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Contre la mémoire des Réunionnais

La Région vote l’abandon de la MCUR

Manuel Marchal / 22 avril 2010

Après l’effacement de toutes les pages du site de la Région Réunion ayant précédé l’élection de Didier Robert, la première délibération de la nouvelle direction de la Région est de voter l’abandon de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. À moins de 20 jours du 10 mai, Journée de la célébration de la mémoire de l’esclavage dans toute la République, c’est une attaque contre la mémoire du Réunionnais. Elle est la manifestation d’une idéologie qui vise à nier le droit au Réunionnais d’exister.

Effacer l’Histoire des Réunionnais : cela faisait 50 ans que l’on avait pas vu cette méthode employée à une si grande échelle. L’attaque a été tellement brutale qu’Aline Murin Hoarau au nom de l’Alliance a dû rappeler à Didier Robert que l’époque de Perreau-Pradier est révolue.
Il est évident que Didier Robert n’a pas l’argent nécessaire pour tenir ses promesses électorales, l’arrêt du projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise lui offre l’épargne économisée lors de la précédente mandature pour la distribuer dans l’achat d’ordinateurs, le financement à la place de l’État de la continuité territoriale, la promesse de billets d’avion, et dans un budget réceptions et communication en hausse de 75%, comme l’a souligné Rahiba Dubois. Le reste sera mis dans des projets qui sont inconnus.
Mais la raison fondamentale de cette décision n’est pas seulement due au fait que Didier Robert n’a pas les moyens financiers de réaliser ses promesses électorales. Elle est bien plus profonde et touche à l’idéologie véhiculée par la nouvelle direction de la Région.
Tout le monde sait que le premier acte concret de cette équipe a été d’effacer du site de la Région tout ce qui rend compte du travail accompli depuis la création de la collectivité. Le premier vote concernant le budget est l’application de cette idéologie qui nie le droit au Réunionnais d’exister. Car la première délibération de la direction conduite par Didier Robert, c’est d’arrêter le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. C’est-à-dire de casser l’outil qui permet aux Réunionnais de savoir qui ils sont, d’où ils viennent afin de prendre conscience qu’ils sont capables de relever le défi du développement. En agissant de la sorte, la nouvelle direction de la Région refuse que les Réunionnais d’aujourd’hui et de demain puissent savoir combien les deux siècles d’esclavage et la période de l’engagisme ont créé dans notre île un peuple unique au monde qui a réussi à créer les conditions de la rencontre des civilisations.
Il faut remonter aux années 50 pour retrouver pareille volonté de cacher au Réunionnais son Histoire. À cette époque, le préfet Perreau-Pradier faisait brûler toutes les archives de l’époque de l’esclavage qui lui tombait sous la main. 50 ans plus tard, la décision prise par Didier Robert montre que l’idéologie de Perreau-Pradier continue d’exister à La Réunion.

Manuel Marchal


Un tournant décisif

Paul Vergès est intervenu pour rappeler plusieurs faits qui hypothèquent l’avenir de notre pays. C’est notamment le passage sous le contrôle des planteurs de betterave de la totalité des usines sucrières de La Réunion. C’est aussi la mainmise de sociétés extérieures à La Réunion sur les plus importantes centrales de production d’électricité à La Réunion. C’est un grand groupe de plus de 3.000 salariés en difficulté. La maîtrise de l’économie nous échappe, c’est un tournant dans l’Histoire économique de La Réunion avec des conséquences sociales catastrophiques, précise Paul Vergès.
Cela arrive au moment où, selon l’INSEE, la population active augmentera de 22.000 personnes lors des trois prochaines années. Alors que la crise structurelle commence à atteindre son paroxysme, la nouvelle direction dépouille la Région de son patrimoine en prenant l’épargne économisée pour investir pour la distribuer.
Et c’est là que la nouvelle direction de la Région prend la décision de supprimer des chantiers, sans dire par quoi ils seront remplacés.
Mis à part le pont de la rivière Saint-Étienne, il n’y a plus de grands chantiers à La Réunion. Et d’ici la prochaine présidentielle, la nouvelle direction sera dans l’incapacité de lancer celui de la route du littoral, et elle annonce dans le même temps vouloir supprimer le tram-train. Ces questions seront alors au cœur du débat de l’élection présidentielle.


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