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Crise au Parti socialiste : Martine Aubry critique publiquement le gouvernement

Publication de la pétition « Sortir de l’impasse » dans le Monde daté d’aujourd’hui

Témoignages.re / 25 février 2016

Le Monde daté d’aujourd’hui publie une tribune signée par 18 personnes dont Martine Aubry, ancienne ministre du Travail et candidate arrivée en seconde position aux Primaires citoyennes de 2011. C’est également une pétition lancée sur Internet. Ce texte critique sévèrement la politique du gouvernement. Il est publié alors que la réforme du Code du Travail divise profondément la majorité présidentielle. La parution de ce texte ouvre une grave crise dans le Parti socialiste.

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Alors que François Hollande effectue un périple de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres en Océanie et en Amérique latine, plusieurs membres éminents du Parti socialiste ont décidé de prendre la plume pour dénoncer publiquement la politique du gouvernement. Une tribune est parue dans Le Monde daté d’aujourd’hui. Outre Martine Aubry et Daniel Cohn-Bendit figurent notamment parmi les signataires de cet appel l’ancien ministre de l’éducation nationale, Benoît Hamon, le leader de l’aile gauche du PS, Christian Paul, plusieurs élus proches de la maire de Lille, comme Jean-Marc Germain, Laurence Dumont ou François Lamy, le premier adjoint à la maire de Paris, Bruno Julliard. Côté écologiste, on trouve le député européen EELV Yannick Jadot, alors que pour les chercheurs on peut citer le sociologue Michel Wieviorka, le généticien Axel Kahn et l’économiste Daniel Cohen.

« Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés », écrivent les 18 signataires.

41 milliards donnés aux patrons

Ils ne sont pas tendres avec l’orientation sociale-libérale prise par le président de la République depuis deux ans.

Le pacte de responsabilité ? « 41 milliards d’euros mobilisés pour rien » au bénéfice des entreprises. Il est qualifié de « pacte avec le Medef qui se révéla un marché de dupes ». « Nos mises en garde avaient alors été ignorées. Nous aurions aimé nous tromper. Malheureusement, de l’aveu du Premier ministre lui-même, la réalité, tellement prévisible, est là : un million d’emplois promis, quelques dizaines de milliers tout au plus effectivement créés. Ces 41 milliards d’euros mobilisés pour rien ou si peu, auraient été si utiles à la nouvelle économie, à l’écologie, à l’éducation et la formation, aux territoires, à l’accès à l’emploi de ceux qui en sont le plus éloignés, au pouvoir d’achat, aux investissements publics et privés et donc aux carnets de commande des entreprises. », écrivent-ils.

Remise en cause de l’égalité

Le « désolant débat sur la déchéance de nationalité » ? Le gouvernement devrait y renoncer au profit d’une peine d’indignité nationale. « Très vite, chacun a compris l’impasse : réservée aux binationaux, elle est contraire au principe d’égalité ; appliquée aux mono-nationaux, elle fabriquerait des apatrides. Et, si ce débat nous heurte tant, c’est qu’il touche au fond à notre conception de l’identité de la France. Pour la gauche, l’identité française doit être républicaine, elle se définit comme une communauté non pas d’origine, mais de destin, fondée sur les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité »

Autre critique : « La meurtrissure de l’indécent discours » sur les réfugiés prononcé par Manuel Valls à Munich.

« Non, Angela Merkel n’est pas naïve, M. le Premier ministre. Non, elle n’a pas commis une erreur historique. Non, elle n’a pas mis en danger l’Europe, elle l’a sauvée. Elle l’a sauvée du déshonneur qui aurait consisté à fermer totalement nos portes » aux réfugiés, estiment les signataires.

« Les salariés vont subir un chantage permanent »

Sur la réforme du Code du travail, les auteurs de la tribune écrivent que « La gauche a appris des mouvements ouvriers qu’il n’y a pas de liberté sans égalité. Ce n’est pas une affaire de tabous. Le droit n’enferme pas, il libère. Il libère en arrêtant la liberté des autres où commence la sienne. Il libère en apportant aux plus faibles les droits qui visent à rééquilibrer les rapports dans l’entreprise.

C’est pour l’avoir ignoré que partout au sein de la gauche, l’avant-projet de loi dit « El Khomri » a provoqué non plus de la déception, mais de la colère !

C’est toute la construction des relations sociales de notre pays qui est mise à bas en renversant la hiérarchie des normes et en privilégiant l’accord dans l’entreprise dans un pays où le taux de syndicalisation est faible et où le patronat n’a jamais aimé la négociation. Les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises être soumises à des distorsions de concurrence, alors que l’accord de branche unifie les conditions générales de travail pour les entreprises d’un même secteur. ».

« Que restera-t-il des idéaux du socialisme ? »

« Les valeurs, l’ambition sociale, les droits universels de l’Homme, l’équilibre des pouvoirs, que restera-t-il des idéaux du socialisme lorsque l’on aura, jour après jour, sapé ses principes et ses fondements ? Nous n’ignorons rien des difficultés du moment, la crise économique, la montée du terrorisme, le réchauffement climatique, les migrations, la crise agricole… Nous n’ignorons rien des difficultés de l’exercice du pouvoir, nous l’avons montré. De l’idéal au réel, il y a toujours une distance que, depuis Jaurès, nous assumons d’accepter.

Mais prendre le monde tel qu’il est n’est pas renoncer à le transformer pour le rapprocher sans cesse de ce qu’il devrait être. Encore moins de l’éloigner de toute idée de justice. Et c’est pourtant ce qui est en train de se passer. Il ne suffit pas de se revendiquer du réformisme social pour en mériter le titre. Il n’y a ni vraie réforme, ni social dans nombre de politiques qui sont menées depuis deux ans », concluent les signataires.

Voir en ligne : http://sortirdelimpasse.fr



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  • A mon humble avis, tout politique qui se respecte a devoir de dire son mécontentement, de se révolter et d’agir s’ils estiment que son parti va à la dérive. Souvent (sauf cas exceptionnel) , un engagement politique c’est toute une vie dédiée à des causes que nous estimons justes, Humaniste et nous sommes fière de mener ce combat ! Dans le cas où la gauche se mêle à la droite pour défendre des pré carré de celle-ci, les interrogations, les révoltes sont légitimes.

    C’est vraie aussi les arrangements d’en haut, ignore délibérement les souffrances d’en bas, du peuple pour vu que chaque protagoniste trouve son compte !

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