Actualités

« C’est le sens de notre combat commun »

Seconde partie du discours de François Hollande à Saint-Louis avec les dirigeants du P.C.R.

Témoignages.re / 30 avril 2012

Après une première partie parue dans notre édition de samedi, "Témoignages" continue à publier le texte intégral du discours exceptionnel et à dimension historique prononcé le 1er avril dernier à Saint-Louis aux côtés de plusieurs dirigeants du Parti communiste réunionnais. Dans cette première partie, où il a notamment fait un éloge très fort des militants et des responsables de cette organisation politique, il a aussi souligné l’importance du contrat qu’il a signé avec les Réunionnais pour la réalisation de leur projet spécifique en faveur du développement durable. Et il avait conclu : « J’aurai toujours besoin et de votre enthousiasme et de votre engagement et aussi de vos exigences, parce que je n’ai pas le droit de décevoir. Moi je ne ferai pas de promesses que je ne tiendrai pas ». Voici la seconde partie de cette allocution très importante de François Hollande, où il revient précisément sur ses promesses. Les inter-titres sont de "Témoignages". La troisième et dernière partie du discours sera publiée mercredi.

En 2007, il m’a semblé qu’il y avait un candidat — il a d’ailleurs été élu — qui en avait promis et promis beaucoup. Je l’appelle "le grand prometteur". Comment vous l’appelez, vous ?
« Le petit donneur » … !
"Le petit donneur", eh bien voilà ! Cela ne veut pas dire qu’il faut être un petit prometteur pour être un grand donneur, mais il faut tout simplement avoir le respect des engagements. C’est la règle dans une démocratie.

Continuer ma tâche

Tout à l’heure, un de mes concitoyens me disait : « Il faut respecter les promesses ». Je je lui disais : bien sûr ! Et d’ailleurs, il y a une façon d’avoir ce rappel : c’est quand un candidat, qui a promis et a été élu, vient de nouveau briguer un mandat, eh bien, c’est de le renvoyer là où il n’aurait pas dû s’échapper.
À la limite, il faudrait aller plus vite. Il faut lui laisser le temps quand même, il faudra lui laisser le temps, 5 ans ce n’est pas si long. Mais au bout de 5 ans, moi je demande aussi — s’il m’arrivait cette chose heureuse et bienvenue d’être élu au mois de mai — de vouloir continuer ma tâche.

Des engagements pris avec nos amis du P.C.R.

Je vous demanderai de me juger sur deux engagements : est-ce que j’ai fait mieux pour les jeunes en 5 ans et est-ce que j’ai été juste dans les décisions ? Et si je ne l’ai pas été, alors, ne continuons pas ensemble.
Et si vous pensez que le candidat de 2007 a tenu ses engagements, accompagnez-le pour cinq ans de plus. Je ne crois pas que ce soit votre intention. Ça ne m’avait pas échappé.
Donc, avec nos amis du Parti Communiste Réunionnais, j’ai pris des engagements. Le premier c’est de promouvoir l’emploi, toutes les formes d’emplois. Emplois aidés et, bien sûr, parce que c’est la première réponse mais elle ne suffit pas, emplois du secteur public. C’est nécessaire et notamment pour tout ce qui est lié à l’environnement, à la production d’énergie, mais aussi aux services à la personne, où il y a tant de besoins pour l’enfance et pour aussi le vieillissement, l’indépendance.

Les engagements sur l’autonomie

J’ai pris les engagements sur l’autonomie. Cette île doit retrouver son autonomie énergétique, au-delà de l’hydraulique. Nous devons mettre la priorité sur le renouvelable.
C’était le sens de mon déplacement ici à Saint-Louis, où il y a une entreprise remarquable qui relie la production énergétique mais également l’agriculture, qui permet donc d’avoir des produits, des fruits, des légumes mais en même temps d’avoir une capacité de production d’électricité.
Donc nous avons là tout ce qu’il nous faut pour le développement de cette île. L’autonomie ; autonomie énergétique, autonomie alimentaire.

Il nous faudra aller vers le tram-train

Je suis aussi conscient que avez un besoin de désenclavement. Vous avez besoin d’infrastructures. Vous souffrez plus que d’autres régions de France et d’Outre-mer de ce problème des prix des carburants. Ce qui a justifié un mouvement qui s’est produit au mois de février.
Eh bien oui, il nous faudra aller vers le tram-train. C’est un projet que vous avez lancé et il appartiendra au prochain président de lui donner toute sa place.
J’ai appris que les crédits qui étaient initialement prévus pour ce grand projet ont été captés, peut-être même pour distribuer des subventions, créer des emplois aidés. C’est-à-dire qu’on a utilisé les dépenses prévues pour les investissements, pour le fonctionnement. Et aussi pour la préparation de ce projet de route du littoral.
Oh, je me doute que le candidat sortant qui vient vous voir jeudi, je ne sais si vous le rencontrerez… il n’a pas de chance ; enfin, si vous lui chantez la chanson de tout à l’heure, j’imagine qu’il ne prendra pas votre direction. Mais il annoncera sans doute qu’il va mettre je ne sais quel crédit sur cette infrastructure, alors qu’elle aussi était tant différée et que l’État en plus s’est effacé, s’est désengagé.

Une réalité terrible

Et regardez ce qui s’est produit après le mouvement du mois de février. Ce n’est pas l’État qui a compensé le blocage des prix, c’est la Région, c’est le Département, c’est vous qui avait payé en définitive ce que l’État aurait dû vous apporter. Eh bien, je mettrai un terme à cette solidarité à rebours. C’est vous qui permettez de financer ce que l’État, l’Hexagone, devrait vous apporter.
J’ai également conscience — et je le dis bien au-delà de La Réunion, bien au-delà de Saint-Louis —, ayant voyagé dans tous les territoires, m’étant déplacé partout en Outre-mer. J’ai eu devant moi cette même réalité, elle est terrible : c’est la jeunesse qui aujourd’hui est abandonnée, reléguée.
60% des chômages chez les jeunes en Outre-mer, partout, et avec tout ce qui peut découler, déboucher d’une situation aussi grave. Quand une génération, qui a pourtant fait l’effort, pour une partie d’entre elle, de se former, de se qualifier ne trouve pas l’emploi, et quand une autre, qui s’est mise en rupture, ne croyant plus à l’École de la République, est hélas sans emploi, sans formation, sans qualification, sans avenir, mais qu’est-ce qui peut se produire ?

L’avenir de la jeunesse

Le plus grave — et je là parle non pas en candidat mais en responsable politique, je suis parlementaire, je suis élu d’un Département, je préside un Conseil général, j’ai derrière moi des années de vie publique, j’ai connu un certain nombre de défis — et là c’est peut-être le plus important, pas simplement pour l’Outre-mer, pour toute la France. Est-ce que nous pouvons admettre qu’une partie de notre pays, celle qui devrait être sa force vive, son renouvellement, puisse être à ce point désespérée ?
Je vois ce que cette configuration peut générer le pire, la violence, la sécurité, la capacité de vivre ensemble, la résurgence de conflits. Et c’est face à ce grand enjeu, que j’ai voulu mettre la campagne présidentielle, la mienne, sur le seul sujet qui me paraît l’emporter sur tous les autres : l’avenir de la jeunesse, la place de la jeunesse, l’École de la République, la formation, l’accompagnement, le suivi, l’emploi des jeunes, c’est le sens de notre combat commun.

(à suivre)


Kanalreunion.com