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De graves conséquences pour La Réunion

Un budget grevé de 15 milliards d’euros pour sauver trois banques françaises en Grèce

Manuel Marchal / 25 juillet 2011

Si la Grèce n’arrivait pas à rembourser le prêt consenti par les États de la zone euro, ce serait une perte de 15 milliards d’euros pour les finances de la République. Cette mobilisation des fonds publics pour sauver trois banques mal engagées en Grèce risque de coûter cher aux Réunionnais.

En janvier dernier, le gouvernement a annoncé sa volonté de ramener en trois exercices budgétaires le déficit public en dessous de 3% du PIB. En clair, il est nécessaire de trouver 100 milliards d’euros dans le budget de l’État.
Pour arriver à cet objectif, le gouvernement dispose de deux leviers : les recettes nouvelles et la diminution des dépenses. Juste après son élection, Nicolas Sarkozy a fait passer au Parlement une loi qui diminuait l’effort fourni par les riches au profit de la solidarité nationale. Cela a pour conséquence de diminuer les recettes de l’État. Pour financer ce déséquilibre, le gouvernement a lancé une offensive sans précédent contre la fonction publique et les retraités : un départ à la retraite sur deux ne sera pas remplacé, et il faudra payer davantage pour avoir droit à une retraite décente.

L’austérité a déjà commencé

Le Premier ministre n’a pas hésité à présenter les dizaines de milliers de postes de fonctionnaires supprimés en 3 ans comme un exemple pour d’autres pays européens confrontés à la hausse de la dette publique.
Mais toutes ces restrictions n’ont pas empêché le déficit public d’exploser. En 2007, il était en dessous des 3%, en 2008, il était déjà à 3,4% avant de dépasser les 7% l’année suivante et de tutoyer les sommets l’an passé. De cette augmentation, le gouvernement a une très large part de responsabilité puisqu’en 2007, il a amorcé l’effondrement des comptes publics.
Au moment où la Grèce commence à connaître de graves difficultés, le gouvernement annonce un plan de rigueur. C’est l’austérité dans tous les domaines sauf pour les plus hauts revenus qui arrivent encore à tirer leur épingle du jeu. Car la remise en cause du bouclier fiscal, mesure symbolique de la fiscalité de classe de l’UMP, est contrebalancée par celle de l’impôt de solidarité sur la fortune.
Les mesures phares du plan d’austérité se résument en une aggravation des attaques contre les services publics et contre la population la plus vulnérable. Une conséquence pour La Réunion, c’est une baisse des effectifs des enseignants à la rentrée. Une autre, c’est une diminution de 20 millions d’euros de l’enveloppe consacrée par l’État à la construction de logements sociaux dans tout l’Outre-mer. Enfin, le gouvernement a promis le gel des dotations versées aux collectivités. Ces faits sont là pour montrer que le plan d’austérité s’applique à La Réunion.

Payer les erreurs des banques

Les premières mesures commencent à s’appliquer, et force est de constater que le plan de rigueur va à l’encontre de son objectif affiché. Malgré toutes les restrictions dans les dépenses, le déficit a encore augmenté de plusieurs milliards, c’est bien la preuve que structurellement, les mesures ne sont pas bonnes.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’aggravation de la crise en Grèce. Un an après le premier plan de soutien, la situation ne s’est pas améliorée. Nicolas Sarkozy présente alors un plan qui obtient l’accord de l’Allemagne puis des autres pays de l’Eurogroupe. Il s’agit de racheter 160 millions d’euros de la dette que les Grecs doivent aux banques. Les deux tiers de cette somme proviennent de fonds publics, un tiers du secteur privé. 15 milliards seront prélevés sur le budget. Cela signifie que cette somme sera à la charge du contribuable si la Grèce n’arrive pas à rembourser. En somme, l’UMP transfère sur le dos de tous les citoyens les risques pris par les dirigeants de quelques banques.
Lorsque l’on constate les coups portés par le plan d’austérité actuel, on ose imaginer ce qu’il en sera si la dette augmentait de 15 milliards d’euros.
Cela signifie une aggravation de la situation dans tous les domaines, avec une diminution encore plus drastique du nombre de fonctionnaires, des coupes dans le financement des collectivités, de nouvelles menaces sur les allocataires des minima sociaux.
Voilà les perspectives que l’UMP a ouverte pour La Réunion, tout cela pour voler au secours de trois banques qui étaient mal engagées en Grèce.

M.M.


Crise en Grèce : rapport du Sénat

Un communiqué du Sénat présente un rapport sur la crise en Grèce. Il note que les mesures mises en place depuis un an n’ont pas réglé les problèmes, bien au contraire. Voici le communiqué de présentation du rapport.

Un an après la première intervention de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, la note attribuée à la dette de la Grèce par les principales agences de notation est inférieure à celle de l’Équateur, du Pakistan et de la Jamaïque. « La dette grecque à long terme est considérée par les deux agences comme hautement spéculative », expliquent les sénateurs Simon Sutour (Soc, Gard) et Jean-François Humbert (UMP, Doubs), dans leur rapport d’information sur la crise économique et financière en Grèce.
Le pays se trouve toujours confronté à des problèmes de financement. Son endettement et l’absence de résultats tangibles dans sa tentative de réduction de ses déficits devraient ainsi empêcher toute possibilité de revenir sur les marchés financiers l’année prochaine. Le plan d’aide international prévoyait pourtant un tel retour en 2012, mais les taux d’intérêt pratiqués sur les marchés pour permettre au pays d’emprunter sont trop élevés. « Fin mai, les taux à dix ans avoisinaient les 17%. Un an après le plan de sauvetage, les investisseurs estimaient l’écart entre les obligations allemandes et grecques à 1.253 points de base (12,53 %) », précise le rapport.
Des conditions de financement jugées « scandaleuses » par Catherine Tasca, sénatrice des Yvelines (Soc) : « Comment peut-on tolérer des taux à 10 ans atteignant 17%. Face à de tels chiffres, l’Union européenne se doit de réagir et prêter à des taux quasi symboliques ». Pour la vice-présidente du Sénat « c’est la construction européenne qui est en cause ».
« La solution à ces difficultés tient sans doute à l’émergence d’un véritable fédéralisme économique européen », a affirmé Pierre Bernard-Reymond (UMP, Hautes-Alpes).


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