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Contexte historique du projet communiste réunionnais

25 propositions du PCR pour une nouvelle politique à La Réunion

Parti Communiste Réunionnais / 24 février 2015

Le projet du Parti communiste réunionnais ’25 propositions du PCR pour une nouvelle politique à La Réunion’ a été présenté dimanche à Sainte-Suzanne. À partir d’aujourd’hui, “Témoignages” va en publier le contenu. La première partie traite du contexte historique.

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Depuis 69 ans l’esprit et la lettre du 19 mars 1946 ne sont pas respectés
En 1945, La Réunion connaissait une misère sans précédente, due au régime colonial et aggravée par 6 ans de guerre mondiale :
– plus de la moitié de la population n’avait ni eau ni électricité et vivait dans des cases en paille.
– dépourvue de ressources, la population n’avait pas droit à la santé. Les épidémies faisaient des ravages (paludisme, dysenterie, tuberculose) ; la mortalité infantile était très élevée et l’espérance de vie de la population n’atteignait pas 40 ans.

Le 21 octobre 1945 [1] les Réunionnais s’unissent dans l’espérance d’une vie meilleure

Face à cette situation désastreuse, les habitant•e•s de l’île se sont massivement rassemblé•e•s autour du Docteur Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche, dans le CRADS, où l’on retrouvait des politiques, des syndicalistes, des intellectuels, etc., pour proposer une nouvelle politique pour La Réunion.

Dans le même temps, en Guadeloupe, en Guyane et à la Martinique, qui connaissaient la même situation que La Réunion, des hommes comme Aimé Césaire et Léopold Bissol, engageaient la même démarche que le Docteur Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.

Seulement 5 mois après, le 19 mars 1946, l’espoir des Réunionnais devient Droit

Élus députés aux élections législatives du 21 octobre 1945, ils proposèrent, avec d’autres de leurs collègues, un projet de loi visant à mettre fin au régime colonial dans ces quatre vieilles colonies et à étendre aux habitants de ces pays les mêmes droits sociaux que les habitants de France. Ce rassemblement majoritaire a porté ses fruits puisque la loi a été votée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale. C’était le 19 mars 1946. Cette loi sera dite “loi d’égalité”.

Les premières mesures appliquées après l’adoption de cette loi étaient à la hauteur des espérances des habitants de nos quatre pays. Pour la première fois en effet, les Réunionnais•es pouvaient se faire soigner gratuitement grâce à l’AMG (Aide Médicale Gratuite).

Mais cet espoir et ce droit sont trahis par des décisions politiques qui, au contraire, creusent les inégalités

En effet, très vite le gouvernement de l’époque ainsi que ses successeurs ont pris des mesures ou des attitudes qui allaient entrer en contradiction avec l’idéal politique des Vergès–Lépervanche–Césaire…

En matière d’égalité, il a fallu 40 années de lutte – avec notamment la démission en 1987 de 2 députés réunionnais, Paul Vergès et Élie Hoarau, pour exiger l’application de la loi – pour obtenir l’égalité des droits sociaux avec la France (Smic, allocations familiales, etc).

D’autres décisions ont pesé sur l’avenir de nos pays, au point d’être à la base de leur situation économique et sociale actuelle. Citons quelques-unes d’entre elles :

Prime de vie chère exclusive

Au nom du coût de la vie plus élevé dans les colonies qu’en métropole, le gouvernement décide de sur-rémunérer (le double qu’en France) dès le 1er janvier 1947 les fonctionnaires d’État exerçant dans ces anciennes colonies, en leur accordant notamment une prime de vie chère appelée anciennement “supplément colonial”. Mais il refuse la même mesure aux autres catégories de travailleurs (dont les fonctionnaires d’État autochtones) et à la population d’une manière générale.
Au terme de nombreuses luttes syndicales, ces primes de vie chère ont été étendues à l’ensemble de la fonction publique d’État et plus tard à certains secteurs de la fonction publique territoriale (la minorité d’agents titulaires) ou para-publique et d’autres services (banques, assurances, sécurité sociale etc).

Mais la majorité des salariés (deux tiers des employés communaux, les salariés du secteur privé, etc.) ainsi que la population relevant des minima sociaux ne bénéficient pas de cette indemnité de vie chère, qui n’est donc versée qu’à une minorité de la population.

Ainsi, après le vote de la loi de 1946 qui devait être une loi d’égalité, le gouvernement prend une première mesure qui allait institutionnaliser les inégalités, créant un apartheid social dans nos pays qui perdure encore aujourd’hui et s’aggrave.
Ces primes de vie chère et autres majorations ont créé un marché favorisant l’implantation de monopoles (commerces, transports, énergies) et ont généré une dépendance accrue de La Réunion vis-à-vis de l’extérieur. Elles ont généré aussi de multiples déséquilibres dans l’économie réunionnaise (difficulté voire impossibilité pour des entreprises réunionnaises de se créer ou de se développer face aux monopoles d’importation). La situation actuelle du chômage n’est pas étrangère à cette donnée.

Suppression du train

À la fin du 19e siècle, La Réunion était dotée d’un mode de transport efficace et adapté aux besoins de la population et de ses activités. Un chemin de fer reliait Saint-Benoît à Saint-Pierre et servait aussi bien au transport des passagers que des marchandises. La réalisation de cet ouvrage relevait à l’époque d’un exploit technique et était signalée comme telle.

La suppression du chemin de fer a non seulement créé un grave problème social de suppression d’emplois, mais a aussi renforcé les monopoles automobiles et pétroliers. Cela a également aggravé la dépendance de La Réunion vis-à-vis de l’extérieur. Enfin, la situation du “tout automobile”, créée par la disparition du train, pose désormais en plus du problème de la pollution un autre, qui est celui de la circulation.

Gestion erronée du facteur démographique

Les gouvernements successifs n’ont pas su concevoir une politique de développement prenant en compte l’évolution démographique dans nos pays et à La Réunion en particulier. Or elle a véritablement explosé (à La Réunion, 250.000 habitants à la fin de la guerre ; 850.000 aujourd’hui). Au lieu d’anticiper, de créer des activités pour accueillir les nouveaux venus, on a dénoncé voire maudit “la sur-natalité”, culpabilisant les Réunionnais•es, les utilisant quelquefois comme cobayes :
– expériences contraceptives criminelles : dépo-provéra
– déportation d’enfants, notamment vers la Creuse
– départ massif et organisé de jeunes vers la France par le BUMIDOM

L’arrivée massive d’une population supplémentaire imposait la mise en place d’une politique de développement à long terme. C’est ce qui n’a pas été fait mais c’est ce que prônait, depuis sa création, le Parti Communiste Réunionnais.

[1Aux élections générales du 21 octobre 1945, les candidats du CRADS (Comité Réunionnais d’Action Démocratique et Sociale) ont remporté les 2 députés qui allaient faire voter la loi du 19 mars 1946


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