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Constat et propositions du Parti communiste réunionnais

Visite du ministre des Outre-mer demain

Témoignages.re / 12 juillet 2012

Pour étayer sa principale proposition faite au premier membre du gouvernement Ayrault en visite dans notre île demain, le Parti communiste réunionnais s’appuie sur une analyse de la situation à partir de laquelle sont formulées des mesures concrètes pour sortir de la crise.

Risham Badroudine

Un constat : l’urgence d’une ère nouvelle

Risham Badroudine a présenté les éléments d’aggravation de la situation. Ils expriment les limites du modèle du développement actuel, et l’urgence d’une nouvelle ère pour mettre La Réunion sur la voie du développement durable et solidaire.

Hausse du chômage
Le taux de chômage continue de progresser. La Réunion compte à présent 153.000 demandeurs d’emploi, un nombre en progression sur un an. Tout aussi révélateur est le taux d’emploi : 44% des Réunionnais ont un emploi, c’est 20 points de moins qu’en France, c’est le plus faible taux de tous les départements, et il ne bouge pas depuis plusieurs années. L’économie réunionnaise ne crée pas suffisamment d’emploi.

Récession et forte inflation
Le PIB de La Réunion a diminué. Notre pays a connu une période de récession : -2,7% en 2009 et -0,3% en 2010. L’arrêt des grands chantiers a représenté 2 points de croissance en moins en 2009, explique Risham Badroudine. Quant aux perspectives, il note que l’INSEE estime que l’incertitude prédomine.
Autre indicateur : notre île a connu 2,5% d’inflation en 2011. L’énergie et alimentation sont les postes qui ont tiré les prix vers le haut. Or, ces produits entrent dans une part importante dans les dépenses des plus pauvres. Ce qui signifie que les ménages au revenu les plus faibles sont les plus touchés de par leur structure de consommation.

De fortes inégalités
Un Réunionnais sur deux est dans une situation de pauvreté et plus de 150.000 Réunionnais sont contraints de vivre avec un des minima sociaux, c’est la conséquence de la pénurie d’emploi.
Risham Badroudine note également qu’un jeune sur deux sort du système scolaire sans dilplôme avant 25 ans, et 82% de ces jeunes sans diplôme au chômage. Cela constitue un révélateur des inégalités dans notre pays.
Ces inégalités se vérifient aussi sur le plan économique. Les 20% les plus riches ont la moitié des ressources monétaires tandis que les 20% les plus pauvres se contentent de 7%.

Hausse des émissions de gaz à effet de serre
Risham Badroudine rappelle que les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 13% l’année dernière. Désormais, la pollution se situe à 5,4 tonnes par habitant. La production d’énergie est la première responsable de ce bilan catastrophique avec 44% des émissions, devant le transport avec 38%. Sur ce dernier point, l’utilisation de la voiture individuelle représente 77% de parts pour les déplacements domicile travail, bien loin devant les transports collectifs.


Firose Gador

Propositions pour faire face à l’urgence sociale

Firose Gador a rappelé les propositions faites par le Parti communiste réunionnais pour faire face à l’urgence sociale provoquée par la gravité de la situation. Ces propositions ont été soutenues par le candidat Hollande lors de sa visite dans notre île durant la campagne de l’élection présidentielle.

Des milliers emplois dans l’environnement et l’aide à la personne
Firose Gador a tout d’abord fait un inventaire des différents dispositifs de traitement social du chômage : RSA, contrats aidés…
Elle explique que la mutualisation des crédits de toutes ces mesures peut créer une véritable dynamique. C’est la proposition de deux grands services d’intérêt général dans l’aide à la personne et l’environnement. En effet, d’une part les besoins de la population vont évoluer, avec en particulier le vieillissement qui fera doubler la part des retraités dans la population. D’autre part, notre environnement a un potentiel économique très riche si nous sommes capables de le préserver tout en le valorisant. Notre île a en effet été inscrite par l’UNESCO sur la liste du Patrimoine mondial. Ces deux services pourront pérenniser les emplois-aidés, et ils redonneront leur dignité à ces dizaines de milliers de Réunionnais pour qui sera mis fin à la répétition de longues périodes de chômage entrecoupées de brèves périodes d’emplois-aidés.

