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Changer de politique pour sortir de la crise

Restitution nationale des Etats généraux de l’Outre-Mer

Témoignages.re / 3 octobre 2009

Lors de la restitution nationale des Etats généraux de l’Outre-Mer le 1er octobre 2009 au Sénat, Gélita Hoarau, sénatrice de La Réunion, est intervenue en tant membre de la mission d’information sur la situation des DOM. Voici son discours.

« La durée et parfois la violence des évènements ayant secoué les DOM ont révélé l’ampleur du malaise qui affecte d’une part nos économies et d’autre part les classes les plus défavorisées, ainsi que les catégories sociales ayant un travail et, c’est plus récent, la couche moyenne.
Aujourd’hui, deux constats sont unanimement partagés : l’un sur la gravité de la crise, l’autre sur l’inefficacité des réponses apportées jusqu’à présent.
Je n’insisterai pas sur la gravité de la crise, tout le monde a en tête le nombre de chômeurs, de demandeurs de logement, d’illettrés, de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, d’entreprises qui déposent le bilan.
Quant aux réponses à la crise mises en œuvre jusqu’à présent, elles ont montré qu’elles ont atteint leurs limites et ne permettent plus d’envisager une sortie d’une crise aussi grave. Tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale conviennent désormais qu’il faut changer de politique.
Cette évidence est également partagée par le Chef de l’Etat qui a donc proposé la tenue d’Etats généraux pour l’Outre-Mer et le gouvernement qui les a mis en œuvre.
Pour notre part, nous nous y sommes pleinement investis. En qualité de membre du Sénat, d’une part, au sein de mon organisation politique, d’autre part, nous avons contribué aux huit ateliers.
De nos propositions, il ressort quelques grandes orientations que je résumerai brièvement.

Priorité à la création d’emploi et à la construction de logements

D’abord, des mesures immédiates pour répondre aux attentes des plus démunis en termes de création d’emplois, de demandes de logement et de l’amélioration du niveau de vie.

- La création de deux grands services, l’un pour faire face aux risques environnementaux et pour sauvegarder la biodiversité, l’autre pour l’aide à la personne (personne âgée, handicapée, petite enfance) est, selon nous, une piste à suivre pouvant créer rapidement des milliers d’emplois.

- La mise en œuvre d’un plan d’urgence de construction de logements doit être une priorité.

- Concernant l’amélioration du niveau de vie, les conclusions de l’atelier sur les prix ainsi que celles de la mission parlementaire doivent être mises en œuvre. Mais je pense qu’en plus de cela, on n’atteindra une baisse significative et durable des prix des marchandises que lorsque l’on s’orientera résolument vers des échanges Sud-Sud en s’approvisionnant au plus près et en rompant avec le colbertisme qui a toujours marqué nos échanges commerciaux.

- Avec les prix, les revenus conditionnent aussi le niveau de vie. Or, l’existence dans les DOM de bas revenus, de revenus indexés, de minima sociaux, etc… montre qu’il n’existe pas une politique harmonieuse des revenus chez nous, ce qui est incompatible avec un projet de développement durable.
Sur ce plan, la mission du Sénat apporte une contribution à propos des revenus dans la fonction publique. Il serait intéressant que les Etats généraux se positionnent sur cette question.

Relever les grands défis du monde

En plus de ces mesures immédiates que j’ai rapidement énumérées, il nous faut ensuite se mettre en capacité de relever les grands défis du monde, tels qu’ils se posent chez nous :

- les changements climatiques et leurs conséquences

- la crise énergétique

- la crise alimentaire

- la globalisation des échanges commerciaux

- la crise économique et financière

- la progression démographique

- etc…

Il nous faut inventer un type de développement créateur de richesses et d’emplois, respectant notre environnement et notre identité culturelle.
C’est la raison pour laquelle nous prônons un projet qui vise notamment l’autonomie énergétique à l’horizon 2025. Ce qui rejoint d’ailleurs les ambitions de l’Etat exprimées dans le GERRI et le projet “Ile verte” de La Réunion Économique.
Nous devons aussi viser l’autosuffisance et la sécurité alimentaire, en coopération avec nos voisins.
La politique de grands travaux (route du littoral, prolongement de la route des Tamarins vers le Sud, tram-train…) doit aboutir sans tarder.
Cette politique de grands travaux répond non seulement aux exigences du déplacement et de l’aménagement du territoire, mais en plus elle représente un gisement d’emplois considérables pour les travaux publics et le bâtiment.
Rappelons que la route des Tamarins a mobilisé, pour sa construction, plus de 3.000 emplois directs et indirects. La fin de ce chantier, liée à d’autres considérations, fait que le secteur du BTP connaît désormais une grave crise.
Un projet de développement durable doit comporter un projet identitaire et je me réjouis que l’atelier culturel ait retenu pour La Réunion le projet de la MCUR (Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise).

Des propositions pour mettre les DOM sur la voie du développement durable

En plus de cela, face à nos économies traditionnelles en crise ou menacées (je pense à l’échéance 2014 pour le règlement communautaire du sucre et de la banane, au maintien ou pas à leur niveau actuel des aides européennes, au devenir de l’octroi de mer, etc…) face à ces secteurs en crise, il nous faut nous orienter résolument vers ce qu’il est convenu d’appeler l’économie de la connaissance dans les domaines des énergies renouvelables, de la santé, de la formation, du numérique, de l’ingénierie des services aux entreprise et à l’administration, etc… qui doit devenir pour nous des pôles d’excellence. Telles doivent être nos priorités pour faire face à la crise et aux accords de Partenariat économique que l’Union Européenne est en train de passer avec les pays ACP voisins de La Réunion.

Faire des propositions pour sortir chacun de nos DOM de la crise et pour les mettre sur la voie du développement durable, du développement endogène ; c’est un appel à la responsabilité. Chacun et chacune doit apporter sa contribution. C’est ce que je fais présentement.
Dès lors qu’un projet est arrêté collectivement, se pose alors le problème de sa mise en œuvre, autrement dit, la question de la gouvernance.
Que faut-il proposer pour que les Réunionnais mettent en application eux-mêmes un plan qu’ils ont eux-mêmes élaboré ?
A cette question, il y a deux attitudes possibles :

- soit on ne propose rien et on s’en remet aux décisions que prendront les métropolitains pour les régions et départements de Métropole. Ce repli sur ce qu’on appelle le Droit Commun, sans connaître exactement son contenu (tout en exigeant des dérogations multiples, qui vident le Droit Commun de son sens), ce repli ne peut s’interpréter que comme un refus de prendre ses responsabilités. Or, refuser de le faire, c’est inciter d’autres à le faire à notre place.

- soit, au contraire, on se saisit de l’occasion qui nous est offerte par ces Etats généraux pour tout mettre à plat et discuter entre nous sans tabou, comme disait Monsieur le Président de la République, sans arrière pensée, des moyens à mettre en place pour élaborer ensemble une tâche qui me parait exaltante : le développement durable de La Réunion.
C’est cette solution, Madame la Ministre, Monsieur le Préfet, que j’aurais préférée.

Je vous remercie de votre attention. »


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