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Carrières : la parole donnée par Didier Robert respectée ?

Après la décision du Conseil d’État, la Région Réunion au pied du mur

Manuel Marchal / 20 juin 2015

Le Conseil d’État a choisi de valider hier la modification du Schéma départemental des carrières, ouvrant la voie à l’exploitation du gisement de galets de Bois-Blanc. Sous la pression de la mobilisation populaire et d’un probable revers judiciaire, Didier Robert a manoeuvré en déclarant qu’il allait demander la suspension du Schéma départemental des carrières. La décision est tombée, Didier Robert va-t-il respecter la parole donnée, en suspendant tous les projets d’exploitation de nouvelle carrière dans l’attente d’une étude d’impact environnemental approfondie ?

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Le 7 juin dernier, plus de 4.500 personnes avaient obligé Didier Robert à manoeuvrer en déclarant qu’il voulait la suspension du nouveau Schéma départemental des carrières. Le président de Région va-t-il tenir sa parole ?

Une fois n’est pas coutume, le Conseil d’État a choisi hier de ne pas suivre l’avis de son rapporteur public. Ce dernier demandait la suspension du Plan départemental des carrières. Les juges ont décidé de maintien de cet arrêté préfectoral. Ils n’ont pas statué sur le fond, mais ont pris cette décision en fonction d’un vice de forme. Le recours demandant la suspension n’a pas été fait dans les délais, jugent-ils.

Ce Schéma départemental des carrières est un document permettant aux partisans de la route en mer d’ouvrir l’exploitation de nouveaux gisements de roches. En effet, les travaux préparatoires du chantier de la nouvelle route du littoral ont démarré sans que la matière première ne soit disponible. Les carrières actuelles sont bien insuffisantes pour répondre aux besoins. Même le dangereux recours aux andains n’arrive pas à compenser la pénurie. C’est pourquoi les promoteurs du projet de Didier Robert avait mis la pression pour que l’État modifie le Schéma départemental des carrières afin de poursuivre leur funeste projet. Le précédent préfet a donc pris dans l’urgence un arrêté le 18 avril 2014, passant outre l’évaluation de l’impact environnemental d’une telle décision, puis a validé la modification du Plan départemental des carrières dans un arrêté daté du 26 août 2014.

Un recours a été formulé contre l’arrêté dispensant le nouveau Schéma d’études environnementales préalables. Il est arrivé jusqu’au Conseil d’État, la juridiction administrative suprême en France. Lors de l’audience, le rapporteur public a demandé la suspension de l’arrêté modifiant le Schéma départemental des carrières. Hier, le Conseil d’État a été à l’encontre de ces conclusions, allant dans le sens du défenseur qui n’est autre que la Région Réunion.

Montée en puissance de l’opposition

La procédure judiciaire s’est déroulée sur fond de montée en puissance de la contestation contre le projet de Didier Robert. En effet, pour construire une route en mer, il sera nécessaire d’exploiter des carrières dans toutes les régions de La Réunion. Toute l’île sera impactée négativement pour la construction d’une route de seulement 12 kilomètres reliant deux villes dans le Nord de La Réunion.

Le 30 mai dernier, un collectif s’est créé pour refuser l’ouverture d’une carrière à Bois-Blanc. Le projet prévoit de creuser plusieurs dizaines de mètres dans la terre sur une superficie de plus de 50 hectares. Des tirs d’explosifs sont même prévus à proximité de la route des Tamarins, ce qui nécessiterait de fermer temporairement la route construite sous la mandature de Paul Vergès. Se pose aussi la question de savoir si la route des Tamarins pourra résister à un tel traitement qui n’a pas été prévu par ses architectes. Or, la route des Tamarins est un axe indispensable de désenclavement de plus de la moitié de la population réunionnaise. Sa fermeture ramènerait La Réunion 20 ans en arrière, condamnant l’Ouest de l’île à la paralysie pour cause d’embouteillage permanent.

Le 7 juin dernier, la mobilisation initiée par le collectif Touch pa nout roche a rassemblé plus de 4.500 opposants à la carrière de Bois-Blanc. Parmi eux, certains affichent la même motivation que les militants qui ont transformé les terrains projetés pour l’aéroport de Notre-Dame des Landes et pour le barrage de Sivens en zone à défendre.

Didier Robert tiendra-t-il sa parole ?

Sous la pression, et dans la perspective de la confirmation par le Conseil d’État des conclusions du rapporteur public, Didier Robert a reçu une délégation du collectif Touch pa nout roche. Dans la foulée, il a demandé la suspension de l’arrêté préfectoral modifiant le Schéma départemental des carrières, et donc autorisant l’exploitation de nouveaux gisements de galets pour la route en mer.

Cette déclaration est importante, car comme le rappelle l’arrêt du Conseil d’État d’hier, c’est la Région Réunion qui est à l’origine de la demande de modification du Schéma départemental des carrières, et c’est à ce titre qu’elle est intervenue dans la procédure judiciaire pour défendre l’arrêté préfectoral attaqué.

Le Conseil d’État a pris une décision qui place Didier Robert au pied du mur. Le président de la Région Réunion va-t-il respecter la parole donnée ?

Grande mobilisation dimanche

Il a en effet le pouvoir de stopper tous les nouveaux projets de carrière, car il est le maître d’ouvrage d’un projet qui a provoqué cette modification du plan départemental. Difficile de croire qu’il ne puisse pas imposer aux entreprises concernées de suspendre leurs activités dans ce domaine dans l’attente d’une évaluation environnementale approfondie de l’impact de l’exploitation des nouvelles carrières.

C’est pourquoi la mobilisation annoncée dimanche à l’Étang Salé prend une nouvelle signification. Elle ne célébrera pas une première victoire judiciaire sur le projet de route en mer, mais elle sera sans doute une nouvelle étape dans le renforcement du rassemblement pour faire empêcher une catastrophe environnementale, sanitaire et économique.


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