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Créons une commission d’enquête pour montrer la réalité de notre situation

Réforme des retraites : Gélita Hoarau intervient au Sénat contre un texte aux conséquences iniques

Témoignages.re / 7 octobre 2010

Lors de la discussion générale sur le projet de loi relatif à la réforme des retraites le 5 octobre, la sénatrice Gélita Hoarau est intervenue pour attirer l’attention du gouvernement sur les conséquences iniques de ce texte pour La Réunion dont la situation sociale et économique est spécifique et sans commune mesure avec toute autre région française ou de l’Union européenne. C’est la raison pour laquelle la sénatrice demande « la création d’une commission d’enquête, composée de représentants de l’État, des organisations syndicales et patronales, d’élus locaux et nationaux, des Départements et Territoires d’outre-mer, chargée d’évaluer dans les années à venir les effets de cette réforme sur les populations concernées ».
Voici l’intégralité de son intervention, avec des inter-titres de "Témoignages".

« Malgré les fortes mobilisations de ces dernières semaines, et au vu du texte qui nous est présenté aujourd’hui, le gouvernement persiste dans le choix d’une réforme injuste et inefficace pour pallier aux déséquilibres financiers du système de retraite actuel. Réforme injuste, car supportée à 85% par les salariés et avec une contribution marginale des revenus financiers et du capital. Réforme injuste, car en cumulant l’allongement de la durée de cotisations et le recul de l’âge légal de départ à la retraite, ce sont les salariés d’emplois précaires, les jeunes et les femmes qui ne pourront prétendre à une retraite à taux plein.
Cette iniquité est encore plus criante dans une société comme celle de La Réunion, dont la situation sociale et économique est fondamentalement différente de celle de la France continentale.

Notre situation spécifique

Le chômage structurel et massif du département de La Réunion est sans commune mesure avec ce que connaît la métropole et l’Union européenne. En effet, le taux de chômage est trois fois supérieur à celui de la moyenne nationale. Ce sont les moins de 25 ans qui sont le plus sévèrement touchés, puisque plus de la moitié d’entre eux sont chômeurs. Et ceux, de cette tranche d’âge, qui sont salariés ont soit un emploi précaire à temps partiel, soit un contrat à durée déterminée. Ce sont donc 70% des jeunes Réunionnais qui ont de faibles revenus, et ainsi peu ou pas de cotisations.
À cela s’ajoute le fait établi que le coût de la vie est 36% plus élevé qu’en France métropolitaine. Ainsi, plus de 52% de la population réunionnaise vit en dessous du seuil national de pauvreté.
De plus, le système actuel des retraites est atypique à La Réunion où une personne âgée sur trois vit avec le minimum vieillesse, qui est, je le rappelle, de 677 euros par mois ; alors qu’en France continentale, seuls 5% des retraités perçoivent cette allocation. La situation des retraités à La Réunion fait apparaître une grande disparité entre les deux secteurs économiques, public et privé.
En moyenne, un fonctionnaire bénéficie de 1.845 euros mensuels alors que ce chiffre est de 580 euros pour une personne relevant du régime général. Et c’est dans le domaine agricole, autre volet important de notre économie et de notre patrimoine, que l’on constate une iniquité plus grande. 75% des retraités agricoles vivent avec moins de 400 euros par mois.
Enfin, la spécificité réunionnaise réside également dans sa structure démographique. Aujourd’hui de 800.000 habitants, La Réunion devrait atteindre le million d’âmes d’ici 2030, selon l’INSEE. Ce département verra sa population active augmenter de plus de 20.000 personnes et le pourcentage de personnes âgées de plus de 60 ans doubler.
Précisons que l’argument consistant à justifier qu’il faut travailler plus longtemps en raison de l’augmentation de l’espérance de vie ne tient pas à La Réunion où l’espérance de vie est inférieure par rapport à la France continentale.

La majorité des Réunionnais retourneront dans la misère

La réforme envisagée, avec l’allongement de la durée de cotisation et le recul de l’âge légal de départ à la retraite, cumulée au chômage et à la précarité à La Réunion, privera encore plus de retraités du privé d’une retraite à taux plein. Ce texte ne fera qu’augmenter le nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse. De la sorte, c’est l’immense majorité des Réunionnais qui se retrouveront en dessous du seuil national de pauvreté.
Cette situation spécifique a d’ailleurs été soulignée par le ministre du Budget, anciennement secrétaire d’État à l’outre-mer, M. Baroin, qui affirmait en substance que le cas de La Réunion est trois fois plus grave qu’en France métropolitaine.
Face à ces perspectives, nous demandons la création d’une commission d’enquête, composée de représentants de l’État, des organisations syndicales et patronales, d’élus locaux et nationaux des Départements et Territoires d’outre-mer, chargée d’évaluer dans les années à venir les effets de cette réforme sur les populations concernées ».


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