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Bâtisseurs contre casseurs

Geoffroy Géraud-Legros / 1er juin 2010

En démolissant le Tram-train après avoir effacé la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, Didier Robert accomplit le second point d’un programme de régression organisée. L’actualité montre que d’autres réalisations réunionnaises sont-elles aussi visées. L’arrêt définitif du chemin de fer montre à ceux qui avaient encore des doutes que le clivage politique d’aujourd’hui oppose les bâtisseurs aux casseurs.

L’ancienne mandature avait fait de la Région Réunion la première de la République pour le taux d’investissement. En parallèle, la collectivité dirigée par l’Alliance était la mieux notée pour l’utilisation des fonds européens. Une politique qui a permis, outre l’ouverture de nouveaux axes routiers, le démarrage d’un grand plan d’équipement et de relance de l’emploi : Tram-train et Route du littoral combinés dans le cadre des accords de Matignon passés entre Paul Vergès et Dominique de Villepin en 2007, construction d’une Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR)…

La voie ouverte au développement

Tous ces projets-phares entraient dans le cadre d’une vision à long terme pour mettre fin au sous-développement qui persiste dans notre pays. Une orientation prolongée par un soutien sans faille aux projets réunionnais dans d’autres domaines, dont l’essor de la compagnie régionale Air Austral est l’un des succès les plus visibles.
Avec l’ouverture de la Route des Tamarins, les Réunionnais ont vu se réaliser un engagement fort de la Région Réunion. Par ce grand ouvrage, les Réunionnais montraient qu’ils pouvaient donner corps à l’investissement, surmonter par eux-mêmes les obstacles les plus impressionnants : ils pouvaient désormais changer leurs vies. Le défi relevé ouvrait la voie à la réalisation d’un projet de grande envergure. L’hostilité du préfet d’alors et les blocages des “gros” transporteurs montrent que cette réussite est loin d’être passée inaperçue auprès de ceux qui n’ont aucun intérêt à une transformation profonde de la réalité réunionnaise.

Réaction des intérêts établis

Car les embouteillages, le scandale des prix du carburant et de la nourriture, la dépendance au pétrole, la difficulté de voyager à un juste prix ne sont pas des calamités pour tout le monde. Lobbies des transporteurs, monopoles aériens et pétroliers, etc…, c’est tout un système qui trouvait un intérêt commun à ce que le décollage amorcé de La Réunion n’ait pas lieu. Cette convergence du refus a trouvé en Didier Robert son candidat naturel.
Ce dernier remplit le contrat : au pouvoir à la Région depuis deux mois, l’UMP réalise méthodiquement son projet de régression organisée.

Plan de casse

Dans le domaine du transport, les nouveaux dirigeants ont donné des signes avant-coureurs d’un démembrement de la compagnie régionale Air Austral, projet mal dissimulé par le paravent populiste d’une distribution de billets à bas prix. Le cas de la culture a été réglé le premier : l’histoire et la mémoire de l’esclavage réunionnais et de l’engagisme, la culture des “petits” cafs, malbars, yabs, zarabs, sinoi etc…, n’auront pas leur place dans le patrimoine réunionnais. A la place, on fera comme on a toujours fait, sous la colonie et après : on exaltera la culture de l’esclavagiste, du propriétaire, des gouverneurs. On réhabilitera les lieux de mémoires des riches et des puissants : on restaurera, à tous les sens du terme.
Hier, ce retour en force de l’ordre ancien a emporté le chemin de fer des réunionnais.

Geoffroy Géraud-Legros


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