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« Avec l’État, vive l’Année des outremers ! »

Sur le blog de Pierre Vergès

Témoignages.re / 27 juin 2011

L’Inspection générale des bibliothèques (IGB) rend public son rapport d’activité 2010. Dans ce document d’une centaine de pages, l’IGB a fait le tour de tous les lieux de lecture : communaux, départementaux, régionaux, universitaires. Constat : il faut mutualiser les moyens et les ressources. Autre aspect : il faut former les personnels.

Le rapport cette année a mis l’accent sur la situation de la lecture publique dans les départements d’outre-mer. C’est la suite d’une préconisation des États généraux de l’Outre-mer et du Conseil interministériel de l’outre-mer.
Selon le site Localtis : « Le bilan est pour le moins sévère et conduit l’inspection à proposer une série de recommandations pour améliorer une situation préoccupante ».

En effet, le rapport constate ainsi que « d’une manière générale, les bibliothèques ne constituent pas ou plus pour les conseils généraux une priorité ».
À qui la faute lorsqu’il y a un budget contraint, que l’État doit des millions d’euros, et qu’il faut rogner sur tous les postes ? Cela ne veut pas dire pour autant — loin de là — que la lecture n’est pas une priorité pour le Département. Bien au contraire.

La remarque de l’IGB est assez oiseuse : « Le développement de la lecture est pour beaucoup d’élus l’affaire de l’école ».
Arrêtons de généraliser ! Quoi qu’il se passe dans les autres collectivités d’outre-mer — et il ne nous appartient pas de juger les positions prises —, peut-on affirmer que le conseil général — comme les communes d’ailleurs — ne se sont pas préoccupées de la question ?

Bien sûr, il y a des « carences », notamment dans les bibliothèques départementales de prêt (BDP). Celle de La Réunion a fermé ; en Guyane, et en Martinique les moyens de fonctionnement sont restreints, comme à Mayotte ou en Guadeloupe.
Le site Localtis conclut : « Pour sortir de cette situation dégradée, l’IGB formule plusieurs recommandations. Elle préconise ainsi de revoir le modèle de desserte qui repose aujourd’hui sur des établissements centraux trop importants et peu efficaces, alors qu’il faudrait mettre l’accent sur une offre de proximité et sur une desserte par bibliobus ».

À La Réunion, l’expérience a déjà été menée.
Le rapport considère également « comme une priorité de mieux former les bibliothécaires et de développer l’offre documentaire : aujourd’hui la plupart des bibliothèques des DOM ne proposent ni CD ni DVD et n’organisent que très peu de manifestations culturelles autour du livre ».

Encore faut-il que les formations soient mises en place ! En outre, à La Réunion, le Salon du livre de la jeunesse est une initiative de l’ABDEN (association des bibliothécaires de l’Éducation nationale). Le salon est une réussite. Les mairies et les associations travaillent également à la promotion de la lecture. Des médiathèques (comme au Port), se décentralisent dans les quartiers !
L’IGB préconise aussi « une plus grande coopération entre tous les acteurs de la chaîne du livre, et notamment les libraires et les éditeurs locaux ».

Pourquoi l’IGB n’a-t-elle pas mentionné la question du coût du livre outre-mer ? Comme d’ailleurs celui des revues, périodiques et journaux ? C’est bien évidemment un frein à la lecture publique. C’est aussi un frein à la production locale.
Enfin, le rapport estime « nécessaire de porter une plus grande attention à la construction, en observant que tous les bâtiments construits sur le modèle métropolitain avec des matériaux de construction classique (béton, métal, etc.) sont très rapidement dégradés ».

Remarque valable pour les bibliothèques — tout du moins certaines —, mais aussi pour tous les bâtiments. Là aussi, l’IGB aurait pu pousser ses investigations plus loin et se rendre compte qu’il existe un cadre juridique encadrant la construction et que, en fonction de cela, les possibilités ne sont pas toujours évidentes.
Ainsi, le rapport de l’IGB, tout en soulignant certains problèmes, ne pose pas le problème des bibliothèques, médiathèques outre-mer dans les bons termes : il y a eu des transferts effectués de l’État vers les collectivités (notamment le Département), sans compensation financière suffisante (et souvent, un transfert refusé…).

Une situation et un traitement injuste d’autant plus que les aides sont jugées insuffisantes, même pour les structures de France métropolitaine : l’État finance moins de 4% des dépenses !


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