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BTP : 7.300 emplois déjà perdus à l’île de La Réunion

Un outil réunionnais cassé par des décisions politiques irresponsables —1—

Manuel Marchal / 27 avril 2010

À la veille de la première séance plénière du nouveau Conseil régional, le FRBTP tenait une conférence de presse où le point a été fait sur un secteur en crise. Plus de 7.000 emplois perdus et des perspectives très inquiétantes pour 2010. En 2008, le BTP était le secteur économique le plus dynamique de La Réunion, comment en est-on arrivé là ?

Le CER-BTP dans "BTP Conjoncture" de décembre 2009 donnait plusieurs explications à la chute considérable de l’activité du BTP depuis la fin 2008. Cette crise est en effet dû à des facteurs essentiellement spécifiques à notre île, et qui sont le résultat de décisions politiques. Les voici :
« - les conséquences de choix opérés à la suite des élections municipales 2008 : l’abandon d’un certain nombre de projets importants - dont le démarrage des travaux devait intervenir en 2009 – s’est traduit par une perte de l’ordre de 500 millions d’euros de travaux ;

- les atermoiements de la Loi de Programme pour l’Outre Mer, finalement votée et publiée en mai 2009, et dont les principaux décrets d’application n’ont été publiés que fin décembre 2009, prolongeant d’autant l’attentisme des investisseurs,

- la crise financière qui a touché tous les secteurs économiques, dont celui de la construction,

- la loi de Finances 2009 et le plafonnement des “niches fiscales” à l’IRPP, dont certaines concernant spécifiquement l’Outre-Mer,

- la “loi Scellier” et l’instauration d’une nouvelle réduction d’impôt dite “Carrez-Scellier”, que certains promoteurs métropolitains n’ont pas hésité à qualifier de “Girardin inversé”, et qui dès le début 2009, a fortement concurrencé les dispositifs de la loi Girardin, toujours en vigueur,

- les mouvements sociaux qui, après avoir pris naissance aux Antilles, se sont développés à La Réunion, et dont la médiatisation au plan national a une nouvelle fois entaché l’image des DOM et par le fait accentué la défiance des investisseurs potentiels. »

Ces décisions politiques trouvent donc leur origine à La Réunion, où de nouvelles équipes ont cassé des projets prêt à démarrer : Pôle Océan, Zénith, Rocade du Tampon… Mais le pouvoir central porte aussi une lourde responsabilité car il a totalement remis en cause sa politique d’aide à la construction de logements. Il a en effet coupé la défiscalisation qui a permis de faire sortir en quelques années des dizaines de milliers de logement à La Réunion sans qu’il ne propose une mesure équivalente applicable immédiatement.

«  Désastres sociaux  » en 2010 ?

« Depuis plus d’un an, le secteur du BTP est ainsi touché par une très grave crise d’activité qui a conduit à la perte en 2009 de plus de 6.000 emplois directs et sensiblement autant d’emplois indirects », estime la FRBTP. Le résultat, c’est que « des centaines d’entreprises sont au bord de l’asphyxie économique et financière et le nombre des liquidations judiciaires s’accroît de semaine en semaine. L’aggravation du chômage, largement imputable au marasme de la construction, frappe un nombre grandissant de familles durement éprouvées, voire économiquement sinistrées et le risque est grand d’assister en 2010 à des désastres sociaux ».
Dans un prochain article, il sera plus particulièrement question des perspectives. Force est de constater que de nouvelles décisions politiques peuvent aboutir à casser un outil indispensable au développement de notre pays. En effet, comment faire pour construire les 200.000 logements nécessaires à la résorption de l’habitat insalubre et à l’accompagnement de l’accroissement démographique si l’outil BTP ne cesse de perdre des emplois ?
Ceux qui aujourd’hui sont les démolisseurs des chantiers sont aussi ceux qui condamnent des familles au bidonville.

(à suivre)

M.M.


Une perte de 7.320 emplois

2008 2009 Variation
Effectifs des salariés déclarés à la Caisse de Congés Payés du BTP : 23.900 19.740 - 17,4%
Effectif moyen par entreprise employeur : 6,9 salariés 6,5 salariés

En effectif moyen sur l’ensemble de l’année, et comparativement à l’année 2008, l’année 2009 se solde par la perte de 4.160 salariés.

Comparativement au niveau le plus élevé de l’emploi dans le BTP, atteint en septembre 2008 avec 25.050 emplois directs, le niveau de l’emploi en décembre 2009 – soit 15 mois plus tard – se traduit par une perte de 7.320 emplois.


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