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Aux origines d’une catastrophe

Le PS refuse l’union et fait gagner l’UMP à la Région

Geoffroy Géraud-Legros / 7 avril 2010

Parmi les dirigeants socialistes, Gilbert Annette et Michel Vergoz ont pesé de manière décisive pour imposer une triangulaire et porter Didier Robert au pouvoir. L’aboutissement catastrophique d’une intrigue nouée il y a dix ans, qui vise à la disparition du PCR et de l’Alliance.

Le 21 mars dernier, la Région Réunion tombait dans l’escarcelle de l’UMP. A contre-courant de la dynamique à l’œuvre dans l’ensemble de la République, la Fédération du Parti socialiste à La Réunion décidait de maintenir sa liste, arrivée pourtant avec 13% seulement des voix, contre la liste d’Alliance en tête avec 31% des suffrages. Une orientation imprimée à la direction du PS par Gilbert Annette, maire de Saint-Denis, et Michel Vergoz, conseiller régional sortant et tête de liste. Conséquence logique de cette division imposée à l’Alliance : les forces de progrès majoritaires dans le pays perdaient la direction de la Région.
Pour comprendre, il est nécessaire de retourner plusieurs années en arrière, au moment où une stratégie s’est imposée au Parti socialiste : « rééquilibrer la gauche », c’est-à-dire : prendre le PCR puis l’Alliance pour adversaires principaux. Une démarche de confrontation poursuivie jusqu’à l’extrême, malgré des échecs répétés.

Le nœud de la bidépartementalisation

En 1997 la gauche “plurielle” reprenait le pouvoir dans la lancée des grandes mobilisations contre la réforme des retraites. Trois ans plus tard, le Gouvernement dirigé par le socialiste Lionel Jospin lançait la réforme de bidépartementalisation, soutenue à La Réunion par le PCR. A droite, Jean-Paul Virapoullé mit à profit cette réforme pour jeter son mouvement, “La Rélève”, dans une campagne des plus démagogiques. Attisant les peurs du passé et les faux débats, sortant pèle-mêle du placard les spectres du largage de l’indépendance, le maire de Saint-André battu deux ans auparavant aux législatives parvint à se remettre en selle en menant la campagne « coup pa nou ». Une remontée qui n’aurait sans doute pas été possible sans l’entrée en jeu décisive des socialistes Michel Vergoz et Gilbert Annette. Le premier rejoignit Jean-Paul Virapoullé sur le terrain de l’opposition sans ménager ses efforts, recevant le soutien de l’ancien maire de Saint-Denis. Cette collusion dans les manifestations de rue atteint son point culminant dans les urnes de l’Assemblée départementale : le 17 mars 2000, ceux que leurs propres camarades nommaient “la bande à Vergoz” rejetèrent la bidépartementalisation au Conseil Général, joignant ouvertement leurs forces à celles de Jean-Luc Poudroux. Objectif de la manœuvre : prendre le contrôle de la fédération locale du PS, aux dépens de la politique impulsée par un Gouvernement et un parlement pourtant majoritairement socialistes, en participant à l’offensive menée par la droite contre le PCR. Les résultats ne se firent pas attendre : les forces de progrès sortaient exsangue des municipales de 2001 ; la droite empochait 19 communes sur 24 ; Michel Vergoz perdait sa mairie de Sainte-Rose. Seules les communes du Port, de Sainte-Suzanne, de la Petite-Ile, de la Possession et de Saint-Joseph échappaient à la déferlante ; le PS était balayé dès le premier tour à Saint-Denis. Cette défaite sonna le glas des réalisations collectives patiemment mises en place : la CIVIS, le SIVOM, subirent les attaques destructrices de la droite triomphante.