Gestion transparente de l’emploi aidé
La création de ces deux grands services va de pair avec une réforme totale de la gestion des contrats aidés. Firose Gador explique que la création d’une commission de gestion composée du Pôle emploi, des associations de chômeurs et des associations de quartier permettra d’arrêter avec les "contrats magouille".
Pour que cette proposition devienne réalité, le PCR demande au gouvernement de publier un décret rendant possible « une attribution loyale et impartiale des contrats aidés ».
Enfin, Firose Gador insiste sur la nécessité de revoir l’éligibilité à ces contrats. Trop de travailleurs privés d’emploi sont exclus de ces mesures sociales, alors que ces emplois pourront être un tremplin vers un travail durable.

6.000 logements sociaux neufs par an
25.000 familles sont en attente d’un logement social. Cela pose de très graves problèmes avec souvent deux ou trois générations obligées d’habiter ensemble sous le même toit. La promiscuité est aussi un indice de la précarité, alors que des moyens existent pour en sortir.
Firose Gador appelle à une politique de programmation de la construction de logements sociaux à La Réunion. Ces mesures seront financées d’abord par la subvention de l’État, la LBU, qui doit être le socle.
Pour répondre à la demande actuelle et future, un objectif de 6.000 logements par an pendant plusieurs années doit être tenu.

Casse des monopoles et jardins familiaux
Pour lutter contre la vie chère, la première mesure est de s’attaquer à la source du problème. Notre pays reste sous le joug de monopoles qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt du consommateur. C’est ainsi le cas dans la grande distribution, les produits pétroliers et le transport aérien.
Pour casser ses monopoles, le PCR demande une meilleure transparence sur les prix des produits qui entrent à La Réunion. Firose Gador indique que nous pouvons tout aussi bien nous fournir dans les pays de l’océan Indien plutôt que faire venir les marchandises d’Europe.
L’autre angle d’attaque des monopoles, c’est de permettre aux Réunionnais de produire eux-mêmes une partie de leur nourriture. Le PCR propose la création de jardins familiaux, pour que même ceux qui vivent dans un habitat collectif puissent avoir un lopin de terre à faire fructifier. Ainsi, ces familles pourraient faire pousser des légumes, avec un coût bien moins cher que si elle devait acheter le produit dans la grande distribution.


Yvan Dejean

Ouvrons une perspective avec les grands projets

Yvan Dejean est revenu sur les grands projets. Au-delà de la réponse à l’urgence sociale, il est tout aussi important de mettre en œuvre des grands projets qui éviteront justement au pays d’être la cible de la précarité.

Yvan Dejean a tout d’abord abordé l’autonomie énergétique. C’est une façon de penser qu’à travers cette orientation, La Réunion peut sortir de la prison du pétrole. Puis, il prend un exemple précis, celui des panneaux solaires. La construction, la pose et l’entretien de ces panneaux peuvent créer des milliers d’emplois. C’est aussi « la reconnaissance d’une industrie Made in Réunion ».
Vient ensuite l’autosuffisance alimentaire. Car à La Réunion, nous importons 50% des légumes consommés, 40% des volailles… cela montre que planteurs et éleveurs ont encore une importante marge de progression pour pouvoir nourrir la population, avec là aussi à la clé de nombreux emplois dans l’agriculture et l’agro-alimentaire.
Toujours à ce sujet, il existe un important potentiel dans la pêche. La Réunion ne réalise que 2% des prises dans l’océan qui l’entoure. « Ce qui est posé, c’est la responsabilité du Réunionnais dans la gestion des TAAF », précise Yvan Dejean.
Un autre point abordé est la bataille du rail. « C’est un chantier immense capable de donner du travail aux gens qui n’en ont pas », souligne-t-il en rappelant que tous les grands travaux ont eu lieu dans des contextes de crise. La construction d’un chemin de fer est « une solution évidente qui ne devrait même pas faire l’objet de polémique. C’est une solution de raison, car nous sommes étouffés par le tout-automobile ».


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