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Au-delà du Tram-train, la casse d’un projet de société

Geoffroy Géraud-Legros / 2 juin 2010

La suppression du Tram-train a suivi celle de la MCUR. En plus du vandalisme pur et simple, la casse des grands projets s’inscrit dans un projet politique : le maintien de la population réunionnaise sous un régime de dépendance et de précarité… terreau de tous les clientélismes.

"Structurants" : c’est le terme par lequel on avait l’habitude de qualifier les grands travaux d’intérêt général, dont la route des Tamarins et le Tram-train sont les plus emblématiques. Parler de projets structurants, c’était dire qu’en traçant des routes, en lançant des trains et en érigeant éoliennes et fermes photovoltaïques, ce qui était entrepris allait bien plus loin qu’un programme d’équipement.
Au-delà du règlement des graves problèmes de la circulation, de la dépendance aux carburants, de la pollution, c’était un changement en profondeur de la société réunionnaise qui était visé. Une grande transformation destinée à donner aux Réunionnais la responsabilité accrue de l’aménagement, de l’économie et de la société de leur pays.

La Réunion malade de la dépendance

Plus de 60 ans après l’abolition du statut colonial par la loi du 19 Mars 1946, ces domaines demeurent fortement marqués par un retard de développement et des liens de dépendance encore tenaces envers l’Hexagone, qui se répercutent sur la vie quotidienne des Réunionnais : prix honteux des carburants et des produits alimentaires, chômage, manque criant de logement. L’initiative, l’engagement des Réunionnais continuent d’être volontairement limités. La précarité s’étend aux dépens de la création de "vrais" emplois, et lorsque ceux-ci existent, ils échappent bien souvent aux Réunionnais. Les grands problèmes du pays sont traités sans transparence. Un régime d’inégalités dont chacun sait qu’il est garanti au plus haut niveau : qui pourrait par exemple oublier les termes secs issus d’une source officielle, qui rappellent qu’à La Réunion « les pétroliers proposent un prix au Préfet, qui s’exécute » ?
Que La Réunion, domaine d’invention dans le domaine des énergies alternatives, est contrainte par EDF à limiter à 30% la production de ces dernières ?
Que, comme l’a montré un rapport du Sénat, les Réunionnais n’occupent que 100 des 1000 emplois créés chaque année dans l’Éducation nationale à La Réunion ?

Clientélismes politiques

En plus des problèmes spécifiques qu’ils posent, ces constats -qui pourraient être multipliés- sont autant de symptômes d’une société malade de dépendance. Sur ces injustices prospère un système politique, lui aussi mal dégagé de la colonisation.
Car toutes les précarités que provoquent le chômage, les prix vertigineux, l’inégalité devant les transports font le terreau d’un système général de clientélisme à tous les niveaux : clientélisme électoral direct qui utilise les "petits contrats" pour faire voter. Clientélisme d’Etat, qui maintient le plus grand nombre aux minima sociaux tout en stigmatisant "l’assistance" par la voix de ses porte-parole…
La construction d’un Tram-train permettait aux exclus du transport, pauvres, jeunes, chômeurs, d’obtenir une autonomie accrue sur le marché de l’emploi. Elle s’accompagnait aussi de la création de 4.000 emplois, d’un service d’intérêt général porteur de professions nouvelles. Le chemin de fer ouvrait la voie à un développement de la vie tout au long de son parcours, créant les conditions d’une activité retrouvée dans tous les domaines.

Faire replonger La Réunion

Aux côtés de l’autonomie énergétique et alimentaire, de l’essor d’une compagnie régionale, le Tram-train s’intégrait dans un projet destiné à briser les carcans qui pèsent sur notre société…
Effacer les grands projets, annuler les progrès déjà réalisés, est finalement une défense naturelle de ceux qui tiennent leur pouvoir de la dépendance et du clientélisme.
Le parallèle entre démolition et clientélisme électoral n’est guère difficile à établir : combien d’embauches à la mairie du Tampon après la suppression de la Rocade, coup d’essai de Didier Robert ? A plus grande échelle, c’est tout le système fondé sur l’inégalité qui revient à la surface, dissimulé derrière la communication, les sourires et les protestations de changement.

Geoffroy Géraud-Legros


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