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Construisons une gouvernance libérée des pratiques coloniales

États-généraux : en avant le projet réunionnais —4—

Manuel Marchal / 16 octobre 2009

L’évolution du monde débouche sur un constat partagé par Paris et les collectivités réunionnaises : une nouvelle ère commence. Comment réussir à opérer les changements structurels nécessaires à cette rupture ? La réponse à cette question passe par la recherche de convergences et de partenariats. C’est le moment d’enterrer dans les poubelles de l’Histoire les résurgences des pratiques coloniales qui ont fait tant de tort à tout le monde au cours des soixante dernières années.

Lorsque le 19 mars 1946 est promulguée la loi qui abolit le statut colonial de La Réunion, cela ne signifie pas que du jour au lendemain les pratiques coloniales n’existent plus. Il fallut tout d’abord un certain temps avant que le dernier gouverneur de La Réunion soit remplacé par un préfet.
Mais le changement de statut n’a pas empêché des représentants de l’État de se comporter comme des gouverneurs. La mémoire collective des Réunionnais est marquée par le passage dans notre île du préfet Perreau-Pradier.
Cette répression, dirigée par des gouvernements de gauche et de droite, allait atteindre le contraire de l’objectif fixé. La lutte pour le respect des libertés allait en effet rassembler au-delà des partis.
Que dire sinon que face à la dynamique de l’Histoire, la répression est un combat perdu d’avance qui a pour résultat de faire perdre un temps précieux à notre pays. Et au lieu de répondre à la crise de confiance, elle ne fait que l’amplifier. Quelle est en effet la crédibilité d’un pouvoir qui refuse de tenir compte du suffrage universel ?

Préparer l’avenir

Quarante ans ont passé, marqués par d’importantes avancées. Sur le plan de la responsabilité, la décentralisation a permis aux élus réunionnais de mener à bien des projets qui constituent les fondements d’une politique de développement adaptée à nos spécificités : énergies renouvelables, constructions de collèges et des lycées, équipements structurants et ouverture sur le monde.
Ce sont autant de projets qui préparent La Réunion à faire face à des changements sans précédent dans l’Histoire du monde.
La mondialisation est en effet en train de bouleverser totalement les rapports de force issus de l’époque de la colonisation. Elle implique une gouvernance différente, où il s’agit pour l’ancien dominant et l’ancien colonisé de discuter d’égal à égal, dans un esprit de partenariat. À l’échelle du monde, ce changement se manifeste par le remplacement du G7 par le G20. Dans l’Outre-mer, il se traduit par la décentralisation. L’État décide en effet de se recentrer sur des compétences que lui seul peut remplir, afin d’être plus réactif. Quant aux collectivités, elles ont la responsabilité de nouvelles compétences car leur proximité de la population doit permettre des politiques publiques plus efficaces, car plus adaptées.

Un changement culturel

Ce changement politique s’accompagne d’un changement culturel. À La Réunion, c’est la réappropriation de l’Histoire pour mieux construire l’avenir, à travers notamment la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. En France, la République regarde son passé colonial et vote une loi qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité.
Elle fait du 10 mai une date commémorative pour parler de ce passé et en tirer les enseignements.
On constate donc une convergence entre Paris et les collectivités. Cette convergence s’effectue sur la base d’un constat objectif : une nouvelle ère commence. La situation n’a plus rien à voir avec ce qu’était le monde en 1946. Cette nouvelle étape implique donc une gouvernance différente, libérée de toute résurgence des pratiques coloniales, qu’elles soient de gauche ou de droite. Penser en effet régler les problèmes en s’inspirant des recettes des années 50, c’est être totalement à contre-courant de l’Histoire, et c’est conduire à l’impasse.
Nous sommes en 2009, et c’est cette réalité de 2009 qui est prise en compte, lorsque le président de la République annonce un nouveau rapport avec l’Outre-mer basé sur le respect, tandis que les élus réunionnais lui proposent un projet pour aller vers le développement endogène.

(à suivre)

Manuel Marchal


Le vieux réflexe colonial face à la crise de confiance

En 1956, les Réunionnais ne pouvaient que constater la persistance des freins à l’égalité inscrite dans la loi qui devait s’appliquer depuis déjà 9 ans. Un large rassemblement se créé autour d’un projet alternatif, il sera confirmé dans les urnes. Les élections se déroulaient à la proportionnelle, et ne comprenaient qu’un seul tour. Plusieurs listes étaient en concurrence.
En un tour, la liste de rassemblement conduite par Paul Vergès et Raymond Mondon réunit plus de la moitié des suffrages, et obtient donc deux députés sur trois. La logique aurait voulu que Paris en tire les conséquences, ouvre le dialogue et prenne enfin les dispositions nécessaires pour l’application de l’égalité. Les moyens ne manquaient pas, la France était en pleine phase de prospérité, et la population réunionnaise était à peine de 300.000 habitants.
Au lieu de choisir cette voie du partenariat entre le gouvernement et les élus que les Réunionnais se sont choisis, Paris allait décider de faire taire toute expression démocratique à La Réunion, c’est le vieux réflexe colonial.
Et pour cela, le gouvernement de l’époque décida d’envoyer un préfet qui inspira et couvrira toutes les exactions. Les moyens de l’État étaient mis au service d’un objectif partisan : faire disparaître par la force toute représentation politique porteuse d’une alternative. Et pour être sûr du résultat, c’était la fraude électorale institutionnalisée. Il n’était pas rare qu’un candidat choisi par la préfecture soit élu avec 100% des suffrages, comme aux municipales de Saint-Benoît en 1965.


Quand les élus réunionnais sont traités de rats

Lors de la visite du Premier ministre, une banderole était déployée au bord de son itinéraire. Sur cette banderole était écrit que les élus sont des rats. Elle est restée plusieurs jours au bord du rond-point qui précède l’aéroport, afin que le Premier ministre ne puisse pas la manquer lors de son arrivée, et de son départ.
Les élus réunionnais ont donc été traités de tous les noms devant le préfet. Ceux qui ont planté cette banderole n’ont pas été inquiétés, et cela laisse donc à penser qu’à La Réunion, le fait d’insulter les élus que les Réunionnais se sont choisis est un acte banal.
Peut être serait-il intéressant de connaître le point du vue du président de la République sur cette déficience de la gouvernance ?


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