Répétition de l’erreur

Après cette cuisante défaite, la Région restait acquise aux forces de progrès, la majorité PS-PCR-Freedom-MDLFT demeurant aux commandes. Or, à l’approche du renouvellement de l’Assemblée régionale, Michel Vergoz prit la décision de repousser l’offre émise par Paul Vergès d’une alliance dès le premier tour, afin de ne prendre aucun risque face à une droite lancée à l’offensive antisociale dans l’ensemble de la République. La dynamique était là ; notre île venait de connaître plusieurs mois de mouvements sociaux contre la réforme des retraites, et il n’est pas exagéré de dire que les Réunionnais avaient les premiers et le plus clairement désavoué le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. L’argument brandi par le tandem Vergoz-Annette pour refuser la main tendue était alors de « compter les voix » socialistes à l’occasion du premier tour. Pour justifier cette fin de non-recevoir, Michel Vergoz alla jusqu’à extraire un article des statut du PS prônant la constitution de listes “homogènes”.
Cette exigence s’avéra pourtant à géométrie variable puisque les Verts purent de leur côté figurer sur la liste socialiste. En réalité, la même logique était à l’œuvre lors du scrutin qu’en 2001 : pour asseoir leur pouvoir à la direction du PS, Michel Vergoz et Gilbert Annette engageaient les troupes socialistes dans la politique du pire, et faisaient -au moins implicitement- du PCR et de l’Alliance leurs premiers adversaires, souhaitant progresser contre l’Alliance aux risques d’une victoire de la droite. Le nouvel échec des socialistes à cette élection n’engagea pas de changement radical dans cette ligne.

Le désastre au rendez-vous

Le 14 avril dernier, le bilan du premier tour montrait que La Réunion connaissait un mouvement comparable à de nombreux égards à celui de l’ensemble de la République. Dans la grande majorité des Régions, le Parti socialiste arrivait en tête avec environ 30% des voix, les écologistes totalisant aux environ de 10%. A La Réunion, l’Alliance se retrouvait donc dans la même position que le Parti socialiste dans l’Hexagone : elle était la seule force de progrès en mesure de l’emporter, le PS n’arrivant qu’en troisième position. Dès l’annonce des résultats, un mouvement général d’union se profilait sur tout le territoire, pour faire du second tour une riposte à la politique antisociale de Nicolas Sarkozy. Paul Vergès fit donc connaître immédiatement ses propositions de fusion aux responsables socialistes, auxquels on proposa 9 places sur une liste qui aurait été assurée de l’emporter au second tour. On sait ce qu’il advint : sous l’impulsion –une fois encore- de Gilbert Annette et de Michel Vergoz, les porte-parole du PS bricolèrent au dernier moment des prétextes abracadabrants pour refuser la fusion.
Dès lors, l’engrenage de défaite était enclenché : à l’issue du second tour, l’Alliance entrait dans l’opposition avec 12 conseillers régionaux, les socialistes et leur alliée du MRC ne remportant que 6 sièges. La politique du pire a ainsi atteint ses dernières limites : Gilbert Annette et Michel Vergoz ont choisi délibérément de faire perdre la liste progressiste arrivé en tête dans le but de se débarrasser de l’Alliance. Problème : si l’Alliance a subi une défaite, le Parti socialiste plonge pour de bon, et voit son score dégringoler dans ses communes et sur les terres qui lui sont traditionnellement acquises. Surtout, la victoire consciemment provoquée de Didier Robert s’annonce comme une régression sociale, culturelle et morale d’une ampleur inégalée. Ce sont donc les Réunionnais qui vont payer pour une stratégie visant à l’éradication du PCR et de l’Alliance… qui n’a fait qu’entraîner le PS lui-même vers l’abîme.

Geoffroy Géraud



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  • gilbert annette est comme vergoz, un (...) ! ils ont permis tout les 2 l’élection d’un ump à la réunion alors que ce parti est largement minoritaire dans l’ile ! mais des surprises attendent le ps dans les prochaines élections à la réunion ! gilbert annette à oublié qu’il doit son élection à l’alliance, la prochaine fois il ira chercher les voix pour étre élu à l’ump ! mais le pire c’est les électeurs du ps qui sont aussi responsables de l’élection de didier robert ! ils n’auraient jamais du voter au 2 iéme tour pour leur parti qui n’avait qu’une chance c’était de faire élire didier robert ! de plus pourquoi les instances du PS à Paris n’ont pas exclus ces 2 personnages du parti ? pour beaucoup moins grave ils ont exclu plus de 40 membres de leur parti pour soutenir Fréche !

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