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Coup d’arrêt à la NRL : les galets de Madagascar interdits d’entrée à La Réunion

La fin du projet de nouvelle route du littoral plus tôt que prévu ?

Témoignages.re / 17 octobre 2015

Selon des informations parues hier soir sur Imaz Press Réunion et Zinfos974, les galets de Madagascar devant être livrés hier n’arriveront pas à La Réunion avant un moment, si jamais ils puissent être débarqués un jour. En effet, l’État a mis son veto. La préfecture annonce que l’administration travaille à un protocole de test pour voir si ces matériaux ne sont pas porteurs d’un risque sanitaire. C’est un coup d’arrêt à la route en mer, car sans ces roches, le chantier ne peut pas continuer.

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Pas de matériaux, pas de poursuite du chantier. Les machines resteront à l’arrêt.

Hier 16 octobre, Témoignages avait publié un édito mettant le doigt sur les responsabilités dans l’importation à La Réunion de roches de Madagascar pour les besoins de la nouvelle route en mer, dite nouvelle route du littoral ou NRL. Le 24 août 2013, le Conseil national pour la protection de la nature avait écrit sa totale opposition à ce projet, en raison des risques environnementaux. « Qui permet aux partisans de la NRL de s’assoir sur l’avis du Conseil national pour la protection de la nature ? Comment peut-on expliquer qu’un projet qui ne mentionnait pas l’importation de matériaux puisse y avoir recours en toute impunité ? », écrivions-nous hier. Un fait nouveau vient de tout changer : l’État interdit pour le moment toute importation de galets de Madagascar pour des raisons sanitaires. C’est un coup d’arrêt à la route en mer.

Plan B mal engagé

Le projet de la route en mer a été lancé sans que ses promoteurs ne se soient préalablement assurés qu’ils puissent disposer des matériaux nécessaires à sa réalisation. En effet, les carrières actuelles ne suffisent pas. La demande de nouveaux sites d’extraction s’est heurtée à l’opposition résolue de la population. Contre la carrière de Bois-Blanc a eu lieu la plus grande manifestation de défense de l’environnement jamais organisée à La Réunion. C’est dans ce contexte que la préfecture a décidé de renvoyer à plus tard la décision d’ouvrir ou pas les carrières demandées pour la nouvelle route du littoral.

Aussitôt après cette décision, les partisans de la NRL avaient dévoilé un plan apparemment préparé de longue date. Pour essayer de maintenir ce chantier, ses promoteurs se sont mis en tête d’importer au moins des centaines de milliers de tonnes de roches de Madagascar. C’est une option très risquée pour l’environnement à La Réunion. La première cargaison devait arriver hier. L’État a suspendu cette importation, afin de pouvoir disposer des outils nécessaires pour évaluer le risque sanitaire de l’arrivée à La Réunion de cette quantité considérable de matériaux.

L’avis contraire du CNPN

Rappelons que le 24 août 2013, le Conseil national pour la protection de la nature s’est prononcé sur le projet de nouvelle route du littoral. La Région Réunion, maître d’ouvrage, avait besoin de plusieurs dérogations à la loi. Le chantier menace la formation d’un banc de corail à La Possession, et ravage des lieux de vie d’espèces protégées. Le CNPN s’était prononcé contre ces demandes de dérogation qui ont ensuite été malgré tout attribuées. Le dossier présenté par la Région ne mentionnait pas l’importation de galets, ce qui n’avait pas empêché le CNPN de dire son opposition à cette éventualité dans des termes très clairs :

« il est noté que le dossier ne fait pas état de la possibilité d’importation de matériaux pour la réalisation des ouvrages en substitution de matériaux non disponibles dans les délais sur l’île. Cette option aurait été dans tous les cas à prohiber, en particulier pour le risque majeur d’introduction massive d’espèces exotiques envahissantes »

Cette déclaration renvoie à plusieurs catastrophes sanitaires que notre île a subies du fait de sa vulnérabilité aux dangers venus de la mer. Ce sont les espèces végétales invasives qui ont fait de nombreux dégâts, c’est aussi le ver blanc ramené de Madagascar, c’est également la grippe espagnole dont le virus était dans les cales d’un bateau selon les autorités de l’époque.

Pas de matériaux, pas de chantier

La décision prise hier par les services de l’État est donc une mesure de précaution pour protéger la population et son environnement. Elle démontre une nouvelle fois l’imprévoyance de ceux qui ont lancé le projet pharaonique d’une route en mer à La Réunion. Sans les roches de Madagascar et sans les nouvelles carrières, pas de poursuite possible du chantier, et les deux possibilités sont bloquées.
L’affaire des galets de Madagascar signifie-t-elle la fin prématurée du projet de la nouvelle route du littoral ? Entre enquête judiciaire sur l’attribution des marchés, opposition de la population à l’impact environnemental et risques sanitaires, les raisons d’arrêter la NRL s’accumulent.


Kanalreunion.com