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Aucune opposition à la suppression du département : victoire du PCR

8 jours après le discours du Premier ministre

Manuel Marchal / 16 avril 2014

Le silence des ’départementalistes’ après l’annonce de la fin du département de La Réunion montre sur cet aspect institutionnel une victoire idéologique totale du Parti communiste réunionnais. Pendant des décennies, le PCR a été accusé de tous les maux parce qu’il a proposé une organisation administrative différente du droit commun métropolitain. Aujourd’hui, personne ne s’oppose à la suppression du département.

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1959 : La première revendication du PCR, c’est une assemblée pour donner les moyens aux Réunionnais de gérer leurs propres affaires.

Dans les années 1930, un mouvement progressiste se constitue à La Réunion. Face à la misère dans laquelle est plongée le pays, ces démocrates arrivent à forger à La Réunion un mot d’ordre : La Réunion département français. C’était la condition nécessaire à l’application immédiate à La Réunion de lois permettant d’en finir avec un taux de mortalité effrayant à cause de la pauvreté et de la malnutrition. Cet objectif s’affiche à chaque Premier Mai, il irrigue tout le mouvement revendicatif. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, cet élan se structure sous la forme d’une organisation politique, c’est le Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS). Le CRADS réussit à traduire dans les urnes l’adhésion au changement. En 1945, les victoires aux municipales sont suivies par la prise de contrôle du Conseil général, puis par l’élection des deux députés, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche. A l’Assemblée nationale, les deux parlementaires joignent leur projet à celui des Antillais et des Guyanais, et arrivent à obtenir l’unanimité des groupes politiques pour l’abolition du statut colonial à La Réunion, en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique. C’est la loi du 19 mars 1946. Un an plus tard, une partie du CRADS constitue la Fédération communiste de La Réunion. La transformation de La Réunion en département est qualifiée de « bon travail communiste ». Mais la loi d’égalité ne sera pas appliquée comme prévu au 1er janvier 1947.

Depuis 1959

13 années plus tard, les communistes constatent les limites de la loi de départementalisation. Son contenu progressiste a été vidé par les gouvernements parisiens et leurs complices à La Réunion. Un débat s’instaure au sein de la Fédération communiste. Il est tranché lors de son 6e congrès en 1959 au Port. La Fédération se transforme en Parti communiste réunionnais et décide en premier point « de réclamer pour les Réunionnais le droit de gérer eux-mêmes et démocratiquement leurs propres affaires par l’intermédiaire d’une assemblée locale jouissant d’un pouvoir législatif pour toutes les affaires d’intérêt local ». Si en 1959 La Réunion a bien une seule assemblée, ses pouvoirs sont peu étendus, car le préfet qui est juge d’opportunité. C’est lui qui détient le pouvoir exécutif, sans avoir de compte à rendre au Conseil général.

Le projet du PCR est combattu, les opposants vont jusqu’à justifier a posteriori la fraude électorale pour empêcher le PCR d’arriver au pouvoir. Leur mot d’ordre est la défense du département à tout prix. Ils s’autoproclament les "départementalistes", ils sont les partisans du statu quo.

Fin des départements de Guyane et de Martinique

Au moment de l’alternance en 1981, la décentralisation prévoit une organisation spécifique dans les départements d’outre-mer. Toutes les affaires relevant des compétences territoriales sont les prérogatives du Conseil général et régional. Aussitôt, les "départementalistes" organisent l’opposition au changement. Ce combat d’arrière garde a pour conséquence l’organisation actuelle : la coexistence sur un même territoire d’une région et d’un département. Nous étions en 1983.

Sous Sarkozy, la première remise en cause a été inscrite dans la loi avec l’élection de conseillers territoriaux siégeant à la fois à la région et au conseil général. C’était de fait la fusion des deux collectivités. La Martinique et la Guyane ont obtenu une évolution institutionnelle différente, avec une collectivité unique. Ce premier coup de semonce a laissé les "départementalistes" sans voix.

Voici 8 jours, dans un discours tirant les enseignements des municipales, le Premier ministre a annoncé la division par deux du nombre de régions pour 2017, et la fin des départements pour 2021.

Défis spécifiques à La Réunion

Pendant ces 8 jours, les "départementalistes" n’ont eu aucune réaction. La suppression du département n’a ému personne dans la classe politique réunionnaise. C’est une victoire idéologique pour le Parti communiste réunionnais. Car cela démontre que tous les arguments utilisés pour faire barrage à la réforme administrative n’étaient qu’une coûteuse diversion qui a fait perdre plus de 50 ans à La Réunion.

Maintenant, c’est une autre étape qui s’ouvre. Car le projet proposé par le Premier ministre ne correspond pas à notre réalité. La Réunion n’est pas concernée par la diminution du nombre des régions. À 10 000 kilomètres de Paris, la réalité géographique n’a rien à voir avec celle de n’importe quelle collectivité de France. L’enjeu est celui de l’intégration d’une région de l’Union européenne dans le sud-ouest de l’océan Indien. Ce sont des défis d’une autre nature, dans un contexte de crise bien plus grave qu’en France. Cela signifie une réforme différente, propre à La Réunion.

M.M.


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