Actualités

Aucune réponse à l’urgence sociale

Visite ministérielle : programme en décalage avec la réalité

Manuel Marchal / 25 mai 2010

Taux de chômage supérieur à 27%, plus de 51% des jeunes privés d’emploi, augmentation du nombre de demandeurs d’emploi de plus de 19% en un an : ces données sont extraites d’un document de la Direction du travail publié vendredi 21 mai, au deuxième jour de la visite de la ministre de l’Outre-mer. Malgré ce nouveau révélateur d’une aggravation rapide de la situation sociale à La Réunion, le programme de la visite ministérielle n’a pas été modifié et il est resté en total décalage avec l’urgence sociale vécue quotidiennement par plus de la moitié de la population réunionnaise.

Vendredi, la Direction du Travail a publié son relevé mensuel "Bulletin Travail Emploi Formation" donnant une photographie de la situation de l’emploi dans notre pays deux mois auparavant, c’est-à-dire fin mars 2010.
Ce document confirme les données déjà publiées, à savoir une aggravation rapide de la situation partout, mais c’est à La Réunion que la crise est plus forte qu’ailleurs.
En France, les images de la crise charrient leurs cortèges de drames et d’initiatives tels que les fermetures d’usine ; des prises d’otages pour exiger non pas le maintien de l’emploi, mais l’augmentation du montant des indemnités de licenciement ; de multiples interventions du gouvernement pour atténuer l’impact de la crise en France. Entre mars 2009 et mars 2010, le nombre de demandeurs d’emploi y a augmenté de 9,8% en un an.
Mais dans notre île, sur la même période, la hausse a été de 19,2%, soit 12 point de plus qu’en Guadeloupe (voir encadré), ou deux fois plus qu’en France. Les raisons de cette catastrophe sont bien connues. C’est en premier lieu la responsabilité d’élus qui ont décidé de casser des projets : Didier Robert a décidé d’annuler la Rocade du Tampon, la nouvelle majorité municipale de Saint-Denis a jeté aux oubliettes le Pôle Océan et le Zénith intercommunal dont la première pierre avait été posée par le président de la CINOR et Firmin Viry.

Inquiétude générale

En second lieu, le gouvernement a décidé de diminuer les subventions accordées à la construction de logements : c’est la remise en cause de la défiscalisation, et c’est aussi le retard pris dans l’instruction des dossiers des logements sociaux. Un retard si important qu’aucun chantier ne pourra pas débuter avant 6 mois.
Tous ces facteurs se sont combinés pour casser le secteur du BTP, qui était jusqu’à fin 2008 la part la plus dynamique de notre économie.
Tel était donc le contexte voici deux mois. Et depuis cette date, il s’est encore aggravé (voir encadré). L’inquiétude est telle que la veille de la visite de la ministre, l’Intersyndicale du BTP a organisé un mouvement revendicatif de la préfecture à l’hôtel de Région. Les travailleurs ont été reçus par le préfet et le président de la Région. Dans les chantiers relevant de l’État, les nouvelles n’étaient pas réjouissantes. Pas de construction de logements sociaux avant six mois, ont précisé les syndicalistes.
Quant à la rencontre à la Région, elle a débouché sur le refus de Didier Robert de donner sa position sur le tram-train. Contrairement à ce qu’il a affirmé sur le plateau de RFO-Télé le soir de la dernière séance plénière, l’ancien maire du Tampon n’est toujours pas prêt à s’exprimer « abondamment » sur cette question.

Première application du gel des dotations aux collectivités

Dans ce contexte de crise aggravée, le programme de la ministre a totalement oublié ce volet social : aucune rencontre avec les représentants des travailleurs, pas d’entretien avec les professeurs réunionnais qui veulent travailler à La Réunion… mais les déclarations ont donné une première application concrète des conclusions de la Conférence sur le déficit à l’Élysée.
La ministre a en effet annoncé que les Réunionnais n’auront pas droit à un centime de plus pour la réalisation du Protocole de Matignon, c’est la confirmation du gel des dotations versées par l’État aux collectivités.
Au moment où La Réunion s’enfonce dans la crise, un membre du gouvernement vient dans notre île pour signifier que la contribution financière de l’État à la recherche de solutions va stagner. Encore plus grave, les Réunionnais ont appris que plusieurs sources d’investissement pour notre pays feront l’objet d’un examen approfondi. Tout cela est très loin des préoccupations de la population, et cela risque même d’aggraver l’urgence sociale vécue tous les jours par plus de la moitié de la population, c’est-à-dire les 52% de nos compatriotes qui sont obligés de survivre avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté.

Manuel Marchal


Le triste record de l’aggravation

La lecture des données concernant la Guadeloupe est également intéressante. Voici un an, ce pays était paralysé par une grève générale. Elargissant à tous les domaines la revendication sur les prix du carburant lancée en novembre 2008 à La Réunion, les Guadeloupéens allaient donner un nouvel élan au mouvement social Outre-mer. À La Réunion, il allait se traduire par le COSPAR et les avancées obtenues en matières de prix et de salaires.
En Guadeloupe, la grève générale allait paralyser le pays durant 45 jours. Nombreux étaient ceux qui agitaient la menace de dizaines de milliers de suppressions d’emplois liées à cette grève. L’économie allait-elle pouvoir repartir ? Un an après la grève, le nombre de demandeurs d’emplois en Guadeloupe a augmenté de 7%, moins qu’en France, et beaucoup moins qu’à La Réunion. Notre île détient le triste record de l’aggravation : plus de 19% d’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi.


Inquiétude grandissante depuis mars

Depuis le mois de mars, date des données publiées par la Direction du Travail, la situation ne s’est pas améliorée. Le Groupe Caillé, 3.000 emplois, est placé sous le régime judiciaire de la procédure de sauvegarde. La nouvelle direction de la Région a annoncé le transfert vers des dépenses électoralistes des fonds épargnés pour investir dans la construction de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise : un chantier perdu. De plus, le nouveau président de la Région n’a pas fait mystère de sa volonté d’annuler le chantier du tram-train, ce qui ferait perdre non seulement un chantier essentiel, mais remettrait en cause totalement la nouvelle route du littoral puisque les deux investissements sont liés. L’annonce de la transformation de la route du littoral en un viaduc à six voies totalement en mer repousserait à une date incertaine le début d’un chantier dont la faisabilité reste à démontrer.
À la veille de la visite de la ministre, les travailleurs du BTP ont fait part de leur inquiétude au représentant de l’État et au président de Région. Les réponses apportées n’ont pas rassuré.


Kanalreunion.com