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Brexit, filière canne-sucre, égalité réelle : le PCR appelle les Réunionnais à s’organiser

Conférence de presse PCR

Manuel Marchal / 27 juin 2016

Représenté par ses co-secrétaires généraux Yvan Dejean, Maurice Gironcel et Ary Yée Chong Tchi Kan, le Parti communiste réunionnais a tenu une conférence de presse ce 27 juin à Saint-Denis, sur le thème suivant : « une loi de programmation est en cours de préparation dans le cadre de l’égalité réelle. Le gouvernement va-t-il imposer des propositions qui vont engager l’avenir de toutes les Réunionnaises et tous les Réunionnais durant 25 ans sans les consulter. Va-t-on vers ce scandale ? »

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Pour le PCR, le Brexit ne sera pas sans conséquence pour les Réunionnais, notamment pour les 18000 emplois de la filière canne-sucre. (photo Toniox)

Après le Brexit : rien ne se fera plus comme avant, c’est une période de grande incertitude qui commence, indique Maurice Gironcel au sujet du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne suite au référendum organisé jeudi dernier. Ce ne sera pas sans conséquence pour La Réunion.

Yvan Dejean et Maurice Gironcel soulignent que le peuple britannique a rejeté la politique actuelle de l’UE. Cette politique est la conséquence de règles découlant d’un traité européen. Ce traité est le traité de Lisbonne qui reprend les recommandations de ce qui avait été rejeté par le peuple français lors d’une consultation en 2005 sur le Traité constitutionnel européen. « Rappelons qu’en 2005 le PCR était le seul parti qui avait fait campagne contre ce TCE », souligne le PCR. À l’époque le Parti communiste réunionnais avait été accusé d’être anti-européen, de donner « un coup de pied dans zassiette manger ».

« Quand on voit ceux qui critiquaient le PCR venir devant les médias et dire que ce modèle européen n’est pas bon, n’oublions pas qu’ils ont appelé à voter pour ce modèle », dit Yvan Dejean pour qui nous assistons au « bien triste spectacle d’un bal des hypocrites ».

Cet événement s’ajoute à la crise sociale et économique à La Réunion. Maurice Gironcel rappelle le conflit social ouvert depuis plusieurs mois au sujet de la loi El Khomri. Jamais depuis la Seconde guerre mondiale, les acquis sociaux n’ont jamais été aussi attaqués. Les syndicats sont ciblés, et c’est la remise en cause du droit de manifester par un gouvernement socialiste.

Le PCR est solidaire de la lutte des travailleurs, il appelle au succès de la manifestation de demain, indique le co-secrétaire général.

La filière canne

Le PCR constate que c’est la dernière campagne sucrière dans un marché protégé. Elle a débuté dans l’Est ce 27 juin, va commencer dans le Sud, sans garantie de prix pour l’année prochaine. Les craintes du PCR se confirment. Les professionnels demandent 38 millions d’euros pour la survie, le président de la République a soutenu cette revendication lors de sa visite à La Réunion en 2014. Le principe du versement de cette subvention dépend de Bruxelles. Ce n’est toujours pas acquis. Le PCR est inquiet, car le commissaire européen à l’agriculture est resté vague sur cette question.

Ne veut-on pas endormir les planteurs sur leur avenir ?

Ce Brexit renforce l’inquiétude. Il faut continuer à se battre aux côtés des planteurs. 18.000 personnes gravitent autour de la filière, qui font vivre 100.000 personnes. Dans un contexte où le problème du chômage est grave à La Réunion.

La crise que traverse l’Union européenne justifie l’appel au rassemblement. « Sortons de l’électoralisme », déclare Maurice Gironcel. « L’avenir des RUP et des subventions accordées dépendent de ce qui se passe. Le Royaume-Uni participe au financement des fonds structurels, c’est 15 % de la population de l’UE, 5e puissance économique mondiale.

Si les planteurs sont les victimes de la politique ultra-libérale de l’UE, le PCR appelle à faire front face à la catastrophe qui se prépare. Le Brexit menace les fonds structurels et le marché du sucre réunionnais ».

