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Autosuffisance alimentaire : où en est-on ?

Visite de Marie-Luce Penchard à La Réunion

Manuel Marchal / 28 août 2009

La visite de la secrétaire d’État à l’Outre-mer est marquée par un contexte qui a évolué depuis son précédent séjour en juillet dernier. La décision de plusieurs pays producteurs de riz de stopper les exportations va immanquablement provoquer une tension sur le marché des produits alimentaires. C’est une donnée qui contribue à aggraver la crise.

Dans son édition d’hier, "Témoignages" annonce la volonté de plusieurs grands pays producteurs de riz de suspendre leurs exportations. L’Inde et Madagascar prennent cette décision pour donner la priorité à leur population. Continuer à exporter alors que le niveau des stocks n’est pas suffisant, c’est exposer un pays à la pénurie et créer les conditions de l’inflation. Or, la crise économique est mondiale, elle fragilise des pays et nul doute que la pénurie alimentaire serait à l’origine de dégâts importants.
Mais si les grands exportateurs de riz ferment leurs frontières, alors cela n’est pas sans conséquence pour d’autres pays, qui sont importateurs de produits alimentaires. L’an dernier, avant la faillite de Lehman Brothers, la restructuration du secteur bancaire américain et l’extension à l’économie réelle de la crise financière, l’actualité mondiale était dominée par les émeutes de la faim. La hausse brutale des produits de première nécessité, du fait de restrictions à l’exportation, mais aussi à cause de la spéculation, ont entrainé pour des centaines de millions de personnes une baisse importante du pouvoir d’achat. De difficile, se nourrir à un prix décent est brutalement devenu impossible, et ce sont les plus pauvres qui ont reçu le choc le plus violent.

Vers de nouvelles émeutes de la faim

18 mois plus tard, les facteurs à l’origine des émeutes de la faim sont présents. Or, La Réunion importe beaucoup de produits alimentaires, dont le riz.
Se pose donc la question des capacités de stockage de l’aliment de base des Réunionnais. Les autorités doivent dire clairement quel est l’état des stocks, et quel est la situation alimentaire de La Réunion : d’où viennent les produits importés, à quel prix aujourd’hui et combien demain si l’offre diminue sur le marché mondial ?
Toutes les leçons n’ont pas été tirées de l’alerte des émeutes de la faim l’an dernier. Rappelons qu’au mois de juin, les représentants des pays de la COI s’étaient réunis à La Réunion lors d’une conférence sur le thème du co-développement durable des îles de l’océan Indien. Deux thèmes étaient à l’ordre du jour : autonomie énergétique et autosuffisance alimentaire. Sur ce dernier point, des propositions ont été faites pour écarter tout risque de pénurie alimentaire dans notre région. Unanimement, les participants de la conférence avaient proposé que Madagascar devienne le grenier à riz de notre région, afin que d’une part notre île sœur puisse atteindre l’autosuffisance en riz, et que d’autre part elle puisse la dépasser afin que les pays de la région puissent importer du riz produit dans leur environnement géographique.
À l’heure où les conditions sont réunies pour de nouvelles émeutes de la faim, cette proposition reste toujours d’actualité.

Manuel Marchal


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