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Chômage : les candidats déclarés aux Régionales bien silencieux

Plus de 178.000 demandeurs d’emploi à La Réunion

Manuel Marchal / 29 juillet 2015

En juin dernier, plus de 178.000 Réunionnais étaient inscrits à Pôle emploi. Cela fait plus de 24 heures que ces chiffres sont publics. Devant cette catastrophe, les candidats aux régionales déjà déclarés devraient monopoliser l’attention des médias pour présenter leurs propositions crédibles de lutte contre le chômage. Pourquoi tardent-ils tant à le faire ?

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Vouloir prendre le pouvoir à la Région est une chose, mais pourquoi faire ?

Mardi soir, Pôle emploi a publié les derniers chiffres du chômage. Ils datent du mois de juin. Ils annoncent plus de 178.000 Réunionnais à la recherche d’un travail. En France, la publication des dernières données de Pôle emploi a donné lieu à de nombreux commentaires. Le président de la République a même pris position. Il a dit qu’il ne sera candidat en 2017 qu’à condition que le chômage baisse en 2016. L’élection présidentielle a lieu dans un peu moins de 2 ans, et le chef de l’État place la question de l’emploi au centre du débat.

À La Réunion, la situation du chômage est bien plus grave qu’en France. Dans 5 mois, une autre élection aura lieu. Mais déjà des personnes sont candidates à des postes d’élus. Certains même disent qu’ils veulent présider la Région Réunion. La Région est la collectivité qui a la responsabilité de la planification économique. Le vote définitif de la loi sur la réforme territoriale renforce ses compétences. La moindre des choses aurait donc été que ses candidats s’expriment pour au moins afficher leur solidarité avec les chômeurs, et qu’ils annoncent leurs propositions détaillées et financées pour réduire le chômage à La Réunion. À 5 mois de l’élection régionale, tout programme de n’importe quel candidat crédible déjà en campagne doit en effet comporter ces précisions élémentaires. À quoi bon prendre le pouvoir si on a rien à dire ou à proposer sur le problème numéro un des Réunionnais ?

Une question 100 % politique

Les 5 dernières années ont en effet montré le rôle important que joue la Région dans l’emploi à La Réunion. Quand les adversaires de l’Alliance décident de faire gagner Didier Robert, ils n’ignorent pas que ce dernier s’est déjà illustré dans la démolition de projet. Il avait en effet choisi de stopper le chantier de la rocade Sud au Tampon. 100 millions d’euros étaient disponibles pour construire une route qui allait régler les problèmes d’embouteillage au Tampon. Il a décidé de tout arrêter, aggravant la situation de sa commune, des usagers qui traversent le Tampon. Mais plus grave, c’est le signal donné à d’autres décideurs qu’il est possible de casser des projets. La conséquence immédiate est de plonger ou maintenir des travailleurs dans le chômage. Ces derniers sont alors à la merci d’élus peu scrupuleux qui utilisent leur pouvoir d’embaucher des emplois aidés pour tenter de se maintenir.

À son arrivée à la tête de la Région Réunion, Didier Robert a continué ce qu’il a fait au Tampon : démolir les projets. Sous sa direction, les Réunionnais ont subi entre autres l’arrêt du tram-train, l’abandon du projet Perben de nouvelle route du littoral, la mise au placard de la couverture de la route des Tamarins par des centrales photovoltaïques et le coup d’arrêt au plan régional de constructions de lycées.

Pour compenser tout cela, les démolisseurs ont tout misé sur une improbable route en mer, condamnée par avance par l’élévation du niveau de l’océan Indien à 6 mètres au cours du siècle.
Cette politique de démolition à grande échelle a été très coûteuse pour La Réunion. Elle se traduit dans les chiffres du chômage.

La Région, levier de l’emploi ou du chômage

Ceci rappelle le rôle décisif que la Région joue en termes de créations ou suppressions d’emploi à La Réunion. Personne ne peut aujourd’hui ignorer que si la majorité régionale avait continué les projets d’intérêts général commencés sous l’ancienne mandature, les Réunionnais pourraient aujourd’hui se déplacer en train. Ils auraient peut-être même pu circuler sur le premier tronçon de la route Perben. La mise en service du train aurait donné un travail durable à de nombreux Réunionnais. Rappelons que l’ancien chemin de fer employait plus de 1.700 cheminots. La poursuite de la politique d’autonomie énergétique aurait aussi permis la création de milliers d’emplois.
La dynamique aurait alors été inversée, ce qui aurait fait de La Réunion l’exemple d’un pays où la courbe du chômage a changé d’orientation.

Mais d’autres choix ont été effectués. Ils sont responsables de la hausse du chômage et de l’appauvrissement de la population. Cela crée un terreau fertile au développement de toutes sortes de clientélisme.

Qui a intérêt à l’abstention ?

À 5 mois des régionales, le silence des candidats déjà déclarés aux régionales sur l’aggravation du chômage n’est pas un bon signe pour le débat démocratique. Elle est de nature à favoriser le rejet du processus électoral par les abandonnés du système. Quelle serait alors la légitimité d’une assemblée élue par une minorité ? Quels seront les moyens utilisés par la majorité pour se faire entendre ?


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