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Condamnés à être pauvres

Ce que prévoit le système pour la majorité des Réunionnais

Manuel Marchal / 20 novembre 2014

L’étude de l’INSEE sur l’évolution de l’inflation confirme la persistance des inégalités à La Réunion. Cette situation ne date pas d’hier, elle est dans les gènes du système qui domine la société réunionnaise.

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Photo Toniox

En 1978, la pauvreté faisait des ravages. La préfecture avait fait une étude sur l’état de l’indigence dans notre île. Le résultat était effrayant : plus de la moitié des Réunionnais dépendait alors de l’aide sociale pour survire. C’était 32 ans après l’abolition du statut colonial. Voici le commentaire de « Témoignages » en 1978 :

« Qu’on imagine un peu le fonctionnement de la démocratie en France si d’une part plus de trente et un millions de Français étaient assujettis à l’assistance publique et se trouvaient être l’objet des mêmes pressions, du même chantage à la misère qu’ici ? Et si d’autre part, à ces trente et un millions d’assistés, s’ajoutaient une bonne dizaine de millions d’autres Français devant leurs avantages au pouvoir et qui seraient eux aussi, mais d’une autre manière, l’objet de pressions. Après cela, on pourra toujours parler de « démocratie avancée », de libertés, etc. etc ».

36 ans après cette étude de la préfecture, l’INSEE vient de publier coup sur coup deux séries de données.
Tout d’abord, les Comptes économique définitif 1996-2010 révèlent que le PIB a doublé durant cette période, tiré par les transferts publics et la consommation.

Juste de quoi vivre

Ensuite l’étude de l’évolution des prix entre 1990 et 2013 a permis de constater que les fruits de cette croissance étaient bien mal répartis. Ce document permet de connaître la variation du pouvoir d’achat en fonction de la classe sociale. Entre 2002 et 2013, il s’avère que pour les travailleurs payés au SMIC ou en dessous, les hausses de revenus étaient légèrement au-dessus de l’inflation, ou même en dessous pour les Réunionnais contraints de vivre avec le RMI ou le RSA. Ce niveau de revenu est le maximum pour la majorité des Réunionnais. Il est à noter qu’à compter de 2009, les travailleurs payés en dessous de 1,4 SMIC ont eu droit au RSTA et au bonus COSPAR, aides directes ou indirectes de l’État pouvant augmenter le salaire de 150 euros. Il est donc clair que sans cette subvention, les salaires auraient augmenté moins vite que l’inflation. Ce constat pourra être vérifié cette année, car le RSTA et la prime COSPAR n’existent plus.

Même inégalités qu’en 1978

Et pourtant pendant les mêmes années, le pouvoir d’achat a augmenté en moyenne de 32 %. Comme il a stagné pour la majorité de la population, cela signifie que celui des plus riches a augmenté d’une valeur bien plus importante, bien au-dessus de 32 %.
Force est de constater qu’entre la situation de 1978 et aujourd’hui, les inégalités sont restées les mêmes. Témoignages soulignait alors que plus de la moitié de la population dépendait de la solidarité publique. Aujourd’hui, c’est la même proportion de Réunionnais qui est dans la précarité. Au cours de ces 36 dernières années, le PIB a été multiplié plusieurs fois. Cette richesse est restée concentrée dans quelques mains.

Système en faillite

C’est bien la démonstration que la structure de la société réunionnaise n’est pas au service de la lutte contre la pauvreté, à la différence de ce qui se passe dans des pays en développement qui deviennent émergents. Ce résultat est à rapprocher de la comparaison des revenus des différentes strates de la population entre La Réunion et la France. Si les 10 % les plus riches à La Réunion arrivent à égaler voire dépasser leurs homologues de France, les plus pauvres à La Réunion n’ont rien, comparé à ce que touchent les plus défavorisés en France.
La responsabilité de l’État est pleinement engagée dans cette faillite, car c’est à Paris que sont fixés la plupart des revenus à La Réunion, des plus pauvres aux plus riches. C’est le même pouvoir qui décide du tarif de l’énergie qui entre dans la composition du prix de tous les produits vendus à La Réunion.
Mis en place quand La Réunion comptait 250.000 habitants, ce système gère maintenant une société de près de 900.000 Réunionnais. Il est clair que ce modèle n’est pas adapté, car il ne peut pas faire respecter les droits fondamentaux des Réunionnais, dont celui à un revenu suffisant pour vivre dignement.


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