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Crise sociale à La Réunion et à Mayotte

Aucune solution possible dans le système actuel

Manuel Marchal / 11 avril 2016

Grève générale à Mayotte, grève dans le BTP à La Réunion, manifestation contre la loi El-Khomri, menaces sur la sur-rémunération et la filière canne à sucre, la tension sociale monte à La Réunion et à Mayotte. 70 ans après l’abolition du statut colonial à La Réunion, le système montre toutes ces limites. Il n’a fallu que 5 ans pour que la même situation soit constatée à Mayotte.

Vendredi dernier, le PCR a tenu une conférence de presse qui portait sur la situation sociale à La Réunion. 70 ans après l’abolition du statut colonial, plusieurs mouvements sociaux gagnent en importance alors que La Réunion est la région la plus touchée par le chômage : 180.000 demandeurs d’emploi, près de 30 % de taux de chômage. C’est comme si la France avait plus de 10 millions de chômeurs. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Si la France était dans cette situation, elle compterait 30 millions de personnes dans la grande pauvreté.

La tension est une nouvelle fois montée la semaine dernière. Mercredi, le BTP est entré en grève illimitée à la suite de l’échec de plusieurs réunions portant sur les négociations salariales annuelles. Aux 3 % demandés par les syndicats, le patronat se refusait à toute augmentation. Vendredi dernier, la FRBTP a proposé 0,8 % répartis en trois augmentations dans l’année. Cela est loin de répondre aux revendications des travailleurs. Quant à la CAPEB, autre syndicat patronal qui participe aux discussions, il a décidé de se désolidariser de la proposition de la FRBTP, affirmant que ces membres ne peuvent pas supporter la moindre augmentation. Le BTP emploie aujourd’hui 16.000 personnes, ce secteur est paralysé.

Quelle égalité réelle ?

Le PCR avait également évoqué les manifestations d’usagers à Saint-Denis à la suite du changement des horaires de bus. Les cars sont le seul mode de transport des plus pauvres à La Réunion. Ils se sont sentis méprisés par des décisions prises sans concertation, et qui aboutissent selon eux à la dégradation du service qu’ils paient.

Là dessus s’ajoute la protestation contre le projet de loi El-Khomri. Les licenciements facilités seront lourds de conséquences dans une île à l’économie fragile et au taux de chômage élevé.

À Mayotte, ce sera aujourd’hui le 13e jour de grève générale. Les manifestants se rassemblent derrière le mot d’ordre d’égalité réelle. Cela signifie selon eux l’extension du Code du Travail, la revalorisation des retraites, l’égalité des prestations sociales et l’alignement du niveau de la sur-rémunération sur celui de La Réunion.

C’est dans ce contexte que pèsent deux menaces.

Menaces à venir

La première se concrétisera l’année prochaine et touchera directement La Réunion. C’est la fin du quota sucrier qui permet aux usines sucrières d’avoir un débouché assuré pour leurs productions. En 2017, elles seront confrontées à la concurrence mondiale. Pour résister, la filière canne-sucre demande 38 millions d’euros d’aides supplémentaires, et l’exclusion des sucres spéciaux des accords commerciaux signés par l’Union européenne avec d’autres pays. La satisfaction de ses demandes dépend de l’Union européenne, qui mène une politique commerciale qui veut se conformer aux orientations de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) : abattement des frontières et diminution des subventions censée fausser la concurrence.

La seconde touchera Mayotte et La Réunion dans quelques années : c’est la suppression de la sur-rémunération. Cette disposition figure aussi bien dans le rapport Lurel qui préfigure la future loi d’orientation qui doit être votée cette année, que dans le programme économique présenté voici 10 jours par les Républicains. Sur le fond, les deux partis politiques qui se succèdent au pouvoir en France sont d’accord, seules changent les modalités. Cela concerne à La Réunion des dizaines de milliers de familles. Si on y additionne la fin de l’abattement de 30 % de l’impôt sur le revenu, cela fera environ milliard d’euros qui seront prélevés sur les Réunionnais.

Aucune solution

Face à cette situation, le PCR appelle à informer les Réunionnais afin qu’ils puissent s’organiser et s’unir pour rechercher des moyens de sortir de cette crise sociale. 70 ans après l’abolition du statut colonial à La Réunion, le système montre toutes ces limites car il n’a aucune solution à proposer. Il n’a fallu que 5 ans pour que la même situation soit constatée à Mayotte.

M.M.


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