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Combien de temps perdu ?

L’épuisement d’un modèle

Geoffroy Géraud-Legros / 2 février 2010

Dimanche dernier, les Guyanais et les Martiniquais se sont prononcés en faveur d’une Assemblée unique. Cette transformation institutionnelle marque une évolution majeure dans la gouvernance de ces deux collectivités d’Outremer. A La Réunion, chacun peut constater l’épuisement du même modèle… et mesurer le temps perdu au cours des dernières décennies.

La question de la gouvernance a été posée de manière constante et répétée dans les quatre "Vieilles colonies" devenues Départements d’Outremer à la suite de la loi du 19 Mars 1946. Pour Aimé Césaire, Raymond Vergès, Léon Bissol et Léon de Lépervanche, cette loi constituait une charte de la décolonisation. Dans leur esprit, la fin du statut colonial répondait à une revendication issue des luttes sociales de l’avant-guerre et à la terrible situation d’urgence dans laquelle se trouvaient alors leurs pays respectifs.
Le but était d’instaurer l’égalité entre les anciens colonisés et l’ancienne puissance coloniale. La volonté du du législateur de 1946 était clairement exprimée : l’égalité devait être instaurée outre-mer au 1e Janvier 1947. On le sait, la réalité fut tout autre : il fallut près de cinquante ans de combats acharnés pour obtenir la simple application de la loi. Au cours de ce demi-siècle un système économique, social et institutionnel s’est installé. Après de nombreuses alertes, les grands mouvements sociaux de février et de mars dernier en ont fait éclater le complet essoufflement.
A La Réunion, la question de la gouvernance a été l’enjeu central de la lutte politique de la fin des années 1950 jusqu’au début des années 1980. Longtemps, ce sujet a profondément divisé les Réunionnais, principalement du fait de doutes, de malentendus et d’incompréhensions, parfois sincères mais bien souvent voulues et attisées. Les lignes de ce conflit ont évolué : si l’Etat a longtemps été le promoteur d’une opposition "dure" aux solutions proposées par les Réunionnais, cette position a connu une évolution considérable avec la loi de régionalisation du 2 mars 1982.

Une opposition systématique

La mise en œuvre de la décentralisation à La Réunion et dans les autres D.O.M passait aux termes de la loi du 23 Novembre 1982 par l’instauration d’une Assemblée unique qui disposait : « Les affaires de ces territoires sont réglées par les délibérations d’une Assemblée, dénommée Conseil général et régional, qui exerce les compétences des conseils généraux et régionaux, tantôt en siégeant tantôt comme organe du Département, tantôt comme organe de la Région. Le Président du Conseil général et régional est l’organe exécutif du Département et de la Région ». On sait quel rôle joua Jean-Paul Virapoullé dans la vague d’opposition à ce mouvement, ainsi que dans l’intense lobbying en faveur du rejet de l’Assemblée unique. On se souvient aussi de la manipulation des symboles à laquelle se livra l’élu saint-andréen au cours de cette campagne jouant tant de la peur de l’indépendance que de celle du "largage".
Où en sommes-nous , plus d’un quart de siècle après cette querelle ? C’est aujourd’hui un gouvernement soutenu par Jean-Paul Virapoullé qui, après une explosion sociale sans précédent, "découvre" l’impasse du statu quo produit par un système hérité d’une évolution empêchée. Ce même gouvernement organise aujourd’hui dans deux départements d’Outremer des consultations où les populations ratifient le passage à l’Assemblée unique.
Pourtant, ni cette évolution au sommet de l’Etat, ni la sanction populaire des municipales de 2008 ne semblent avoir changé l’état d’esprit du principal animateur du mouvement contre l’Assemblée unique. Hier encore, l’ancien maire de Saint-André se permettait de donner des leçons aux Antillais à propos du passage à l’article 74. Il s’est fait bien plus silencieux depuis la ratification de l’Assemblée unique. Médite-t-il sur le temps perdu pendant ces presque trente années au cours des notre pays a accumulé les déficits ? Car c’est bien de temps perdu qu’il s’agit. Comment réagira-t-il désormais, alors que l’évolution historique pose plus que jamais la question de la gouvernance à La Réunion ?

Geoffroy Géraud-Legros


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