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Chute brutale des investissements de la Région

Derrière les annonces, les raisons de l’inquiétude

Manuel Marchal / 29 juin 2010

L’an dernier, la Région a réalisé 573 millions d’euros d’investissements sur un budget de 831 millions d’euros, soit une proportion de 68%. Cette année, le "plan de relance exceptionnel" de la nouvelle direction de la collectivité, ce sont au mieux 300 millions d’euros, soit 273 millions d’euros de moins que ce qui a été fait l’an dernier. Cette baisse sans précédent des investissements de la Région est très inquiétante, car ce sont les investissements qui créent des emplois pour les Réunionnais à La Réunion.

Malgré la crise, la Région avait toujours su être un rempart. Entre 2001 et 2008, elle avait été le rempart face à un gouvernement dont les représentants détenaient la plupart des Mairies et la majorité du Conseil général.
Et depuis 1998, la Région est le rempart contre les effets de la crise qui touche notre pays. Elle a en effet concrétisé une décision politique : priorité à l’investissement. Il s’agit de préparer La Réunion du million d’habitants en 2025, tout en contribuant à l’activité économique. Et incontestablement, la Région est devenue le chef de file des collectivités réunionnaises en matière d’investissement. La règle, c’est celle des deux-tiers un-tiers décrite ainsi par Camille Sudre : les deux-tiers des dépenses pour l’investissement, c’est ce qui crée de l’emploi, et un tiers pour le fonctionnement de la Région.
Cette proportion a été respectée tout au long des deux mandats de l’équipe conduite par Paul Vergès. Et cela malgré des transferts de compétence qui ont augmenté de manière importante l’effectif des agents de la Région, et donc les dépenses de fonctionnement.

Un banquet pour 1.000 personnes

L’année 2009 a été une illustration de cette politique. Sur un budget de 831 millions d’euros, 573 millions ont été engagés dans les investissements, c’est une proportion de 68%.
De telles décisions politiques sont un signal important, surtout en pleine crise. Elles signifient que la Région décide d’assumer pleinement son rôle de moteur de la commande publique. L’an dernier, ce sont donc plus d’un demi-milliard qui ont été injecté dans l’économie réunionnaise touchée par une crise aggravée. Ces fonds ont permis notamment de terminer la Route des Tamarins et la déviation de Grand-Bois, de lancer les chantiers de la déviation de Saint-Joseph et du nouveau pont de la rivière Saint-Etienne.
Juste avant l’aggravation de la crise, la Région avait négocié avec l’État le financement de deux grands chantiers, le tram-train et la route du littoral, tandis que la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise devait commencer à sortir de terre cette année.
Mais le changement de direction à la Région a cassé cette dynamique. La première décision est un symbole. Alors qu’il n’était pas encore investi à la présidence, Didier Robert a organisé un banquet pour 1.000 personnes avec fanfares et samoussas payés par la Région. Puis le reste a suivi. Lors de la première séance plénière, c’est l’annonce de l’arrêt de la MCUR. Les 60 millions économisés pour le chantier sont redistribués dans des projets loin d’être en phase de réalisation. Et les annonces de distribution se multiplient : ordinateurs, billets d’avion… ce qui n’est pas de l’investissement mais du fonctionnement.

Un signal très inquiétant

L’assemblée plénière suivante signe l’arrêt du projet de nouvelle route du littoral sur 4 voies et son remplacement par un projet sur 6 voies, ce qui entraine immanquablement un retard dans le lancement du chantier. Pas avant 2013 si tout va bien. Entre temps, le président de la Région s’est rendu à Paris pour demander l’arrêt du tram-train. Ce chantier de 1,6 milliard d’euros devait démarrer cette année, il est annulé, tout comme l’a été la rocade du Tampon.
Avec de telles coupes, les investissements de la Région se résument à ce qui était prévu par l’ancienne majorité moins la MCUR et le tram-train. Le résultat de cette soustraction, c’est un recul sans précédent des investissements. Le "Grand plan régional de relance de l’activité économique" ne correspond qu’à peine à la moitié des investissements réalisés l’an dernier, soit 300 millions à comparer à 587 millions.
Voilà la vérité sur le budget de la Région, et au moment où le pays connaît une très grave crise, le signal donné par la collectivité qui a la responsabilité d’être le chef de file en matière de commande publique est très inquiétant. Car la Région cesse d’être le rempart des Réunionnais contre l’aggravation de la situation.

Manuel Marchal


Un "plan de relance" 25% en dessous des investissements minimums

Le 29 janvier, les élus de la majorité précédente avaient voté un budget prévoyant 392 millions d’euros, ce sont les investissements courants hors grands chantiers. Si le nouveau président de la Région tient ses promesses en réalisant 300 millions d’euros d’investissements, ce plan de relance "exceptionnel" est en réalité une baisse de 25% des investissements courants, et donc une baisse de 25% des dépenses a minima engagées par la Région pour créer des emplois pour les Réunionnais.


Le bluff des 3 milliards d’investissements prévus en 4 ans

Dans une publicité, la nouvelle équipe de la Région annonce « un engagement de trois milliards sur le mandat » 2010-2014. Dans ces trois milliards figure « la nouvelle route du littoral 1,6 milliard d’euros ».
Mais lors de la dernière séance plénière de la Région et dans ces conférences de presse, Didier Robert annonce que le chantier de la nouvelle route du littoral commencera en 2013.
Comme il y a fort à parier que la route du littoral à 6 voies en pleine mer ne sera pas construite en 1 an, les 1,6 milliard d’euros doivent être enlevés des « grands chantiers 2010-2014 ». Il ne reste donc plus que 1,4 milliard d’euros si tout va bien, soit à peine 300 millions d’euros par an. C’est beaucoup moins que l’ancienne équipe.


Le concret des 2,7 milliards d’investissements en 5 ans réalisés par l’ancienne équipe

Entre 2004 et 2008, un programme d’investissement de 2,010 milliards d’euros a été réalisé, soit une moyenne annuelle de 402 millions d’euros.
À cela s’ajoute les 573 millions de 2009. On arrive donc à un total de 2,6 milliards d’euros d’investissements sur la base des comptes administratifs de la Région, et tout cela sans augmenter les impôts, dont notamment la taxe sur les carburants.


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