées par les ultras pour gagner des élections à La Réunion, en utilisant les vieilles ficelles de la corruption.

50.000 contrats en plus d’un coup

Force est de constater que ce mode de fonctionnement se généralise dans tout le gouvernement. À un an de la Présidentielle, l’UMP est en effet en très mauvaise posture. Rarement, en effet, la population n’a eu à subir une telle casse sociale, et après la victoire des Cantonales, c’est la mobilisation pour concrétiser le changement en 2012.
Face à cette dynamique, le gouvernement utilise de bien étranges méthodes. Rappelons qu’il n’eut de cesse de diminuer le nombre d’emplois aidés, affirmant que c’est à l’économie de résorber la pénurie d’emplois. C’est lorsque la crise a commencé à sérieusement toucher la France que le gouvernement a relancé les emplois aidés. Aujourd’hui, selon les statistiques officielles de Pôle Emploi, le chômage diminue en France. Par conséquent, si le gouvernement est fidèle à sa ligne ultra-libérale, il ne peut que revenir à son credo : laissons la “main invisible” du marché régler le problème.
Mais à moins d’un an de la Présidentielle, l’UMP s’assoit sur ses dogmes ultra-libéraux et utilise des fonds publics pour se substituer à la “main invisible”.
En effet, selon un article du “Journal de l’île” paru hier, des crédits ont été retirés de plusieurs ministères pour « proposer 50.000 contrats aidés supplémentaires aux 340.000 prévus en début d’année ».
Selon notre confrère, l’Outre-mer obtiendrait plus de 35.000 contrats.

La nécessité : la transparence

Cette augmentation soudaine ressemble trait pour trait à celle du nombre d’“emplois verts” subventionnés par la Région depuis l’arrivée d’une Direction UMP à la tête de la collectivité. Avant son élection, Didier Robert n’avait pas fait mystère de distribuer 10.000 “emplois verts” s’il était élu. Un an plus tard, à la veille des Cantonales, l’opinion a vu comment l’attribution des financements de la Région coïncidait avec la carte des cantons renouvelables, et la proximité politique de certains responsables d’associations bénéficiaires de ces contrats. Ainsi, l’UMP est allée jusqu’à faire voter des subventions pour payer les “emplois verts” d’une association dirigée par un co-listier de Didier Robert aux Régionales. Une fois embauchés, les travailleurs passaient leur journée à attendre un hypothétique chantier qui n’arrivait jamais.
À la lecture de l’article du "JIR", une question vient forcément à l’idée. Le nombre des emplois aidés augmente à moins d’un an de la Présidentielle, or, connaissant le gouvernement, il serait étonnant qu’il soit devenu brusquement le protecteur des plus démunis.
L’utilisation scandaleuse de la détresse des demandeurs d’emploi par l’UMP lors des Cantonales à La Réunion préfigure-t-elle un vaste plan de corruption à l’échelle de la République pour tenter de forcer le résultat de la Présidentielle ?
Il est en tout cas essentiel que la transparence soit faite dès maintenant sur toutes les attributions de ces contrats. Tout autre type de gestion ne pourra qu’entretenir la suspicion et faire craindre des dérives allant jusqu’à la corruption.

Manuel Marchal


Pour des emplois durables

Dans le contexte de La Réunion, il est indispensable que l’État renforce son engagement à lutter contre la pénurie d’emplois. Comme l’économie n’arrive pas actuellement à répondre à la demande, il est donc logique que l’État intervienne pour corriger ce grave problème.
Il est important de noter que les emplois créés doivent être pérennisés. C’est le sens de la proposition faite par le Parti communiste réunionnais : les emplois aidés amorcent la création de deux grands services d’intérêt public dans l’environnement et les services à la personne, puis ces emplois quittent le champ du précaire pour devenir durables, car ils répondent à de véritables besoins.
C’est une approche totalement à l’opposé de ceux qui utilisent le chômage pour se créer une clientèle électorale en distribuant des emplois aidés. Dans cette logique, le pouvoir n’a aucun intérêt à ce que la pénurie d’emplois diminue, car c’est cette crise qui lui permet de disposer d’un moyen de pression sur les électeurs.
Le gouvernement est donc au pied du mur. Soit il s’engage à transformer ces emplois aidés en emplois durables en créant les conditions pour. Cela passe notamment par une gestion totalement transparente de ces emplois, en partenariat avec toutes les personnes concernées c’est-à-dire en premier lieu les travailleurs privés d’emploi.
Soit ces emplois sont des contrats sans lendemain qui ne durent que le temps d’une élection. Gageons que, dans ce cas, les électeurs sanctionneront durement cette atteinte à la dignité du travailleur privé d’emploi.


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