Loi-programme égalité réelle

Yvan Dejean s’insurge contre le fait que les Réunionnais soient systématiquement maintenus dans l’ignorance sur les 38 millions pour l’ensemble des filières canne-sucre des outre-mer, sur les accords de partenariat économique. Pour l’égalité réelle, c’est un débat confisqué par une poignée alors que le texte engage La Réunion pour une période de 25 ans. Yvan Dejean rappelle la démarche qui a amené au projet de loi. Le PCR s’est exprimé, le sénateur Paul Vergès aussi.

Le co-secrétaire général du PCR pense qu’il y a de l’inconscience et de l’irresponsabilité à laisser la population dans l’ignorance. Victorin Lurel avait annoncé un big bang pour l’outre-mer dans les 25 ans à venir. Quel Réunionnais peut dire ce qui va se passer, et dans le contenu du projet de loi ?

« Le gouvernement n’engage pas le débat public. Il interpelle les édiles. La secrétaire d’État à l’Égalité réelle a été nommée pour dire ce qui va se passer, mais elle n’impulse pas le débat. Elle se tait alors qu’un calendrier est en place. La loi sera votée avant décembre », déplore le PCR.

Le Titre 1 du projet de loi de programmation a été transmis au CESE, au Conseil d’État.

Mais qui connaît le contenu ? Ce silence interpelle. Va-t-on vers un scandale ?

Jamais nous n’avons vu le peuple réunionnais tenu à ce point à l’écart du débat alors que son avenir est en jeu. En 1945, un débat était engagé sur l’avenir de La Réunion. Mais pour cette loi qui porte sur 25 ans, et qui doit transformer la vie des Réunionnais, c’est silence radio.

Propositions du PCR

Le PCR s’est procuré le Titre 1 et a adressé ses remarques au CESE et Conseil d’État. Elles ont été présentées par Ary Yée Chong Tchi Kan. Le co-secrétaire du PCR a mis l’accent sur des propositions globales pour sortir de 70 ans catastrophiques.

C’est tout d’abord comment faire l’inverse de 70 ans d’intégration dans un ensemble à 10.000 kilomètres.

Il s’agit en premier lieu de répondre à l’urgence sociale par la création en particulier de deux grands services. Toujours dans ce cadre, c’est la demande que les salaires, allocations chômage et minima sociaux soient augmentés en fonction du différentiel du coût de la vie avec la France. La Cour des comptes l’estime à 6 %, prenons tout de suite cette base dans un premier temps, propose le PCR qui rappelle le précédent du RSTA : 100 euros pris en charge par l’État. Cela montre qu’il est possible d’agir.

Ensuite, c’est l’idée de la double intégration. Le PCR souhaite préparer les Réunionnais au monde qui vient. Il s’agit de garder les acquis sociaux de l’intégration à la France et à l’Union européenne pour protéger la population défavorisée et maintenir la cohésion sociale.

En même temps, c’est l’ouverture vers la région où La Réunion prendra sa place dans un ensemble francophone de 40 millions d’habitants.

D’où la proposition d’une assemblée décisionnaire. L’Europe et la France sont sollicitées pour accompagner, faire confiance à la représentation réunionnaise et pas s’y substituer.

Pour la mise en œuvre de l’APE entre l’Union européenne et les pays voisins, le PCR demande un moratoire dans l’application à La Réunion, qui a le statut de région de l’UE. « Cela dégagera du temps pour discuter à égalité avec nos partenaires des termes de l’échange équitable et durable », précise Ary Yée Chong Tchi Kan.

Le PCR propose aussi de discuter entre Réunionnais. Tout d’abord la question de la sur-rémunération, qui crée une situation d’inégalité entre Réunionnais relevant de l’anticonstitutionnalité. Le PCR demande un accord entre Réunionnais sur cette question.

Ensuite, l’assemblée unique. Elle doit être suffisamment légitime pour avoir la confiance des Réunionnais, des partenaires, afin qu’elle puisse conduire à l’égalité entre Réunionnais et entre Réunionnais et le continent. Cette assemblée doit disposer d’un fonds de développement.

Maurice Gironcel conclut la conférence de presse en rappelant que le PCR se tient prêt à discuter de toutes ces questions avec toute organisation prête à en débattre.


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