Actualités

Barrage de Sivens : le Conseil général renonce au projet initial

Face à face tendu dans le Tarn

Céline Tabou / 7 mars 2015

Au lendemain de l’annonce de Ségolène Royal, ministre de l’écologie, d’indemniser le département du Tarn, s’il abandonnait le projet initial de barrage de Sivens, la tension s’est élevée entre pro et anti-barrage, mais également entre conseillers généraux, qui ont voté à 43 voix sur 46 pour l’abandon du projet de barrage initial dans la forêt de Sivens.

La droite, associé aux socialistes et radicaux ont soutenu la proposition du président du conseil général, Thierry Carcenac de « réaffirmer la nécessité de réaliser une retenue redimensionnée dans la vallée du Tescou, de dire que cette retenue se fera sur la zone de projet ».

Cette retenue moins importante (750.000 m3 au lieu du 1,5 million de m3 du projet initial), se situera en amont du premier site, et remplacera le barrage prévu initialement, et souhaité par agriculteurs.

Un rapport de force permanent

Depuis octobre 2013, une quarantaine de zadistes occupent la ZAD, qu’ils ont bouclé par des barrages de troncs d’arbres et de fils barbelés. 300 gendarmes mobiles surveillaient les accès afin d’éviter les heurts. Les écologistes demandent « de nouvelles études » pour prouver qu’il est possible d’utiliser les retenues qui existent déjà aux alentours, avait expliqué Françoise Blandel, du Collectif Testet. « Nous demandons que le Conseil ne prenne pas de décision sur une solution de remplacement », a expliqué cette dernière.

Du côté des agriculteurs, la division a régné durant deux ans. En effet, certains syndicats agricoles sont pour le barrage, comme la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (majoritaire) et le syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) qui a assuré que le barrage est « nécessaire pour le dynamisme du tissu économique local ».

De son côté, la Confédération paysanne (CP) est contre ce projet et a plaidé pour « l’abandon de tout ouvrage sur le site actuel », préférant « la réalisation de retenues collinaires ». A quelques jours du vote, la tension s’est accentuée. A tel point que le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a appelé jeudi 5 mars les agriculteurs « au calme et à la responsabilité » par crainte d’affrontements avec les opposants au projet. D’autant plus que la FDSEA et les JA ont créé un blocus permanent du site, laissant sortir mais empêchant d’entrer sur la ZAD.

Un vote très attendu

Une fois le vote terminé, les conseillers généraux ont souhaité l’application immédiate de « l’expulsion des occupants sans droit ni titre ». Une demande à laquelle le gouvernement a rapidement donné suite, « le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a ordonné l’évacuation de la ZAD de Sivens », a indiqué le porte-parole du ministre Pierre-Henry Brandet, à l’"Agence France Presse, peu avant l’intervention des gendarmes.

Cette évacuation s’est déroulée dans un certain calme, car à l’heure du vote, vers 11 heures, des pourparlers avaient commencé sur la “ZAD” (zone à défendre) de Sivens, entre gendarmes et zadistes (occupants). La préfecture a évoqué des discussions « très responsables » avec le collectif des zadistes. Certains d’entre eux ont accepté un départ, encadré par les gendarmes, sans contact avec les centaines d’agriculteurs et autres soutiens des militants favorables au barrage qui encerclent la ZAD. Cinq zadistes avaient d’ailleurs pris les devants, quittant spontanément les lieux sous la protection des gendarmes tandis que d’autres pliaient leur tente.

Après le vote du conseil général, les agriculteurs pro-barrage ont de leur côté décidé de lever leur blocus de la zone. « Dans la mesure où le conseil général a pris une décision et que l’expulsion va se faire, on laisse la place aux forces de l’ordre », a déclaré Roland Legrand, président des Jeunes Agriculteurs (JA, section jeune de la FNSEA) du Tarn.

Cependant, certains zadistes ont affirmé qu’ils ne quitteraient pas le site, évoquant les interpellations de plusieurs zadistes, lors d’une première charge des gendarmes. La semaine aura été le théâtre d’affrontements verbaux et accusations réciproques d’agression, de plus la destruction de deux cabanes par les agriculteurs pro-barrage, appelé “milice” par les zadistes, a laissé un calme précaire jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre.

« Rien n’est réglé »


Alors que la ministre de l’écologie faisait marche arrière sur le dossier, le président du Conseil Général, Thierry Carcenac, a préféré suivre la position du gouvernement en refusant la construction du barrage de Sivens, en raison de ses conséquences environnementales néfastes. Mais pour les porte-parole du parti Julien Bayou et Sandrine Rousseau d’Europe écologie-Les Verts, « le choix du conseil général du Tarn « ne règle rien sur le fond. En l’absence d’études complémentaires, rien ne dit que les doutes juridiques sur le respect de l’environnement seront levés ».


Kanalreunion.com